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C'est pendant le CDI de Biarritz que nous avons eu l'occasion de réaliser une interview d'Arnaud Serre, récemment sacré champion de France Pro Élite.

Nous connaissions ce cavalier avec Le Guerrier puisqu'il était déjà deuxième, l'an dernier du Championnat Pro 2, juste derrière Stéphanie Collier.

C'est donc avec son accent chantant du sud qu'Arnaud Serre a accepté de répondre à nos questions et de nous parler de lui.

Tout d'abord, j'aimerais que vous nous racontiez comment vous êtes arrivé à l'équitation et puis au dressage ?

Mes parents avaient des chevaux, ils aimaient bien les chevaux. Donc j’ai eu un poney très tôt et j’aimais bien. Mais je n’ai jamais monté en club par contre. J’ai toujours monté avec mes parents à la maison. Je faisais plus de l’équitation de loisirs, de promenade, galoper dans la colline…

Ils ont essayés de me mettre en club, mais je n’aimais pas du tout ça. Parce que quand j’ai commencé, c’étaient des shetlands et on montait sans selle. Je n’aimais pas, parce que moi, à la maison, j’avais mon petit shetland, j’avais ma petite selle américaine, je galopais, je faisais ce que j’avais envie. Alors aller en club et faire des cercles au pas et un peu au trot, ça ne me plaisait pas du tout.

Mon père était plutôt passionné de dressage, il aimait beaucoup le dressage et l’équitation de doma vaquera. Et d’ailleurs, c’est là où il a rencontré M. et Mme Rosière [ndlr : les propriétaires de Hélio II], parce qu’il leur avait acheté son premier cheval. C’était un cheval qui était destiné à la doma vaquera et il s’est vraiment intéressé à dresser les chevaux. C’était il y a plus de trente ans. C’est pour ça qu’après, mon père a dévié vers l’équitation de doma vaquera.

Et moi, les voyant faire, j’essayais des trucs. Mais j’aimais beaucoup plus l’équitation où ça bougeait un peu. Je n’ai jamais vraiment été attiré par l’obstacle, ni par le concours complet. Par contre, j’ai monté très longtemps en Camargue, à courir derrière les taureaux.

Après, j’ai été amené à monter des chevaux dressés, mais plutôt en doma vaquera. A 10-11 ans, je pouvais monter leurs chevaux. J’ai fait un concours de doma vaquera, j’avais 11 ans. À une main. Ce n’était pas tiré au cordeau, ce n’était pas top, mais j’ai réussi à tout faire. Et je pense que ça m’a fait découvrir des sensations qui me servent encore maintenant.

Et après, je me suis dit que pour devenir professionnel, il fallait un peu se structurer. Il faut passer les galops. J’ai passé mes galops, j’avais peut-être 16 ou 17 ans, chez Cécile Etienne qui est une amie de la famille aussi, qui est instructeur à côté de Salon de Provence. Et après, je suis parti sur la formation moniteur, que j’ai fait chez Christian Forlini, parce que j’aimais bien le dressage. Donc du coup, on est parti sur le dressage.

Un Cheval que vous aimeriez monter ?

Il y en a beaucoup. Mais je crois que Totilas quand même, ça reste le phénomène. Je pense que tout le monde a envie de monter dessus pour avoir les sensations. Parce que ça va devenir une légende ce cheval. C’est déjà une légende. Après, dans leur temps, il y a avait Salinero, Corlandus, tous ces chevaux-là. Mais un cheval à choisir, c’est Totilas.

Par contre, je suis ouvert à toutes les équitations. La propriétaire de Le Guerrier a des chevaux de reining. On avait un de ses chevaux à l’entraînement que j’ai emmené jusqu’à un certain niveau. Après, c’est incompatible de faire les deux. C’est important d’avoir les yeux ouverts et l’esprit ouvert sur tout ce qui se passe autour. On est dans le dressage, parce que ça fait onze ans qu’on a les écuries et qu’on est spécialisé là-dedans. Et on ne peut pas se disperser, parce que si on se disperse, on est moyen partout.

C'est comme le horse-ball, j’ai arrêté il y a deux ans. J’ai joué pendant presque dix ans en élite. J’étais en équipe de France. Ça fait deux ans que j’ai arrêté. Les matchs tombaient en même temps que les week-ends de dressage. On fait une discipline qui est tellement prenante, c’est compliqué d’être partout.

Maintenant, on ne fait que du dressage. On aime bien la discipline. On sait qu’elle est dure. On est quand même très lucide là-dessus. Après on est quand même très ouvert à tout ce qui se passe ailleurs.

Présentez-nous vos écuries.

On a 17 boxes, 17 chevaux à l’entraînement. On n’a que des chevaux à l’entraînement soit pour les sortir en compétition, soit pour les valoriser, soit les propriétaires nous mettent les chevaux au travail. On a une carrière 60*20, des paddocks, un marcheur couvert. Et j’ai 12 hectares de foin de Crau. Donc, on n’a que des chevaux à l’entraînement. Et c’est essentiellement des chevaux de dressage.

Anne-Sophie et moi, on se partage le travail des chevaux par rapports à nos affinités et par rapport à la manière dont on s’entend avec les chevaux. On a une palefrenière qui nous fait les boxes et une groom qui nous prépare les chevaux. Ça, c’est la partie écurie.

On n’a pas une écurie de commerce. Mais par contre, on a des chevaux qu’on forme. On ne veut pas avoir beaucoup de chevaux de commerce, mais on veut faire des chevaux pour le niveau Grand Prix. On ne fait pas de dépôt-vente. Chacun son métier. Nous, on monte les chevaux, on sait les dresser. Ce qu’on veut, c’est former des chevaux dans ce niveau-là si on peut, et faire du commerce dans ce niveau-là, parce que c’est intéressant.

Après, moi, je donne un petit peu des leçons à l’extérieur ou à la maison. Plutôt l’après-midi, ça. Et à l’extérieur, je ne me déplace pas beaucoup. Je n’ai pas trop de demande et je n’ai jamais non plus poussé pour avoir des stages le dimanche. Parce qu’on a déjà une vie de concours qui est compliquée. On est souvent absents. On a des enfants et je veux passer un peu de temps avec ma femme et la famille. Si en plus je fais des stages, on ne se voit plus. Donc ce n’est pas le choix qu’on a fait. On a des leçons autour de la maison, pas très loin, mais je ne fais pas de stages.

Vos titres de Champions de France, ça vous a amené des contacts commerciaux ?

Oui, quand même. Il y a un cheval qui rentre. Après, ce sont les journalistes qui nous contactent plus qu'avant et les sponsors. On a beaucoup plus de coups de fils pour prendre des cours. Des gens qui n’osaient pas venir, qui étaient incertains. En plus, on ne pouvait pas rêver mieux, cette année, qu’on soit tous les deux champions de France. Là, ça bouge un peu quand même. On n’avait pas à se plaindre, mais c’est bien.

Nous, ce qu’on espère, c’est avoir un peu plus de sponsors, de mécènes et des propriétaires qui nous font confiance comme Mme Roure, qui nous confient des chevaux et qui nous laissent faire de la compétition.

Au niveau des chevaux, on sait que Hélio ne vous appartient pas. Le Guerrier, non plus. Avez-vous de la relève ?

Le concours que vous rêvez de faire ?

Un concours, je ne sais pas, mais une échéance, ce serait les jeux. Ça, après, je ne sais pas si on pourra le faire un jour, mais c’est le mythique. Les Championnats d’Europe et même les jeux mondiaux, c’est quelque chose, en tant que cavalier, on est obligé d’y penser. C’est un peu inattendu, ce qui nous arrive, alors après si on pouvait un jour faire tous les concours d’hiver ou aller sur tous les concours au moins une fois, ce serait super.

À nous, on en a deux. Anne-Sophie a un 7 ans et on a un cheval de 8 ans, un cheval suédois, qui est pour le commerce et qui va être prêt pour le petit tour.

Et après, moi, le 7 ans que je monte, je l’ai à moitié avec Mme Roure, la propriétaire de Le guerrier.

Les deux jument de 5 ans qu’on a, elles sont à un propriétaire, M. Bonicel. C’est le Domaine de Gonet qui est à Bellegarde, qui est plutôt orienté obstacle et qui avait acheté ces deux juments et il nous les a confiées.

Donc ce qu’on va chercher, c’est de retrouver un cheval à nous, acheter un cheval.

Après, les propriétaires qu’on a nous font confiance, mais on n’est jamais à l’abri. Donc on essaie d’avoir 50% des chevaux pour avoir un mot à dire.

En France, on peut dire que le dressage n'a pas le vent en poupe. Comment pourrait-on faire pour développer le dressage ?

Je ne sais pas. Ça a changé, je trouve quand même. On a un peu plus de cavaliers. Il y a des nouveaux visages. Il n’y a qu’à voir aux Championnats cette année. Il y a des nouveaux visages dans tous les pros. Je crois que le championnat Pro Élite, il y a un peu des nouveaux visages. Le championnat pro 1, c’est des nouveaux visages. Le Critérium, n’en parlons pas. Le Pro 1, c’est de nouveaux visages. Le Pro 2, c’est quand même aussi… même si Jessica, ça fait longtemps qu’elle fait des jeunes chevaux, mais à ce niveau-là, c’est un peu nouveau, quoi. Donc ça a un peu changé. On peut dire qu’il y a quand même plus de chevaux de Grand Prix qu’avant.

Je pense que les gens évoluent. Je crois que là, grâce à Alain Francqueville, il faut quand même le dire, il a un peu ouvert la porte aux internationaux aux gens qui étaient infiltrés dans le niveau et nous, ça nous a ouvert les yeux. Nous, il y a trois ans, Alain Francqueville est  venu nous voir en nous disant qu’il fallait faire un peu des internationaux maintenant au lieu de rester sur le petit tour. Ça nous a vraiment transformé dans notre équitation d’aller sur les internationaux, de voir les gens travailler, de voir ce qui se faisait, ça nous a changé dans l’apprentissage des chevaux, dans la formation des chevaux.

Donc en fait, ça nous a ouvert les yeux sur la manière d’entraîner les chevaux. Et puis sur l’échelle de progression. Avant, on n’était pas du tout dans l’échelle de progression. On voulait faire jamber un peu les chevaux, les mettre un peu spectaculaires et on voit bien que ça ne sert à rien. Il faut avoir le contact, la souplesse du dos, le mental… et si on n'a pas ça, on ne peux pas avancer, on ne peut pas prendre de points. Et on est conscients qu’on a des problèmes. On est toujours en train de se poser des questions.

Donc je trouve qu’en France, des bons cavaliers, il y en a. Je crois que ce qui manque, c’est la possibilité de faire des concours internationaux tous les quinze jours. On ne sera pas performants aux Championnats d’Europe, on ne sera pas performants aux Jeux Olympiques, on sait. Par contre, on va être sur tous les concours. Et on va progresser. Et on va apprendre la technique. Après quand on aura un cheval un peu meilleur, on sera là tout le temps. Et on va évoluer, et on va former et les gens qui vont demander des conseils, on sera dans le haut-niveau. On n’ira pas faire un international de temps en temps. C’est ça qui nous manque. Je pense que s’il y avait dix cavaliers français qui pouvaient faire ça, le niveau de la France serait complètement différent.

Après, je pense que les gens montent bien à cheval en France. Ce n’est pas qu’ils montent mal. Mais c’est que la discipline est tellement mal représentée, au point de vue médias, que les partenaires n’ont pas trop envie de jouer. Donc nous, il faut qu’on se débrouille de notre côté pour trouver des partenaires. Je vois ce que ça nous coûte de faire des concours. Alors cette année, peut-être que ça nous coûteras un peu moins, parce qu’on fait le grand prix, et qu'on est un peu au prix. Et on a les propriétaires qui nous aident. Mais ce ne seraient que nos chevaux, ça serait beaucoup plus compliqué. On ferait le sacrifice, mais ce serait plus un sacrifice, parce qu’on a besoin de faire ça pour progresser.

Et nous ce qu’il nous faut, il y a M. Marie qui l’a fait pour l’obstacle avec Kevin Staut. J’espère qu’il le fera avec Jessica aussi, qu’il lui laisse le camion et un piquet de chevaux pour faire tous les concours. On voit bien l’évolution qu’on a eu dans notre équitation, de voir travailler les étrangers, d’aller sur tous les concours. Ça nous a changé notre équitation.

Un coach avec qui vous aimeriez faire une séance ?

Il y en a beaucoup de coachs. Le problème c’est lequel choisir. On a envie de tout essayer. Par rapport à Totilas j'ai envie de dire Edward Gal. Je crois qu’il faudrait un an et qu’on puisse changer tous les jours. Ça serait plus ça. Il n’y a pas vraiment un nom je crois. On a envie de les essayer tous.

Au niveau de l'entraînement, vous faites comment ? Vous faites les stages avec Monica ?

Non, je n’ai jamais eu l’opportunité. Après, on va faire un stage avec Bemelmans qui vient chez Bernadette Brune.

Puis nous, avec Anne-Sophie, on a la chance de se regarder tous les deux. Au moins sur Le Guerrier et Hélio, on prend le temps de se corriger. Les autres, après, on ne se regarde pas tous les jours, mais Hélio et Le Guerrier, on se regarde tout le temps. Et en compétition, je coach Anne-Sophie.

Quand Alain Francqueville est là, il vient nous aider, parce qu’il a son regard sur la compétition. Après on voit ce qu’on peut faire, nous ou pas. Et c’est pareil, quand moi je suis en compétition, quand Alain Francqueville n’est pas là, c’est Anne-Sophie qui me connaît et qui me gère avec les oreillettes.

Et si Alain Francqueville est là, il nous dit le petit truc en plus et si on peut le faire, c’est bien. Par contre, je fais confiance à Alain. Je joue le jeu. Anne-Sophie aussi. S’il est là à la détente, même si on ne sent pas bien le cheval, mais qu’il nous dit qu’il faudrait faire ci ou ça, on joue le jeu. Si ça se passe bien sur le rectangle, c’est bien, mais si ça se passe mal, on ne lui en veut pas. C’est qu’il a pensé qu’il fallait faire ça pour essayer d’optimiser et des gagner des points. Des fois c’est réalisable, des fois ce n’est pas réalisable. On essaie de jouer le jeu. Après, on discute en disant que ça, ce n’était pas possible, ça, c’était possible.

Est-ce que la fédération fait quelque choses pour les cavaliers ? Qu'est-ce qu'elle vous apporte ?

C’est un petit peu difficile pour nous parce que nous, on s’est toujours débrouillé tous les deux pour trouver des propriétaires et tout payer.

Alain Francqueville m’a dit, comme j’étais champion de France que je serais sur la liste des athlètes de haut-niveau. Donc j’ai appris qu’on pouvait avoir, quand on partait en déplacement à l’étranger, des aides. Quand on va faire Lipicca, Hickstead, Londres, ça fait des kilomètres. C’est certain que si la Fédération nous aide à ce niveau-là, c’est bien.

Qu’est-ce que vous feriez pour aider le dressage français à devenir une discipline comme c’est en Allemagne, un show, avec 4000 personnes autour des rectangles qui tapent des pieds et qui battent des mains ?

La marque de votre selle ?

Childeric

Je crois qu’en Allemagne, il y a eu une éducation du public sur les concours. C'est-à-dire qu’ils ont des oreillettes, des micros. Ils expliquent au public ce que font les cavaliers, comment c’est noté, donc le public est plus initié. Parce que pour quelqu'un qui est novice, s’il est sur le grand côté, il ne voit rien. Je crois que le public, à l’étranger, est vraiment initié à la discipline et ils savent observer une reprise. Parce que c’est facile, même si on ne monte pas à cheval, si on a expliqué les observables.

Après, dans le dressage, pour qu’il y ait du monde, je ne sais pas. Il n’y a pas de solutions miracle. Je pense que de toute façon, il faut coupler les concours avec l’obstacle. Ça, c’est indispensable si on veut avoir du monde. Et qu’il y ait, comme on voit dans tous les gros évènements, quand il y a un pro élite d’obstacle, il y a un pro élite de dressage. Mais qu’il y ait la logistique pour que, dès que l’obstacle est fini, que la piste soit démontée en cinq minutes et remontée en cinq minutes, qu’il y ait une animation, que les gens n’aient pas le temps de partir ou de passer à autre chose, que la pression reste, qu’il reste une émulation.

On vient d'apprendre la vente de Totilas. A votre avis, il va faire quoi en Allemagne ?

La dernière rumeur, ce serait Matthias Alexander Rath qui l’aurait. C’est un fin cavalier.

Après, ça va être difficile, pour lui, de passer derrière Edward Gal, la comparaison. Passer derrière Edward Gal avec les scores qu’il a eu, ça va être difficile.

Je pense qu’il doit être dressé très classique donc il n’y a pas de raison. Ce sont des cavaliers de grand prix. Il a 26 ans, il a les moyens de se former avec qui il veut. Donc je crois qu’il n’y a pas de raison que ça se passe mal.

Après est-ce qu’ils arriveront à mettre autant de points qu’avec Edward Gal, ça je ne sais pas. Peut-être qu’il va nous surprendre.

Je pensais que ce cheval-là ne serait jamais vendu, qu’Edward Gal et les propriétaires du cheval trouveraient un deal pour vendre la partie reproduction, mais qu’ils ne casseraient pas le couple. Et je crois que pour Edward Gal, ça va être difficile. Moralement, je crois que ça va être très dur pour Edward Gal. J’espère qu’il va s’en remettre. Je me mets à sa place.

C’est la dure vie des cavaliers. Ça arrive aussi à l’obstacle. Plus fréquemment que dans le dressage, mais voilà. Ça veut dire que la discipline elle bouge, elle est en train de bouger vraiment.

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