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Introduction

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A l'heure où la médecine moderne se consacre plutôt aux spécialités et aux spécialistes, prenant en compte le symptôme, l'organe malade, les médecines holistiques (ostéopathie, acupuncture, homéopathie…), attirent de plus en plus de praticiens. Pour cela, plusieurs raisons : les premiers viennent à ces "médecines alternatives" par "exotisme", sous l'influence des courants parfois médiatisés, les suivants parce qu'ils ne sentent pas assez performants dans la médecine allopathique. Enfin, les derniers – et ce devrait être une majorité – parce qu'ils croient en la complémentarité de ces médecines.

L'utilisation actuelle du cheval en fait un véritable athlète qui nécessite un suivi médical régulier. Il est soumis à de nombreux stress et contraintes liés à l'exercice physique, aux sollicitations de l'appareil locomoteur, aux harnachements (selle, poids du cavalier, justesse des aides du cavalier, mors, enrênements), à la gestion de l'alimentation. Lorsque ces contraintes sont trop importantes, le cheval peut montrer des baisses de performance, des raideurs, des difficultés au travail, et même des troubles du comportement. L'ostéopathie est
à même de régulariser les déséquilibres du cheval, que ce soit à titre préventif ou bien curatif.

Ce travail se propose d'aborder l'ostéopathie, d'un point de vue vétérinaire, et de montrer ses apports à la médecine du cheval. La littérature dans ce domaine reste pauvre. Nous ne proposons pas de réunir toutes les connaissances en ostéopathie équine, mais d'aborder ces différentes facettes et applications.

Il nous est cependant impossible – et utopique – de développer chacune d'entre elles en détail – de nombreux tomes seraient indispensables.

Dans une première partie, les bases scientifiques théoriques de l'ostéopathie seront développées. Ensuite, nous lui consacrerons une partie plus pratique, incluant les méthodes de diagnostic et de traitement. Enfin, la troisième partie sera abordée selon la notion de diaphragmes en ostéopathie. Elle sera consacrée à la présentation des principales lésions ostéopathiques du cheval et de leur normalisation, illustrée par des cas cliniques.

Avant d'entrer complètement dans le monde de l'ostéopathie, gardons néanmoins à l'esprit qu'il n'existe pas d'incompatibilité, ni alternative entre médecine dite classique ou allopathique et médecine holistique. L’une est complémentaire de l’autre.

Première partie : l'ostéopathie : bases historiques théoriques et scientifiques

I. Les bases de l'ostéopathie

A. Définitions (Still et Tricot, 1998 ; Issartel, 1983)

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Né au début du XX° siècle aux Etats Unis, le Docteur Andrew Taylor Still est le créateur du terme ostéopathie. Etymologiquement, osteum signifie os et pathos souffrance. Contrairement à ce que cela peut inspirer, l'ostéopathie ne fait pas référence à une pathologie des os. Still décrit l'ostéopathie comme un dérangement d’une articulation des os (osteum) qui provoque des cascades de souffrances (pathos). Il définit l’ostéopathie par "Mouvement – Matière – Esprit", l’esprit et la matière ne pouvant exister sans mouvement.

L’ostéopathie ne correspond pas à différentes manipulations, elle est définie par la capacité à apprécier l’équilibre d’un individu et de diagnostiquer ses troubles. Elle a pour but d'estimer les pertes de mobilité des différents éléments de structure du patient, d’en déterminer
l’origine, et de les résoudre manuellement.

Pour mieux commenter ce terme, nous pouvons citer quelques définitions, parmi les très nombreuses, qui en ont été données (citées par Lizon, 1988).

Sir William Osler : "La médecine ostéopathique est un art et une science clinique amplifiés par des méthodes et des compétences spéciales visant à la régulation et à la correction du fonctionnement musculo-squelettique. La raison à cette importance physiologique n'est pas seulement due au fait que la médecine ostéopathique considère le système musculo-squelettique comme la cause principale du dérangement physiologique et une avenue majeure pour l'application de la thérapeutique destinée à assister les défenses naturelles, à réparer et à restaurer les fonctions physiologiques."

Lacrambe : "la médecine manuelle est, avant tout, une médecine de rééquilibration, une médecine de l’homme entier qui, partant d’un déséquilibre articulaire localisé, a pour but de rechercher plus loin, pour aboutir à une rééquilibration générale de tout l’organisme, véritable prophylaxie de la maladie sous tous ses aspects."

J.P. Barral : "L’ostéopathie pourrait se caractériser par une étude manuelle de la mobilité et de la motilité du corps humain pour en diagnostiquer les perturbations et en réaliser les ajustements nécessaires."

R. Becker : "Les techniques ostéopathiques d’équilibres et d’échanges réciproques sont une utilisation directe des énergies et des ressources physiologiques du malade, comme moyens de diagnostic et de traitement, par l’interprétation de la vie dans la relation espace-temps ; elles incluent les échanges entre les liquides, les mouvements cellulaires des tissus mous et de la mobilité articulaire des éléments osseux."

Actuellement, les praticiens de la médecine ostéopathique humaine, comme le Conseil Supérieur de l'Ordre Vétérinaire (revue de l'Ordre Vétérinaire, n°22, 2005, p. 36) s’accordent autour de la définition élaborée en 1987 lors de la Convention Européenne d’Ostéopathie à Bruxelles :

"La médecine ostéopathique est une science, un art et une philosophie des soins de santé, étayée par des connaissances scientifiques en évolution. Sa philosophie englobe le concept de l’unité de la structure de l’organisme vivant et de ses fonctions. Sa spécificité consiste à utiliser un mode thérapeutique qui vise à ré-harmoniser les rapports de mobilité et de fluctuation des structures anatomiques. Son art consiste en l’application de ses concepts à la pratique médicale dans toutes ses branches et spécialités. Sa science comprend notamment les connaissances comportementales, chimiques, physiques et biologiques relatives au
rétablissement et à la préservation de la santé, ainsi qu’à la prévention de la maladie et au soulagement du malade.

Les concepts ostéopathiques mettent en évidence les principes suivants :

  • le corps, par un système d’équilibre complexe, tend à l’autorégulation et à l’auto-guérison face aux processus de la maladie.
  • le corps humain est une entité dans laquelle la structure et la fonction sont mutuellement et réciproquement interdépendantes.

Un traitement rationnel est fondé sur cette philosophie et ses principes. Il favorise le concept structure-fonction dans son approche diagnostique et thérapeutique par des moyens manuels."

Ainsi, l'ostéopathie apparaît comme une thérapie considérant le corps dans son ensemble et la continuité des structures entre elles. Les mains représentent l'outil précieux du thérapeute pour l’écoute, le diagnostic et le traitement. L’ostéopathe mobilise les articulations, les tissus mous, les fluides organiques, et l’énergie du patient.

B. Aperçu historique (Still et Tricot, 1998 ; Le Corre et Toffaloni, 1998)

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Il y a plus de trois mille ans, la médecine manuelle existait déjà. Un ancien Egyptien écrivait : "J’étais un prêtre de Sekhmet, puissant et habile dans son art. Je posais ma main sur le malade et je comprenais (sa maladie). J’étais habile à examiner avec mes mains…" et signait Aha Nekht, médecin de l’homme et des animaux.

Plus près de nous, les grecs apportaient une grande attention à l’examen manuel des malades. En Occident, Ambroise Paré au XVIème siècle préconisait les thérapies manuelles. Cependant, peu à peu, ces soins glissèrent vers la chiropractie et les non médecins.

Au début du XIX° siècle, la médecine prend un nouveau tournant : l'anatomie interne et la chirurgie se développent. C'est aux Etats Unis, au cours du XX° siècle, que l'on s'attarde à étudier de façon scientifique ces méthodes. Andrew Taylor Still a beaucoup étudié les corps, vivants ou morts. C'est ainsi qu'il précise les principes de l’ostéopathie, médecine basée sur des manipulations vertébrales.

C. Les principes de Still (Stille et Tricot, 1998)

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En 1883, Still fonda le premier "American School of Osteopathy". Il y enseignait l'anatomie et la physiologie mais aussi ses techniques basées sur les quatre grands principes mis en exergue par l'ostéopathie :

La continuité de l'organisme

Still disait : "Si vous marchez sur la queue d'un chat, vous entendrez le bruit de l'autre bout du chat".

Le corps représente une unité fonctionnelle. Lorsqu'une fonction est lésée, les autres fonctions de l'organisme sont modifiées de façon à compenser la première lésion.

La relation structure - fonction

Selon Still, "la structure gouverne la fonction" et "le mouvement autorise la vie".

"Le système musculo-squelettique du corps : os, ligaments, muscles, fascias, forme une structure qui, quand elle est perturbée, peut déclencher la mise en jeu de toutes les autres parties du corps. Cet effet peut être créé à travers l'irrigation et les réponses anormales des nerfs, et dans l'apport du sang, dans les autres organes du corps.

La règle de l'artère est absolue

"La règle de l'artère est absolue, universelle. L'artère ne doit pas être obstruée, sinon la maladie en résulte. Je proclame ensuite que tous les muscles dépendent du système artériel pour leurs qualités comme la sensation, la nutrition, le mouvement, et même que par la loi de réciprocité, ils fournissent la force, la nutrition, la sensibilité à l'artère-elle-même."

"Le pouvoir général et spécifique de tous les nerfs doit être libre d'aller partout dans le corps sans les obstructions causées par un os mal placé, un muscle rétracté, raccourci ou étiré, un nerf, une veine, une artère."

L'ostéopathie a pour but de favoriser la communication entre les différents organes et tissus. La circulation du sang doit être libre et les influx nerveux doivent se transmettre sans contrainte.

Le potentiel d'auto-guérison

En restaurant sa mobilité aux divers segments affectés du corps, l'ostéopathie, met l'organisme dans la situation optimale pour mettre en jeu les mécanismes d'auto-défense, d'autorégulation, d'autocorrection. Ce potentiel est souvent sous-estimé.

Selon Still, "le corps de l'homme est le drugstore de Dieu et l'on y trouve tous les liquides, drogues, huiles lubrifiantes, opiacées, acides et antiacides, et tous les remèdes qui lui ont semblé nécessaires au bonheur de l'homme et à sa santé". Il ajoute que "le sang est germicide" et qu'il faut chercher la cause, retirer l'obstruction et laisser le remède de la nature, le sang artériel, être le docteur."

Les principes de Still constituent la base du diagnostic ostéopathique et du traitement ostéopathique.

D. Le mécanisme respiratoire primaire (Magoun, 2000)

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William Garner Surtherland, élève de l'American School of Osteopathy de Still s'interroge sur les surfaces articulaires des os crâniens, biseautées. Pour lui, ces os ne sont pas soudés et sont mobiles. Il découvre alors les mouvements rythmiques informes du crâne, et propose l'idée que l'os sphénoïde soit la clé de voûte des articulations intracrâniennes, agissant comme une véritable poulie de transmission des mouvements crâniens sur toute la colonne vertébrale. C'est la naissance de l'ostéopathie crânio-sacrée et du Mécanisme Respiratoire Primaire (MRP) ou Cranial Rythmic Impulsion (CRI) pour les anglo-saxons.

II. La "lésion ostéopathique"

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Dans le dictionnaire, la définition du terme "lésion" est :

  • "Altération des caractères anatomiques et histologiques d'un tissu sous l'influence d'une cause accidentelle ou morbide (traumatisme, action d'un parasite, fonctionnement, défectueux d'un organe, etc.). L'étude des lésions constitue l'anatomie pathologique." (Dictionnaire Encyclopédique Illustré, Hachette 1998, 1999p)
  • "Altération d'une cellule, d'un tissu ou d'un organe, due à une agression ou à une maladie." (Dictionnaire médical, Larousse Thématique 1984, 995p)

Le terme de "lésion" tel qu'il a été défini plus haut (altération de la structure) reste du domaine de la pathologie enseignée en médecine "classique".

Au sens de l'ostéopathie, la lésion est essentiellement une altération d'ordre fonctionnel, c'est pourquoi on parlera surtout de "dysfonction ostéopathique". Les altérations anatomiques et histologiques restent minimes ou dans les limites physiologiques, mais suffisantes pour engendrer des gênes fonctionnelles de l'organe affecté avec des répercussions sur d'autres segments, d'autres organes, voire sur l'ensemble de l'organisme. Elles le fragilisent et l'exposent à des affections plus graves, ou peuvent évoluer vers de véritables pathologies, dont le traitement relève alors de la médecine et/ou de la chirurgie dites classiques.

Couramment, la plupart des ostéopathes utilisent les termes "lésion" ou "dysfonction' sans véritable distinction. Nous utiliserons le plus souvent le terme de dysfonction, mais pour éviter une certaine redondance dans le texte, nous emploierons aussi le terme de lésion.

A. Notion de dysfonction ostéopathique

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Face aux agressions exogènes, l'organisme présente des réactions de défense : douleur, réaction de retrait, contractures réflexes, correction posturale... Lorsqu'un stimulus agressif s'applique à un segment vertébral (ou tout autre de l'appareil locomoteur) ou tout autre organe, trois réponses possibles :

  • la réponse est réversible : la situation engendrée s'annule dès que la contrainte cesse : cela correspond à la réaction physiologique)
  • la réponse est irréversible : le système structurel est détérioré et c'est la pathologie lésionnelle ("lésion pathologique"), dans laquelle l'ostéopathie peut intervenir.

En ostéopathie, selon Still, une dysfonction est une restriction de mobilité partielle ou totale à même de conditionner la vascularisation et de perturber la fonction des neurones autonomes et somatiques du segment médullaire en rapport avec toutes les conséquences neurovégétatives que l'on peut envisager à plus ou moins long terme, sur les fonctions viscérales correspondantes.

Depuis, Still, la(es) définitions(s) de la lésion ou dysfonction ostéopathique a (ont) varié avec l'évolution du concept ostéopathique et de ses applications pratiques, et avec le souci pour les ostéopathes :

  • d'une part, d'essayer de définir de façon explicite cet état de désordre(s) anatomique(s) et physiologique(s) qui n'est pas toujours perceptible par les cinq sens usuels ni actuellement encore visualisable ou mis en évidence par les moyens d'examens complémentaires classiques (radiographies, échographie)
  • d'autre part, de trouver la définition la plus adaptée à l'usage de la classification internationale des maladies qui pourrait servir de base aux assurances en vue du remboursement des soins en ce qui concernent l'ostéopathie humaine.

Ainsi, en 1973, le terme de "dysfonction somatique" a été introduit par The Academy of Applied Osteapath, pour désigner la "dégradation ou l'altération fonctionnelle des composants du système somatique : structures squelettiques, articulaires et musculo-aponévrotiques, ainsi que des éléments vasculaires, lymphatiques et nerveux en rapport avec celles-ci".

Bien évidemment, ceci suscite jusqu'à l'heure actuelle, débats et controverses sur lesquelles nous ne nous attarderons pas.

Quoiqu'il en soit, il ressort toujours que :

  • la notion de lésion ou dysfonction ostéopathique ne désigne pas uniquement les conséquences locales sur un organe d'un traumatisme direct immédiat ou de sollicitations inhabituelles ou prolongées,
  • mais implique également les multiples répercussions neurobiologiques mises en jeu lors de l'apparition de la perturbation et lors de sa persistance.

Ceci est particulièrement mis en exergue par le Docteur F. Lizon, pionnier de l'ostéopathie vétérinaire en France :

"La lésion ostéopathique est un trouble de fonction d'une articulation, d'un organe, d'un tissu, d'un liquide et plus généralement de l'homéostasie, dans le cadre d'un mouvement volontaire et involontaire se traduisant par une restriction ou un vice de mobilité somatique volontaire du MRP involontaire. Il s'ensuit une entrave à l'écoulement paisible de l'énergie ou du sang dans les canaux habituels (nerfs, méridiens, vaisseaux). Toute lésion primaire viscérale a une réponse somatique crânio-sacro-rachidienne. Toute lésion somatique périphérique a une réponse somatique. Toute lésion crânio-sacro-rachidienne a une réponse viscérale. Un lésion viscérale peut avoir une réponse viscérale."

A cette notion de globalité fait écho l'image de l'harmonie puisque, pour P. Evrard (2002b) la dysfonction ostéopathie se définit "comme un manque d'harmonie au niveau de la mobilité de toute élément conjonctif".

La dysfonction vertébrale se traduit donc par des phénomènes locaux associés des phénomènes à distance : (Haussler, 2001a ; Evrard, 2002b)

  • une modification de l'amplitude et de la qualité du mouvement d'une ou plusieurs articulations, ou une diminution de la mobilité d'un tissu ou d'un organe (os, tendon, viscère, fascia),
  • des signes visuels ou palpatoires d'inflammation aiguë ou de texture anormale des tissus (œdème, fibrose, hyperémie, zones de chaleur...),
  • une sensibilité des muscles ou des vertèbres, c'est-à-dire une diminution du seuil de douleur des structures osseuses ou tissulaires,
  • une tension musculaire anormale,
  • des modifications dans la circulation locale et dans les échanges entre le sang et les tissus,
  • des modifications des fonctions végétatives et viscérales.

B. Physiologie de la dysfonction ostéopathique

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Très tôt, les ostéopathes ont cherché à expliquer l'efficacité thérapeutique de leurs méthodes et à justifier le bien-fondé de leurs certitudes. De nombreuses hypothèses ont été formulées et comme nous le préciserons ultérieurement, certaines ont été corroborées en laboratoire animalier.

1. Mécanique de la dysfonction ostéopathique : notion de barrière physiologique et de restriction de mobilité

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a) Barrière motrice physiologique

Toute articulation présente, dans chaque plan de l'espace, deux zones d'amplitude articulaire :

  • Une zone d'amplitude articulaire physiologique à l'intérieur de laquelle se font les mouvements actifs et passifs. La barrière anatomique correspond à la limite maximale du mouvement permise par la morphologie des surfaces articulaires et la butée osseuse. La barrière motrice physiologique correspond à la limite maximale du mouvement permise par la mise en tension des composantes élastiques des structures péri-articulaires et des muscles.
    Haussler (1999b), différencie une zone para-physiologique au-delà de la barrière élastique, et au sein de laquelle les mouvements sont réalisés toujours dans le site de l'articulation et restent dans les limites de la barrière anatomique. Cette zone para--physiologique se situe aux extrêmes limites de la zone physiologique et correspond à la mise en tension des structures articulaires et musculo-tendineuses au-delà de leur barrière élastique. Pour Haussler, qui est vétérinaire et chiropracticien, cette zone para-physiologique correspondrait à la zone de mobilisation lors de la réalisation des "thrust", correction par mobilisation sous haute vélocité et faible amplitude contre la barrière motrice, et qui serait le site de la cavitation, en d'autres termes le "pop" entendu au cours de ces manipulations.
  • Au-delà de la barrière anatomique est une zone pathologique située en dehors des limites de l'anatomie normale de l'articulation. L'intégrité de l'articulation n'est plus conservée. C'est le domaine de l'exagération du mouvement en rapport avec une élongation ou une rupture d'une des structures de maintien de l'articulation (ligament, tendon, muscle, os) : entorse grave, luxation, fractures...

figure001

b) Barrière motrice pathologique

La barrière motrice pathologique correspond à la diminution de l'amplitude du mouvement en dessous des limites de la barrière motrice physiologique.

C'est dans les limites de la barrière motrice physiologique que se définit le cadre d'application de l'ostéopathie, et ceci à tous les niveaux :

  • la définition de la lésion ostéopathique,
  • sa mise en évidence par les tests articulaires,
  • sa correction par des manipulations appropriées.

La barrière motrice pathologique est le plus souvent la conséquence d'atteinte des tissus mous : contractures profondes, tensions myofasciales ou dans les cas chroniques le résultat d'une rétraction avec fibrose et adhérences.

Mais il peut arriver que la barrière motrice pathologique soit une véritable barrière mécanique avec butée osseuse. C'est ce qui peut arriver au niveau des facettes des processus articulaires vertébraux à la suite d'un phénomène de coaptation articulaire et/ou d'impaction articulaire.

La coaptation articulaire peut se produire lors de mouvements en limite d'amplitude physiologique ou lors d'une hyper-convergence des facettes articulaires (extension prolongée). La synoviale représente alors un véritable joint liquide qui adhère aux surfaces articulaires.

L'impaction articulaire peut se produire lors d'une mise en contact brutale, traumatique des deux surfaces articulaires en rapport.

La manipulation d'une articulation permet de restaurer son amplitude physiologique, de stimuler les réflexes neurologiques, de diminuer la douleur et l'hypertonicité musculaire par l'intermédiaire des mécanorécepteurs.

2. Mécanismes neurologiques de la dysfonction ostéopathique

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Dès les premiers pas de l'ostéopathie, l'implication de mécanismes neurologiques a été évoquée. Selon Korr (1993), la relation segmentaire entre la dysfonction et ses conséquences viscérales et somatiques ne peut s'expliquer que par cette théorie.

a) Rappel de physiologie neuromusculaire
Principe de convergence

Rappelons que le principe de réciprocité établit qu'à travers le réseau d'inter-neurones situés dans le système nerveux central, chaque neurone peut influencer et être influencé par presque tous les autres neurones. Le principe de convergence établit que de nombreuses fibres nerveuses convergent vers chaque neurone moteur.

Chaque cellule de la corne ventrale de la moelle épinière des influx provenant de nombreuses origines :

  • les faisceaux descendants de la moelle épinière envoient de fibres vers les cellules de la corne ventrale. Ils jouent un rôle important dans le maintien des postures, les réflexes posturaux, l'équilibre, les mouvements volontaires...
  • les propriocepteurs (récepteurs de Golgi, fuseaux neuromusculaires, récepteurs intra-articulaires) sont une source importante d'informations,
  • les fibres afférentes qui proviennent des viscères peuvent transmettre des sensations de douleur, de pression et de température.

Chaque fibre afférente peut donc exercer une influence sur la voie commune finale : les nerfs moteurs. Certaines fibres convergentes exercent une activité excitatrice, d'autres, une activité inhibitrice.

Ainsi l'activité d'un motoneurone peut être présentée par une balance : il est constamment dans un état d'équilibre dynamique.

Une cellule de la corne ventrale ne peut se décharger et entraîner une contraction musculaire que lorsqu'elle a reçu des influx excitateurs à partir d'un nombre suffisant de fibres pré-synaptiques : c'est le phénomène de renforcement et de facilitation.

Application au système musculo-squelettique

Le système musculo-squelettique reçoit la plus grande partie des nerfs afférents du système nerveux central. Des informations sensorielles arrivent à la moelle par les racines dorsales et sont essentielles au contrôle de la position et de la mobilité. Certaines de ces informations parviennent aux centres neuro-végétatifs et servent à ajuster l'activité viscérale, métabolique et circulaire.

Les propriocepteurs sont des récepteurs sensitifs qui informent le système nerveux central des modifications physiques du système musculo-squelettique. Ils évaluent la position d'une articulation et en adaptent le mouvement si besoin. Dans le cas de la dysfonction ostéopathique, ils sont constamment excités et émettent des influx permanents non adaptatifs.

Les propriocepteurs articulaires

Ils sont situés dans les capsules et ligaments articulaires, ainsi qu'aux extrémités des ménisques du genou. Ils ont un rôle protecteur pour les articulations. Leur stimulation (mouvements rapides, vibrations, pression), entraîne une inhibition des motoneurones ? et ?. Certains possèdent un seuil d'activation élevé, (corpuscules de Golgi dans les ligaments à sensibilité dynamique), d'autres un seuil d'activation beaucoup plus bas (corpuscules de Pacini, et de Ruffini, dans les capsules articulaires à sensibilité statique ou dynamique). Il existe également des mécanorécepteurs capsulaires et ligamentaires de type nociceptif. (Wyke, 1981).

Les propriocepteurs musculaires (Richard et Orsal, 1994)

Les propriocepteurs musculaires ou récepteurs annulo-spiralés sont contenus dans les fuseaux neuromusculaires (FNM). Ces derniers sont composés de petits groupes de fibres musculaires spécialisées, dispersées au sein du muscle, et entourées de tissu conjonctif. Leur nombre est proportionnel au degré de spécialisation du muscle.

Les extrémités des intra-fusales sont riches en actine et myosine et sont contractiles. Elles sont connectées à des motoneurones ? (MN?) :

  • ? dynamiques qui ajustent l'intensité de la contraction musculaire au mouvement
  • ? statiques qui permettent le maintien d'une posture

La zone équatoriale des fibres intra-fusales et non contractiles. Des fibres sensitivo-proprioceptives de type Ia et II, sensibles à la longueur du muscle s'enroulent autour de cette zone. Les fibres Ia sont des fibres de gros diamètre, myélinisées et à conduction très rapide (70 à 120m/s), tandis que les fibres de type II sont de plus petit diamètre et à conduction plus lente (30-70m/s). Elles sont activées par l'allongement des fibres intra-fusales dont soit à la traction passive (étirement) du muscle, soit à la tension induite par la contraction des fibres intra-fusales innervées par le MN?.

Les FNM sont à l'origine du réflexe myotatique. L'étirement d'un muscle active les FNM. L'information est transmise par les fibres Ia vers la moelle épinière où elle se connecte à un motoneurone ? (arc monosynaptique). Ce dernier va commander la contraction du muscle agoniste, ce qui va provoquer le relâchement du FNM. Au même instant, par l'intermédiaire d'un inter-neurone, il y a inhibition des motoneurones des muscles antagonistes (inhibition réciproque de Sherrington).

Le motoneurone reçoit également, par l'intermédiaire d'inter-neurones, des informations provenant d'autres voies périphériques (inhibition pré-synaptique) ainsi que des voies descendantes (système nerveux central). Ceci permet de moduler la réponse musculaire.

FNM et réflexe myotatique permettent la régulation du tonus musculaire, l'ajustement de la contraction musculaire au mouvement et le maintien postural.

Les propriocepteurs tendineux (Richard et Orsal, 1994)

Ce sont des corpuscules de Golgi qui sont présents au niveau des jonctions myo-tendineuses et myo-aponévrotiques. A l'un de ses extrémités, il est relié au tendon, à l'autre il est connecté à une dizaine de fibres musculaires de toutes natures (lentes, peu fatigables, fatigables) appartenant à plusieurs unités motrices différentes. Les organes tendineux de Golgi sont sensibles aux tensions appliquées aux tendons par la contraction des muscles. Ils présentent une sensibilité dynamique très développé. Ils sont associés à des fibres sensitives Ib à conduction rapide.

figure002

Les fibres Ib déchargent à partir d'un certain seuil d'étirement et, par l'intermédiaire d'un inter-neurone, entraînent une inhibition des motoneurones  provoquant le relâchement du muscle contracté. C'est le réflexe myotatique inversé. Ces mêmes fibres Ib ont une action facilitatrices pour les MN antagonistes.

figure003

Ce réflexe serait mis en jeu quand le mouvement atteint les limites mécaniques de l'articulation, il joue un rôle protecteur de l'appareil locomoteur vis-à-vis des mouvements extrêmes.

La boucle gamma

Les MNgn'ont pas d'action directe sur la longue ou la tension du muscle.

  • Quand ils sont stimulés, ils induisent la contraction des seules fibres musculaires intra-fusales.
  • Cette contraction intra-fusale étire alors la portion centrale du FNM excitant les terminaisons primaires (Ia).
  • Celles-ci peuvent alors engendrer la contraction des fibres extra-fusales par stimulation des MNapar la voie du réflexe monosynaptique myotatique.
  • Comme le muscle se contracte, le FNM se relâche, ce qui arrête la décharge des fibres Ia, et provoque alors le relâchement du muscle.

Le système gamma peut intervenir dans la contraction de deux manières différentes :

  • L'activation de la boucle gamma sur un muscle non sollicité par les MNaprovoque une tension fusoriale augmentant la décharge des fibres Ia, d'où excitation de la voie motrice et réponse musculaire. La latence de la réponse est plus longue que celle provenant directement de la stimulation par les MNa.
  • La commande supra spinale de la contraction musculaire active simultanément les MNaet MNg. Cette co-activation compense, par la contraction des fibres intra-fusales (MNg) l'effet de relâchement du fuseau suite au relâchement des fibres intra-fusales (MNa).

Ainsi modulée par les centres supérieurs, la boucle gamma apparaît comme un dispositif de servo-contrôle. Elle permet une réalisation harmonieuse du mouvement.

Description : figure004

b) Boucle gamma et dysfonction ostéopathique

Selon le Professeur Korr I. (1993), la dysfonction ostéopathique se caractérisait par une activité gamma augmentée : les FNM sont alors raccourcis et déchargent en permanence, exagérant l'activité des motoneurones alpha. Le tonus des fibres musculaires est augmenté et leur raccourcissement est maintenu sans qu'elles puissent se relâcher et se détendre.

Irwin Korr parle alors de "segment de facilité" : le segment médullaire contrôlant le segment articulaire affecté se trouve alors en état d'hyperréactivité, et présente un seuil d'excitation beaucoup plus bas que ses voisins. 

Tout influx supplémentaire peut amener les neurones afférents facilités à décharger, et si le bombardement afférent est important et persistant, les neurones facilités et les structures qu'ils innervent peuvent être continuellement maintenus dans un état d'hyperactivité. Cet état de facilitation peut être étendu à tous les neurones dont le corps cellulaire se trouve dans le segment médullaire qui innerve l'articulation en lésion. Peuvent se trouver impliqués, non seulement les structures ostéo-articulaires et musculo-tendineuses, mais également, les territoires cutanés, et les territoires viscéraux appartenant au métamère affecté. Ainsi, toute forme excitatrice (courant d'air, choc léger) entraîne une réponse et donc une douleur ou réaction des tissus innervés.

Cette hyperactivité gamma peut avoir comme origine une contraction trop forte commandée par le SNC, ou un raccourcissement brusque dû à une réaction réflexe suite à un traumatisme, un choc, ou un étirement trop fort.

c) Conséquences locales

Cet état de contracture ou de spasme entretenu, entraîne une perturbation de la vascularisation locale et une irrigation insuffisante du muscle ou des fibres musculaires impliquées, d'où une ischémie locale. L'oxygène et les métabolites nécessaires au métabolisme correct des fibres musculaires ne pouvant plus arriver, la contracture se fixe et un cercle vicieux s'installe.

Ainsi, ce sont les fibres musculaires à métabolisme aérobie (lentes) qui sont surtout sensibles à ces perturbations et probablement les plus impliquées dans la genèse des lésions ostéopathiques. Leur proportion est élevée dans les muscles juxta-articulaires, et dans les faisceaux profonds sollicités en permanence dans la locomotion et les réajustements posturaux, en particulier chez le cheval les muscles du dos, de l'épaule et de la hanche.

Si cette lésion concerne la musculature juxta-vertébrale profonde (multi-fide, faisceaux profonds de l'erector spinae...), elle sera à l'origine de la "vertèbre bloquée". Si elle implique les muscles fessiers profonds et pelviens profonds, elle se traduira par une "hanche bloquée" et l'atteinte de la musculature de la coiffe de l'épaule donnera "l'épaule bloquée".

A l'examen, cela se traduit par une restriction de mobilité, car le muscle contracté résiste à son étirement et par la palpation d'une zone indurée en forme de cordon dans l'épaisseur du muscle.

La régulation peut passer par un mouvement lent dans le raccourcissement musculaire qui réajuste les fibres intra et extra-fusales jusqu'à ce que les intra-fusales fonctionnent de nouveau (Chêne, 2001b).

d) A quoi peut-être dû cet état de facilitation ?

Cet état de facilitation neuromusculaire conduisant à la dysfonction ostéopathique peut être la conséquence de (Chêne, 2001b ; Evrard, 2002b) :

  • une contraction d'un muscle para-vertébral apparue à la suite d'un traumatisme brutal ou d'un mouvement mal contrôlé,
  • une anomalie de posture, d'un mauvais état des chaînes musculaires,
  • une irritation viscérale, par relation avec métamère,
  • des tensions fasciales à distance, ou des tensions musculaires selon des chaînes lésionnelles.

C. Répercussion de la dysfonction ostéopathique

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Pour Denis Brookes : "Une lésion articulaire de plus 24 heures entraîne un trouble fonctionnel glandulaire. La lésion ostéopathique articulaire provoque la libération de prostaglandines tant que dure le blocage. Cette libération cède dès la suppression de la lésion (sous influence de l'hypothalamus et de la glande pinéale). Un étirement des fascias entraîne une libération de prostaglandines, elle-même à l'origine d'un double feed-back sur la glande pinéale".

Les conséquences de la dysfonction ostéopathique sont multiples, et peuvent créer des lésions à distances dites "secondaires".

1. Les tensions fasciales pathologiques

La lésion ostéopathique tend à diminuer les capacités de défense et de réparation de l'organisme. Les conséquences pathologiques sont aussi à l'échelle cellulaire.

L'hyperactivité musculaire provoquée par l'excitation excessive des fibres afférentes est responsable de l'apparition de fibrose et de modifications biochimiques et métaboliques majeures.

Lorsque les fascias sont libres, ils sont facilement mobilisables de façon à assurer le drainage organique et le métabolisme. Si un état de tension perdure, les nocicepteurs et les récepteurs périphériques sont stimulés, ce qui provoque une douleur immédiate, localisée.

En même temps, des médiateurs chimiques sont libérés, modifiant ainsi la biochimie locale. Le point de départ et la souffrance cellulaire qui provoque la libération d'histamine, de sérotonine, de polypeptides plasmatiques (bradykinine entre autres). Le seuil de douleur est ainsi abaissé. Cela entraîne aussi une vasoconstriction artérielle, une capillo-dilatation, une augmentation de la perméabilité vasculaire. On obtient un état d'ischémie locale par perturbation de la micro-vascularisation avec un état d'acidose.

Si les tensions fasciales ne se lèvent pas d'elles-mêmes (repos, récupération par le sommeil...), un cercle vicieux s'installe à l'origine d'une cascade de dysfonctions organiques.

Description : figure005

Description : figure006

2. Les perturbations biomécaniques (Richard, 1980)

Rééquilibration posturale

Le  blocage d'une vertèbre entraîne un déséquilibre qui tend à modifier la position de la ligne centrale de gravité de l'animal. Cela détermine des mécanismes de rééquilibration, d'adaptation compensatoire propre à chaque individu. Le maintien d'une vertèbre ou d'un groupe de vertèbre dans certaines conditions dans l'espace diminue leur capacité de mobilité physiologique, ce qui les rend plus susceptibles aux contraintes. Des dysfonctions secondaires peuvent dont être créées.

Répercutions organiques

Les modifications de tension de certaines structures fasciales peuvent éventuellement modifier certaines sustentations viscérales, qui aboutissent à des troubles fonctionnels secondaires d'origine purement mécanique.

Répercussions sur les articulations intervertébrales

Au niveau des articulations des processus articulaires, on observe :

  • la suppression des alternances compression-décompression des surfaces articulaires
  • une modification des surfaces d'appui articulaire, créant des zones d'hypo ou d'hyperpression

Au niveau du disque intervertébral, un processus de vieillissement très rapide s'installe et entraîne :

  • une perte de propriétés osmotiques en relation avec les corps vertébraux, par l'absence d'alternance compression-décompression,
  • la création de certaines situations critiques pour l'intégrité du disque
Répercussion sur le MRP

La dysfonction somatique a des effets sur la mobilité des fascias et sur le tonus musculaire. Tous les fascias étant en relation avec la dure-mère, chaque tension fasciales se répercute sur cette dernière. Le MRP est donc perturbé.

3. Les perturbations neurovégétatives

La dysfonction ostéopathique entraîne une excitation permanente du système sympathique sur le plan segmentaire. Cela se manifeste essentiellement par des effets sur la vasomotricité et sur les fonctions viscérales (Korr, 1993) :

  • vasoconstriction avec ischémie découlant sur une anoxie plus ou moins importante, de plus la vasoconstriction artérielle terminale (capillaire) débouche sur une dilatation des capillaires avec augmentation de leur perméabilité d'où l'apparition de transsudats (œdème, hémorragie, diapédèse...)
  • inhibition des sécrétions glandulaires,
  • inhibition des fibres musculaires lisses,
  • contraction des sphincters,
  • physiologie des viscères...

Il est important de connaître les concordances entre les structures viscérales et les segments vertébraux, de manière à mieux appréhender la pathologie fonctionnelle. Soulignons cependant qu'il est impossible de systématiser ces relations : tout trouble viscéral n'a pas systématiquement de répercussion secondaire sur le rachis, et toute lésion vertébrale n'entraîne pas toujours de troubles viscéraux.

D. Les différents types de lésions

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1. Lésions articulaires vertébrales

Ce sont les dysfonctions vertébrales. Nous les traiterons en détail dans le chapitre suivant.

Dysfonctions articulaires non vertébrales

Elles regroupent toutes les dysfonctions articulaires des membres, traumatiques ou compensatrices. Elles sont souvent à l'origine d'une compensation vertébrale, par modification d'aplombs, ou position antalgique prolongée.

Dysfonctions fasciales 

Ce sont toutes les lésions de tensions musculaires, de contractures, de congestion ou œdème des structures de soutien, des conjonctifs, ce sont des dysfonctions ostéopathiques. Elles peuvent être primitives, suite à un traumatisme ou une agression, ou secondaires à des adaptations puis compensations.

Dysfonctions viscérales

Elles correspondent aux dysfonctions organiques, aux tensions des fascias profonds, aux restrictions de mobilité des organes contenus dans les cavités.

Lésions crâniennes

Elles concernent les restrictions de mobilité des os crâniens, et des membranes attachées : les méninges.

Leur apparition sera primaire (stress, choc) ou secondaire à des tensions du rachis, ou à des phénomènes vasculaires ou nerveux.

Lésions intra-osseuses

Silencieuses ou douloureuses, elles peuvent concerner tous les segments osseux, du squelette axial ou appendiculaire. Très souvent consécutives à des appuis de compensation (partie visible : suros, épiphysite), elles peuvent également être liées à des variations alimentaires ou des troubles de croissance. Elles ne peuvent être décelées qu'à l'aide du MRP.

Ainsi, la dysfonction ostéopathique est en général un trouble de fonctionnement d'une articulation, d'un organe, d'un tissus de l'hémodynamique, de l'homéostasie, dans le cadre du mouvement volontaire et involontaire.

La thérapie ostéopathique est donc une forme de traitement manuel appliqué par un praticien pour éliminer ou soulager un dysfonctionnement somatique et les désordres qui s'y rapportent.

III. Cas particulier de la dysfonction vertébrale

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Le cheval possède une biomécanique et une physiologie très spécifique. L'utilisation sportive du cheval lors d'exercices physiques sollicite l'appareil locomoteur et la colonne vertébrale, d'autant plus que les contraintes sont nombreuses : selle, mors, enrênements, actions du cavalier, efforts cardio-vasculaires.

Le cheval est un athlète victime de raideurs, difficultés à l'entraînement, souvent dues à des tensions ou dysfonctions vertébrales. Ce chapitre propose de comprendre ces lésions.

A. Anatomie fonctionnelle et biomécanique vertébrale du cheval

1. Principales caractéristiques anatomiques du rachis du cheval, en rapport avec sa mobilité

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a) Les courbures vertébrales

Description : figure007

Chez le cheval, la colonne vertébrale est légèrement sigmoïde, elle présente une série de courbures (Denoix et Pailloux, 2001) :

  • la courbure cervicale haute, ou courbure nucale, (de l'occiput à C3) à convexité dorsale
  • la courbure cervicale basse comprenant la charnière cervico-thoracique à convexité ventrale
  • à partir de T4 (point d'inversion de la courbure), le pont thoraco-lombaire présente une légère courbure à convexité dorsale jusqu'à la dernière vertèbre lombaire. Chez les chevaux ensellés, cette courbure tend à s'inverser (convexité ventrale)
  • la charnière lombo-sacrale se caractérise par une courbure à forte convexité ventrale. A ce niveau l'angle du promontoire varie entre 15 et 25°
  • le sacrum du cheval est presque horizontal à légèrement incurvé ventralement (courbure sacrale à convexité dorsale).

Ainsi, on note une différence primordiale avec la colonne vertébrale de l'homme : la lordose lombaire en relation avec la station bipodale est absente chez le cheval (comme chez tous les quadrupèdes) et le pont thoraco-lombaire présente sur toute sa longueur une légère cyphose.

b) Caractéristiques des articulations intervertébrales du cheval

Description : figure008

Concernant l'union des corps vertébraux

Un disque intervertébralmince mesure 5.9 mm en région cervicale, 2.5 mm pour le pont thoraco-lombaire et 3.5 mm à la jonction lombo-sacrale.

Un noyau pulpeux rapidement envahi par du tissus fibreuxest peu différencié de l'anneau fibreux.

Un ligament longitudinal dorsal faibleest présent : il est fortement différencié à la jonction atlanto-occipito-axiale.

Un ligament longitudinal ventral très fort en région lombaireest en plus renforcé par les tendons des piliers du diaphragme.

Concernant l'union des arcs vertébraux

La diarthrose des processus articulairesest composée d'une capsule articulaire étroite, fibreuse, peu élastique. La forme des surfaces articulaires varie d'un segment à l'autre du rachis.

Description : figure009

Un ligament supra-épineux est fibreux et peu élastique en région lombaire, il devient très fort et élastique en région thoracique et se prolonge par le très puissant ligament nucal.

Description : figure010

Un ligament inter-épineux est constitué de plusieurs plans de fibres croisés, il se prête sans tension excessive aux mouvements vertébraux.

Un ligament inter-lamellaireest étroit, peu élastique. Il délimite dorsalement le foramen intervertébral. Son inflammation peut être à l'origine de spasmes musculaires et névralgies.

2. Les mouvements vertébraux

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Selon Fryette : "Aucune technique rachidienne, scientifique et intelligente, ne peut se développer si elle n'est pas fondée sur une compréhension précise des mouvements physiologiques de la colonne." C'est pourquoi nous présenterons ici les différents mouvements vertébraux avant de développer les lois appliquées aux vertèbres et leurs dysfonctions.

a) Les mouvements possibles

Au sein de l'axe vertébral, chaque vertèbre ne présente pas moins de six contacts articulaires (12 pour les vertèbres thoraciques) et 18 liaisons par ligament, capsule, fibrocartilage. On comprend bien alors que les mouvements propres d'une vertèbre sont de faible amplitude, et que c'est l'addition de tous ces petits mouvements le long de l'axe vertébral qui donne sa flexibilité au rachis.

Dans le plan sagittal : la flexion et l'extension sont des mouvements de plus grande amplitude.

De petits mouvements latéraux (plan horizontal) et rotatoire (plan frontal) sont en général associés.

Des mouvements de glissement dorso-ventral ou latéro-latéral sont également associés respectivement aux mouvements de flexion-extension et aux mouvements de latéroflexion.

Description : figure011

Extension (E) (ou dorso-flexion)

Elle correspond à une incurvation dorsale dans le plan sagittal (en lordose) : les processus épineux se rapprochent et les bords ventraux des corps vertébraux s'éloignent.

Les arthrodies des processus articulaires "convergent" : les facettes articulaires caudales de la vertèbre s'engagent plus profondément sur les processus articulaires crâniaux de la vertèbre suivante. Le diamètre du foramen intervertébral se rétrécit.

L'extension vertébrale est limitée par :

  • l'étirement des fibres longitudinales ventrales de l'anneau fibreux du disque intervertébral,
  • la butée des surfaces articulaires des processus articulaires,
  • la butée des processus épineux.

Description : figure012

Flexion (F) (ou ventri-flexion)

C'est un mouvement simple correspondant à l'incurvation ventrale du rachis dans le plan sagittal (cyphose) : les processus épineux s'écartent, les bords ventraux des corps vertébraux se rapprochent.

Les arthrodies des processus articulaires "divergent" : les facettes caudales de la vertèbre glissent ventralement sur celles des processus articulaires crâniaux de la vertèbre suivante.

Le diamètre du foramen intervertébral est augmenté.

La flexion vertébrale sera limitée par :

  • le pincement du bord ventral du disque intervertébral,
  • la tension sur la capsule de l'articulation des processus articulaires,
  • la tension sur le ligament supra-épineux dorsalement.

Description : figure013

Latéroflexion ou Inclinaison latérale (= "side bending" = S)

Ce mouvement s'effectue dans le plan horizontal contenant l'axe de la colonne, et autour d'un axe vertical. Les processus transverse se rapprochent d'un côté et s'écartent de l'autre.

Rotation

Ce mouvement se réalise dans le plan frontal (perpendiculaire à l'axe longitudinal de la colonne) autour de l'axe vertébral. Ce mouvement est rendu possible grâce à la déformation des disques.

Description : figure014

Par convention, on dit que la rotation est une rotation gauche quand le corps vertébral se dirige vers la gauche, le processus épineux s'orientant à droite. Le processus transverse gauche se trouve alors plus élevé à gauche.

En pratique, le corps vertébral n'étant pas palpable, on se repère :

  • en région cervicale, sur les bords des processus transverses,
  • en région thoraco-lombaire, sur les sommets des processus épineux et des bords de processus transverses,
  • en régions lombo-sacrale et sacrale, sur les sommets des processus épineux.
b) Variation de la mobilité des différents segments de l'axe vertical

Certains segments sont beaucoup plus mobiles que d'autres. Les segments mobiles s'appuient toujours sur des portions moins mobiles : l'encolure s'appuie sur le segment thoracique beaucoup moins mobile (présence des côtes), ou la jonction lombo-sacrale très mobile, s'appuie sur le sacrum.

Les particularités anatomiques de chaque segment vertébral expliquent pour une grande part les variations régionales de mobilité le long de l'axe vertébral. Ceci est résumé dans le tableau synthétique suivant.

Tableau 1 : Corrélation anatomo-fonctionnelle de la mobilité vertébrale (Sawaya, 2004 ; d'après Towsend et Leach, 1984 ; Stecher et Goss, 1961)

 

T1-T2 

T2-T8

T9-T14

T15-L5

L6-S1

Processus épineux (PE) 

PE de T1 = 1/2 PE de T2

 Proches, orientés vers l'arrière

Proches. A partir de T13 s'orientent vers l'avant

Proches, orientés vers l'avant

Divergents

Processus articulaires

Larges à disposition radiale

Petits à disposition tangentielle

Petits à disposition tangentielle

Emboîtés

Verticaux

Articulations inter-transversaires

0

0

0

L4-L5 (44% des cas)

L5-L6 : 40% des cas 

Oui (100% cas)

Fusion des articulations inter-transversaires

0

0

0

L5-L6 : 40% des cas

NON (0%)

Epaisseur du disque intervertébral

Très épais : 5.9 mm (en moyenne)

Mince : 2.5 mm (en moyenne)

Mince : 2.5 mm (en moyenne)

Mince : 2.5 mm (en moyenne)

Epais : 3.6 mm (en moyenne)

Mobilité en flexion/extension

++

+

+

+

++ entre T17-L1 

++++

Mobilité latérale

+

++

+++

+

+

Mobilité en rotation

+

+

+++

+

+

Commentaires

C'est la zone de la charnière cervico-thoracique

Mobilité limitée par les côtes sternales (les neufs premières)

Zone des côtes asternales => plus grande élasticité du thorax

Grande rigidité du segment lombaire

Souplesse et mobilité de la charnière lombo-sacrale : grande importance dans l'engagement des postérieurs

 
Flexion-extension

(Denoix et Pailloux, 2001 ; Towsend et al 1983 ; Denoix, 1987, Jeffcott et Dalin, 1980)

Tête-Encolure

C'est au niveau de la charnière atlanto-occipitale qu'ont lieu presque exclusivement les mouvements de flexion-extension de la nuque.

La flexion et l'extension cervicales atteignent leur maximum d'amplitude au niveau des articulations cervicales basses faisant partie de la charnière cervico-thoracique (C5 à Th2).

Pont thoraco-lombaire

L'amplitude des mouvements dorso-ventraux thoraco-lombaires est maximale dans la première articulation intervertébrale thoracique (Th1-Th2, charnière cervico-thoracique) et dans l'articulation lombo-sacrale. La rigidité particulière du segment lombaire du cheval est compensée par la grande mobilité en flexion/extension de la jonction lombo-sacrée.

Description : figure015

Description : figure016

Influence de la position de l'encolure sur la biomécanique dorsolombaire (Denoix, 1987)

Lorsque l'encolure est en position "neutre", l'amplitude maximale en flexion-extension est située à la jonction lombo-sacrale, puis entre Th17 et L2 (charnière thoraco-lombaire).

La flexion cervicale basse (abaissement de l'encolure) met en tension le ligament nucal et son prolongement vertébral, le ligament supra-épineux. Ceci provoque :

  • une verticalisation des processus épineux du garrot, accompagnant une flexion thoracique élevant la zone d'assise du cavalier,
  • une augmentation de la rigidité du segment lombaire. Cependant, la jonction lombo-sacrale reste toujours la plus mobile en flexion-extension.
  • cette rigidification de l'axe vertébral est favorable alors à la transmission des efforts de propulsion.

Quand l'encolure est relevée en extension maximale, le relâchement des ligaments nucal est supra-épineux favorise l'extension thoraco-lombaire, mais surtout, augmente la mobilité des zones Th9 à L1 et lombo-sacrale : ce qui est alors favorable à un engagement plus efficace des postérieurs.

Description : figure017

Rotation et Latéroflexion

(Towsend et al, 1983 ; Denoix et Pailloux,2001 ; Towsend et Leach, 1984 ; Haussler, 1999 a)

Tête-encolure

Les mouvements latéraux de la nuque ont lieu essentiellement à la jonction atlanto-occipitale. La rotation de la tête par rapport au cou est le fait de l'articulation atlanto-axiale (C1-C2) : l'ensemble tête-atlas tourne autour de l'axe formé par la dent de l'axis.

Les mouvements de latéroflexion et de rotation de l'ensemble de l'encolure sont maximaux au niveau de la jonction cervico-thoracique, en particulier en C6-C7-Th1.

Pont thoraco-lombaire

La zone de mobilité maximale en latéroflexion et en rotation du pont thoraco-lombaire se situe entre Th9 et Th14. Si la présence de la cage thoracique ne semble pas influencer la mobilité latérale, elle influe sur la mobilité rotatoire puisque celle-ci est réduite pour les vertèbres Th1 à Th8 articulées aux côtes sternales, beaucoup moins souples et mobiles que les côtes sternales. Les vertèbres situées entre Th15 et L6 (jonction thoraco-lombaire et segment lombaire) montrent quant à elles, la plus faible amplitude en rotation en rapport avec la forme des processus articulaires. D'autre part, les processus transverses lombaires et les articulations inter-transversaires lombaires tendent à limiter fortement la mobilité du segment lombaire du cheval en latéroflexion et rotation.

Zones de moindre mobilité

Elles correspondent aux zones d'inversion du sens des courbures, comme C3-C4 correspond au passage de la courbure nucale à la courbure cervicale, ou bien, Th4-Th5 au passage de la courbure cervicale à la courbure thoraco-lombaire.

D'autres zones anatomiquement remarquables présentent une mobilité faible :

  • la zone centrée sur la vertèbre anticlinale (Th14 ou Th15 chez le cheval) a une mobilité réduite surtout en extension,
  • Le milieu du segment lombaire (L3-L4) : il constitue la "clé de voute" du segment lombaire

Influence de la morphologie des surfaces articulaires sur la cinématique du mouvement intervertébral et conséquences sur les contraintes sur les structures articulaires (Denoix et Pailloux, 2001)

Au niveau lombaire, le Centre Instantané de Rotation (CIR) relatif d'une vertèbre pour les mouvements de flexion-extension se situe pratiquement au centre du corps de la vertèbre qui suit (chez l'homme, il se situe au voisinage du centre du disque intervertébral). Ceci est en rapport avec des têtes et fosses vertébrales presque planes d'une part, et avec la minceur du disque intervertébral, d'autre part. Par conséquent, lors de la flexion, le mouvement de la vertèbre s'apparente plus à une translation ventrale ("glissement") qu'à une rotation. Les surfaces articulaires (du corps et des processus articulaires) et le disque intervertébral sont ainsi soumis à des efforts tangentiels (d'où des contraintes de cisaillement) et les ligaments articulaires à des efforts tangentiels (d'où des contraintes de cisaillement) et les ligaments articulaires à des efforts importants en traction.

Description : figure018

Par contre au niveau de la jonction lombo-sacrale, le CIR relatif de L6 se rapproche du centre du disque intervertébral. Au cours de la flexion, le mouvement de L6 par rapport à S1 se rapproche d'une rotation centrée sur le CIR. Cela engendre des efforts en compression, plus favorables pour les surfaces articulaires et le disque intervertébral. Ceci et en rapport avec l'épaisseur du disque et l'angle du promontoire prononcé.

 

Description : figure019

Description : figure020

c) Mouvements du rachis au cours de la locomotion

Dans toutes les allures, les mouvements vertébraux sont des combinaisons complexes de flexion-extension, latéroflexion et rotations. Toutefois, au cours du galop, la colonne vertébrale tonifiée et stabilité par les muscles juxta-vertébraux décrit essentiellement des mouvements de flexion-extension. A l'opposé, au trot les mouvements dans le plan sagittal sont réduits (surtout au trot attelé, par le harnachement, et du fait du maintien de l'encolure relevée pour empêcher l'animal de galoper), et les mouvements de latéroflexion, associés à des rotations sont largement dominants.

3. Les lois de Fryette (Le Corre, Toffaloni, 1998 ; Chêne, 2001a)

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Dès 1918, Fryette recherche les mécanismes du fonctionnement des vertèbres chez l'homme, soit normal, soit pathologique.

Les travaux de Fryette sur la mécanique vertébrale ont surtout permis de préciser le sens et l'ordre d'apparition des mouvements associés de latéroflexion et de rotation au cours de mouvements complexes combinant des mobilisation dans les différents plans de l'espace.

Ces observations portent sur des mouvements passifs guidés par le thérapeute, en dehors de toute intervention musculaire volontaire ou réflexe.

Les mouvements des vertèbres sont conditionnés par :

  • la morphologie (orientation, axes, rayons de courbure) de leurs surfaces articulaires, notamment des facettes des processus articulaires,
  • leur état de précontrainte (en flexion, en extension)

a) Première loi

Fruette décrit une position de neutralité (N) dans laquelle les facettes des processus articulaires sont au repos, parallèle entre elles. Une rotation vertébrale ne peut se faire que si elle est précédée d'une inclinaison latérale du côté opposé à la rotation, les processus articulaires vont dans la concavité de l'inclinaison latérale.

Ainsi, inclinaison et rotation se font dans des sens conventionnellement opposés.

NSR avec S # R

On note S avant R. Cette loi concernerait toujours un groupe de vertèbres.

Toutefois, du fait de la quadrupédie, même dans une posture théorique au repos "au carré", et parfaitement symétrique, le rachis du cheval se trouve toujours naturellement en précontrainte en flexion (région thoraco-lombaire) ou en extension (région cervicale basse).

Description : figure021

b) Deuxième loi

En flexion ou en extension, la rotation précède l'inclinaison latérale.

Dans ce cas rotation et inclinaison des corps vertébraux se font dans le même sens : les processus épineux vont dans la convexité de l'incurvation latérale.

ERS avec S = R

FRS avec S = R

On note R avant S. Cette règle ne concerne qu'une vertèbre. Le mouvement est mono-articulaire

Description : figure022

c) Troisième loi

Dans l'ordre de mise en place des mouvements, l'amplitude de la neutralité précède l'amplitude de la rotation qui elle-même précède l'amplitude de l'inclinaison.

N > R > S

Cette dernière loi décrite chez l'homme n'a pas été démontré chez nos animaux. Il est accepté que lorsqu'un mouvement est exécuté, il limite l'amplitude des suivants.

B. Biomécanique de la dysfonction vertébrale (Chêne, 2001a)

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On peut distinguer deux grands types de dysfonctions suivant le mode d'apparition des lésions et selon la physiologie de départ :

  • dysfonction de type 1 => première loi de Fryette,
  • dysfonction de type 2 => deuxième loi de Fryette. Elles représentent les lésions ostéopathiques de premier degré.

Ce sont les plus fréquemment rencontrées.

Terminologie de base

Tout mouvement sera défini comme un déplacement du segment vertébral crânial, par rapport au segment vertébral caudal, par exemple : C1/C2 ou Th18/L1.

1. Dysfonctions de type 1 

Ces dysfonctions sont induites par des tensions myofasciales asymétriques, sur au moins un groupe de trois vertèbres. Elles résultent d'une lésion articulaire primaire située à un autre endroit ou d'une malformation congénitale ou accidentelle.

Le premier paramètre lésé est l'inclinaison latérale (S), la rotation vient ensuite (dans le temps et surtout dans l'amplitude).

Ces lésions ne sont pas ou peu douloureuses. Des contractures, des tensions peuvent les accompagner.

2. Dysfonctions de type 2

Cette lésion est la plus fréquente. Elle concerne deux vertèbres : la plus crâniale est en lésion sur la plus caudale. Le blocage se situe au niveau des facettes des processus articulaires.

Si la lésion est en flexion, les facettes sont bloquées dans la convexité, le blocage a lieu du côté opposé à la rotation. Si la lésion est en extension, les facettes sont bloquées en concavité, le blocage est du même côté que la rotation.

Le blocage correspond à la contracture des muscles profonds d'un côté.

Dans ce type de dysfonction, ce sont en réalité trois vertèbres qui sont mises en jeu : la première est adaptative mais pas en lésion, la deuxième, centrale est bloquée sur la troisième, cette dernière servant de support. Cela constitue le début d'une réaction d'adaptation générale, qui, s’il n'y a pas de correction de la lésion primaire, va conduire à toute une série d'adaptations secondaires et compensations en cascades...

figure23-24

C. Classification des dysfonctions selon leur gravité

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1. Dysfonctions de premier degré

Elles correspondent au blocage aigu et nécessitent une adaptation biomécanique antalgique. L'articulation est figée par des contractures musculaires de maintien.

2. Dysfonctions de second degré

Elles font logiquement suite aux précédentes et sont dues à une position adaptativé : la douleur primaire disparait ou est atténuée. Elle est alors remplacée par une gêne locomotrice indirecte.

3. Dysfonction de troisième degré

Elles ont lieu lorsque la barrière physiologique est dépassée ou approchée, suite à un nouveau traumatisme ou une décompensation. Les limites de l'ostéopathie peuvent être atteintes. Un traitement chirurgical ou médicamenteux consiste à faire régresser la lésion au degré précédent pour pouvoir intervenir en ostéopathie.

IV. L'ostéopathie crânienne, cranio-sacrée et fasciale

A. Le mécanisme respiratoire primaire

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1. Les recherches de Sutherland (Magoun,2000 ; Le Corre et Toffaloni, 1996)

Poussé par l'intuition que les os du crâne n'étaient pas complètement soudés et qu'ils permettaient une certaine mobilité, Sutherland W.G., (1973-1954), s'est attaché à étudier de façon minutieuse et précise les os du crâne et leurs articulations. Son attention se porta plus particulièrement sur la suture biseauté entre la grande aile du sphénoïde et l'écaille du temporal, qu'il compara à des ouïes de poisson et leurs mouvements respiratoire.

En 1939, il définit le Mécanisme Respiratoire Primaire ou MRP, comme étant le mécanisme physiologique agissant sur l'ensemble du corps à partir du rythme propre à la masse cérébrale ("Crânial Rythmic Impulse - CRI").

Plus concrètement, lors d'une opération de neurochirurgie intracrânienne, une observation attentive permet de discerner plusieurs mouvements de la masse cérébrale :

  • une mobilité synchrone avec les pulsations cardiaques,
  • un mouvement synchrone de la respiration pulmonaire (associé aux changements de pressions lors de l'inspiration et de l'expiration),
  • un mouvement rythmique et lent, comme un "flux et reflux", différent et indépendant des pulsations cardiaques et pulmonaires.

Pour les ostéopathes, ce mouvement, bien connu d'ailleurs par les neurochirurgiens, ce "3ème rythme", correspond au rythme crânien ou Mécanisme Respiratoire Primaire (MRP).

V.W. Fryman : "Le MRP peut se comparer à la marée de l'océan, qui varie selon les influences lunaires, mais qui garde, la plupart du temps, un rythme inchangé à deux phases : flux et reflux, marée montante et marée descendante".

Selon le modèle établi par Sutherland, la fluctuation du liquide céphalorachidien est transmise aux méninges crâniennes dont les cycles de tension-relâchement se répercutent sur l'os sphénoïde. Les mouvements de ce dernier, véritable clé de voûte du crâne, se transmettraient alors au reste du crâne via ses articulations avec les os occipital, temporaux, pariétaux.

Sutherland montra que le MRP pouvait être perçu par la palpation douce du crâne, et pouvait même être détecté, à distance du crâne, sur n'importe quelle partie du corps. Il constata aussi que ce rythme de 8 à 14 cycles par minutes pouvait varier d'un individu à l'autre, mais aussi chez un même individu en fonction de son état de santé.

Ce Mécanisme Respiratoire Primaire de Sutherland, est à la base de l'ostéopathie crânienne et ses "prolongements" : l'ostéopathie crânio-sacrée et fasciale.

2. Concept de base du MRP (Magoun, 2000)

Par la suite, plusieurs études s'employèrent à mieux cerner, préciser et définir ce mécanisme.

Fryman et Steele (cités par Margoun, 2000), au moyen d'un appareil relié à des électrodes implantées dans le crâne, réussirent à enregistrer et mesurer l'amplitude de ces mouvements crâniens perçus par les ostéopathes. Elle variait entre 12 et 25 microns, selon les sujets et les zones d'examen. Des tracés oscillatoires synchrones avec les mouvements crâniens purent même être enregistrés : distance de la tête par Hood et Moone (cités par Magoun, 2000 et Issartel, 1983).

Des diverses études et observations, il ressort que (Evrard, 2002a ; Fosse, 2001) :

  • le rythme crânien a un mouvement rythmique distinct,
  • le rythme crânien est plus lent que le rythme respiratoire,
  • une expansion du crâne est observé pendant une période d'apnée : Pendant une première phase, les deux hémisphères cérébraux gonflent en largeur et diminuent en hauteur, le troisième ventricule monte au centre. L'inverse se produit pendant la deuxième phase (Issartel, 1983).

Magoun propose une interprétation du MRP (Magoun, 2000 ; Evrard, 2002a) :

  • c'est un Mécanisme car il met en jeu les diverses structures reliées entre elles : os du crâne, du rachis et du bassin par l'intermédiaire des méninges, ainsi que les os des membres par l'intermédiaire des méninges, ainsi que les os des membres par l'intermédiaire des chaînes fasciales ;
  • il est Respiratoire car par analogie avec la respiration pulmonaire, il s'accomplit en deux phases qualifiées "d'Inspir" et "d'Expir" en relation avec l'activité métabolique (phase de construction ou anabolisme et phase de dégradation ou catabolisme)
  • enfin, il est Primaire ou Principal, puisqu'il apparaît in utero avant la naissance et donc avant la respiration pulmonaire. Primaire pouvant être également pris dans le sens de "primordial" ou "fondamental".

Cette notion de "fondamental" est parfaitement exprimée par Magoun, "le mécanisme respiratoire primaire est probablement la plus puissante manifestation de la vie elle-même. Il continue quand la respiration est suspendue et environ pendant quinze minutes quand tout signe de vie a disparu. Il est palpable pendant tout ce temps.

3. Les composantes du MRP

Les composantes fondamentales de ce mécanisme, qui, à partir du crâne, anime tout corps sont (Evrard 2002a) :

  • la motilité propre du cerveau,
  • la fluctuation du liquide céphalo-rachidien,
  • la mobilité des méninges crâniennes et spinales (tensions réciproques),
  • les mouvements des os du crâne,
  • la mobilité involontaire du sacrum entre les iliaques,
  • les chaines myofasciales.

B. Bases anatomiques et physiologiques

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"L'ostéopathie dans le champ crânien" (Sutherland) s'appuie sur trois bases fondamentales de l'anatomie et de la physiologie du crâne et du système nerveux central :

  • les os et les articulations du massif crânio-facial,
  • les méninges crâniennes adhérentes à la boîte crânienne,
  • le liquide céphalorachidien qui circule dans le crâne et le long de la colonne vertébrale.

1. Les os et les articulations de la tête

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Les os de la tête s'unissent entre eux par :

  • les jointures fibreuses et cartilagineuses des os du massif crânio-fascial,
  • les deux diarthroses des articulations temporo-mandibulaires,
  • les symphyses temporo-hyoïdiennes.
a) Rappels d'ostéologie de la tête du cheval

Nous ne ferons que rappeler, dans le Tableau 2, les principales caractéristiques des os du crâne en rapport avec notre sujet. Le lecteur pourra également se référer aux schémas d'ostéologie du crâne du cheval présenté en annexe 1.

Tableau 2 : les os du crâne et de la face (synthèse à partir de Barone, 1986 ; Fosse, 2001)

 1) Os du crâne (neurocrâne)

Occipital

impair

  • assemblage à partir des 5 centres d'ossification
  • la partie basilaire s'articule avec l'os sphénoïde (symphyse) - insertions de nombreux muscles mobilisateurs de la tête et du cou -en rapport avec les poches gutturales.
  • protubérance occipitale externe et crêtes nucales : insertion ligament nucal et muscles mobilisateurs de la tête
  • protubérance occipitale interne : insertion de la faux du cerveau
  • canal du nerf hypoglosse (XII)
  • délimite avec l'os occipital le foramen jugulaire (sortie des nerfs IX, X et X)
  • délimite avec les os temporal et sphénoïde le foramen lacérum : passage des artères méningées et N. mandibulaire
  • porte le foramen magnum (passage de la moelle épinière, et insertion de la dure mère)

 Sphénoïde

impair

  • centre du plancher crânien
  • pré et basi-sphénoïde (suture vers 3-4 ans)
  • participe à la formation des fosses cérébrales moyennes, rostrales et cérébelleuses
  • avec pariétal forme la crête cérébro-cérébelleuse : attache de la tente du cervelet
  • face dorsale : porte la fosse hypophysaire (selle turcique) - attache de la tente de l'hypophyse - porte le chiasma optique et sillons pour les nerfs optiques et maxillaire
  • face ventrale : insertion du fascia pharyngo-basilaire, et du fascia cervical profond. Rapport avec porches gutturales
  • contribue à délimiter le foramen lacérum

 Ethmoïde

impair

  • lame criblée au contact avec le bulbe olfactif
  • lame perpendiculaire forme du côté crânien la crista galli, insertion de la faux du cerveau
  • lame papyracée = support des volutes de l'éthmoïde et du cornet nasal moyen. Tapissée par de la muqueuse olfactive

Temporal

pair

  • partie écailleuse : face latérale du crâne - suture en "ouïe de poisson" avec l'aile du sphénoïde
  • partie tympanique : support de l'oreille moyenne (caisse du tympan)
  • partie pétreuse : support de l'oreille interne (méat acoustique interne), support du cervelet, crête cérébro-cérébelleuse (attache de la tente du cervelet)
  • articulation temporo-mandibulaire (diarthrose)
  • articulation temporo-hyoïdienne (symphyse)
  • contribue à délimiter le foramen lacérum

Pariétal 

pair

  • toit du crâne - face interne en contact avec les hémisphères cérébraux
  • crête sagittale externe
  • crête sagittale interne : insertion de la faux du cerveau 

Frontal 

pair

  • contribue à former la fosse cérébrale rostrale
  • sutures fronto-nasales (foliées) - jonction crâne-face
  • bords supérieur et latéral de l'orbite
  • sinus frontal communique avec le sinus maxillaire caudal et se prolonge par le sinus conchal dorsal

2) Os de la face (viscéro-crâne)

Nasal

pair

  • plafond des cavités nasales - insertion du cornet nasal dorsal
  • processus nasal

Lacrymal

pair

  • comprend la fosse du sac lacrymal et l'origine du canal lacrymal

Zygomatique

pair

  • participe à la formation de l'arcade zygomatique et du bord ventral de l'orbite

Maxillaire

pair

  • parois latérales des cavités nasales
  • face interne : insertion du cornet nasal ventral
  • processus alvéolaire : arcades prémolaires et molaires
  • sinus maxillaires rostral et caudal traversés par le canal infra-orbitaire (artères, veines et nerfs infra-orbitaire) et en rapport avec les racines des dents jugales
  • foramen infra-orbitaire
  • processus palatin : la plus grande partie du palais osseux

Incisif 

pair

  • porte l'arcade incisive supérieure
  • délimite l'angle naso-incisif avec l'os nasal
  • support osseux de la partie rostrale du palais
  • canal inter-incisif (débouché du conduit incisif - en rapport avec le conduit voméro-nasal)

Vomer 

impair

  • corps s'articulant avec le pré-sphénoïde
  • lame délimitant les choanes, et s'articulant avec le septum nasal

Palatin

pair

  • lame verticale (fosse ptérygoïdienne) et lame horizontale formant le bord caudal du palais osseux, donc des choanes
  • donne attache au voile du palais (aponévrose palatine dans le prolongement du périoste)

Ptérygoïdien

pair

  • lame mince, s'articulant avec la face médiale du processus ptérygoïde du pré-sphénoïde
  • crochet ptérygoïdien = levier pour le muscle tenseur du voile du palais

Mandibulaire 

pair

  • soudure précoce (synostose) des deux os mandibulaires
  • articulation temporo-mandibulaire (diarthrose avec disque) : mouvements d'opposition, de diduction et de anté- et rétropulsion

Hyoïde

corps impair;
grande corne et stylolhyal pair 

  •  2ème pièce "mobile" de la tête
  • symphyse temporo-hyoïdienne
  • symphyse entre stylohyal et petite cornes - diarthrose entre petites cornes et corps
  • diarthrose thyro-hyoïdienne
  • attache de la langue, des parois du pharynx, des muscles du larynx
  • attache du fascia cervical profond (lame pré-trachéale)
  • rapport avec les poches gutturales
 
b) Les articulations du crâne et de la face

La grande majorité des articulations de la tête sont des sutures. Quelques-unes, situées à la base du crâne sont d'origine cartilagineuse.

Les suturessont des jointures fibreuses unissant entre eux les os du toit du crâne et la majorité des os de la face (os de membrane, origine ectodermique). Leurs surfaces articulaires présentent des formes très diverses : dentée, écailleuse, foliée, harmonique ou planiforme, ou bien encore en mortaise.

Description : figure025

Description : figure026

Les jointures cartilagineuses présentent deux variétés :

  • La synchondrosecaractérisée par une substance intermédiaire cartilagineuse de type hyalin. Elle est représentée par la suture inter-mandibulaire qui s'ossifie et évolue très tôt vers une synostose totale chez le cheval (6 mois).

Description : figure027

La symphysedans laquelle le tissu cartilagineux d'union est plus organisé avec une périphérie de type fibreux et une zone centrale à dominante hyaline. Théoriquement, ce type d'articulation ne s'ossifie jamais ou jamais complètement. Le type même en est l'articulation des corps vertébraux par le disque intervertébral. Cela concerne les articulations temporo-hyoïdiennes d'une part, et, pour les ostéopathes, les articulations du plancher du crâne d'autre part, en particulier l'articulation sphéno-basilaire.

Description : figure028

c) La symphyse sphéno-basilaire (SSB)

Traditionnellement classée dans les synchondroses (Barone, 1989), l'articulation sphéno-basilaire, pourrait dans l'esprit de l'ostéopathie, être assimilée à une "symphyse" bien moins différenciée et aboutie, toutefois, que celle des corps vertébraux ("synchondrose remarquable" pour Fosse, 2001).

Sphénoïde et os occipital ont la même origine embryonnaire que les vertèbres. Contrairement aux os du toit du crâne d'origine ectodermique, elles se forment par ossification enchondrale (origine mésoblastique), et leur morphologie rappelle celle des vertèbres primitives. De ce fait, elles sont souvent considérées comme des vertèbres modifiées, annexées au crâne au cours du développement embryonnaire (l'os occipital étant qualifié de C0).

L'union entre l'os sphénoïde et l'os occipital met en jeu deux articulations : entre le pré et le basi-sphénoïde d'une part, et entre le basi-sphénoïde à la partie basilaire de l'os occipital d'autre part, articulations présentées dans l'annexe 1.

L'ossification de la jonction sphéno-basilaire ne se fait qu'assez tardivement vers l'âge adulte (15-20 ans chez l'homme ; 3-5 ans chez le cheval, d'après Barone, 1986). Toutefois, l'observation de plusieurs dizaines de crânes préparés de chevaux montre que la ligne de suture sphéno-basilaire reste bien nette et visible, du moins sur des coupes sagittales, si ce n'est en surface, même chez les vieux chevaux. L'examen histologique montre que même quand la soudure est réalisée, il persiste de nombreux ilots cartilagineux et de trousseaux de fibres entre les deux surfaces articulaires, signe d'un minimum de mobilité, ou du moins, de déformabilité. 

Description : figure029

Au centre du plancher crânien, en rapport avec de nombreuses structures neurologiques et vasculaires importantes, point d'ancrage de nombreuses structures fasciales, la symphyse sphéno-basilaire constitue la clé de voûte de l'ensemble du système crânien en ostéopathie. Selon Sutherland, ses mouvements entraînent tous ceux des autres jointures de la tête.

d) Mouvements des articulations du crâne

La conformation, la nature histologique et l'évolution des articulations du crâne laissent à penser qu'elles ne sont pas figées et que la notion "d'articulations immobiles" de l'anatomie "traditionnelle" est à relativiser. En effet :

  • tant qu'elles n'ont pas subi une ossification complète, elles présentent toujours une mobilité permettant à l'encéphale de se développer. Les fontanelles, et cette mobilité sont tellement évidentes et perceptibles chez le jeune enfant et les jeunes animaux, même par des mains non expertes.
  • les différentes variétés de sutures ne se différencient que lorsque les os adjacents rentrent en contact, ce qui est sans doute en relation avec leurs possibilités de mouvement, même de très petite amplitude, au sein du massif crânio-facial (relation structure-fonction)
  • certaines sutures ne s'ossifient que tardivement, voire incomplètement. D'autres jamais (parties pétreuse - partie écailleuse de l'os occipital chez le cheval).

Les seules données disponibles concernant les dates de soudure des centres d'ossification chez les animaux domestiques sont celles fournies par Barone (1986).

Tableau 3 : Date de soudures des centres d'ossification des os de la face et du crâne (d'après Barone, 1986 ; Buttler et al, 2000)

 

Homme

Cheval
(1) D'après Barone, 1976
(2) D'après Buttler et al, 2000 

Suture inter-nasale 

 

Jamais (2)

Suture naso-frontale

 

1 an* (2)

Suture inter-frontale

6 mois à 3 ans

5-7 ans (1)

Suture interpariétale

 

15-36 mois (1)
4 ans (2) 

Basi- et pré-sphénoïde

3-4 ans

2-4 ans (1)
1re année (2) 

Sphéno-basilaire

15-20 ans

3-5 ans (1)
5 ans* (2) 

Suture occipito-mastoïdienne 

 

Cheval très âgé (2)

Temporal : partie pétreuse - partie tympanique

12-18 mois

2-4 mois (1)

Temporal : partie pétreuse - écaille

12-18 mois

Jamais ou très tard

Suture inter-mandibulaire

2-3 mois

6 mois (1)
3 mois * (2) 

 Vertèbres

24-25 ans

4.5 - 5 ans (1) et (2)

 

 (*) Butter et al précisent : Effacement de la suture, toutes les autres étant des fusions de sutures.

Quoi qu'il en soit, sous son apparence de massif compact et immobile, la tête reste une association de plusieurs pièces osseuses, ce qui lui confère une certaine souplesse et une certaine déformabilité, dues aux mini- ou/et  micromouvements de ces multiples jointures, propriétés nécessaires pour s'adapter aux diverses contraintes et autres tensions à laquelle elle est soumise toute la vie de l'individu : tensions musculaires et fasciales, tensions exercées par les méninges, mouvements de l'encéphale (fluctuations du liquide céphalo-rachidien), mouvements des mâchoires, mouvements de déglutition...

Ces micromouvements ne sont pas soumis à la volonté, et ne suivent pas un schéma moteur programmé dans l'aire motrice du cortex cérébral comme les mouvements de la locomotion. Ils sont indépendants de la volonté et en rapport avec les tensions exercées par les méninges et la fluctuation du liquide céphalo-rachidien : Fosse (2001) parle de façon plus pertinence de motilité.

Ils ont été détaillés pour chaque os par Sutherland chez l'homme (Magoun, 2002) et par Fosse chez les animaux (Fosse, 1997, 2001).

2. Les méninges

Lire

(Barone, 1962 ; Jenkins, 1972 ; Magoun, 2000 ; Paoletti, 2002 ; Evravrd, 2002a)

Le cerveau, le cervelet et la moelle épinière sont enveloppés par trois membranes et forment les méninges :

  • la pie-mère, enveloppe la plus interne,
  • l'arachnoïde, enveloppe intermédiaire,
  • la dure-mère, enveloppe la plus externe.
a) Dure-mère crânienne

La dure-mère est une membrane fibreuse et épaisse dont la face externe est en rapport avec les parois de la cavité crânienne et du canal vertébral. Unie aux autres méninges et à l'encéphale par de nombreux vaisseaux et nerfs qui la traversent, elle présente deux faces l'une externe, l'autre interne, ménageant entre elles, par endroits, des sinus veineux représentés figure 28.

La face externe est intimement unie au périoste interne de la cavité crânienne, dont elle ne se sépare qu'au niveau du foramen magnum pour se continuer dans le canal rachidien. Elle est en relation avec le périoste externe du crâne à travers le tissu fibreux des sutures, en particulier le long de la suture interpariétale. Elle donne également naissance à des prolongements qui accompagnent les nerfs crâniens jusqu'à leurs trous de sortie du crâne.

La face interne donne naissance à des cloisons membraneuses, subdivisant la cavité crânienne en plusieurs compartiments : la faux du cerveau et la tente du cervelet qui se prolonge par la tente de l'hypophyse.

La faux du cerveau

Elle forme une cloison médiane et verticale séparant les deux hémisphères cérébraux. Son bord dorsal s'insère le long de la crête sagittale interne depuis la crista galli de l'ethmoïde jusqu'à la protubérance occipitale interne où elle se clive pour former la tente du cervelet. La zone de jonction entre la faux du cerveau et la tente du cervelet, le long sinus droit est nommée "fulcrum" par Sutherland.

La tente du cervelet

Elle est constituée de deux lames latérales disposées comme les versants d'un toit et qui séparent le cerveau du cervelet. Le bord ventral de chaque lame s'insère de chaque côté, le long de la crête cérébro-cérébelleuse, jusqu'au plancher du crâne (os sphénoïde) où elles vont contribuer à former la tente de l'hypophyse.

La tente de l'hypophyse

C'est une enveloppe de l'hypophyse et de la tige pituitaire. La lame externe inférieure tapisse la selle turcique du sphénoïde. La lame interne supérieure forme un diaphragme perforé pour le passage de la tige pituitaire et recouvrant la face supérieure de l'hypophyse.

Description : figure030

Description : figure031

b) Dure-mère rachidienne

Elle forme une longue gaine enveloppant la moelle épinière. Elle est en continuité avec le feuillet interne de la dure-mère crânienne au niveau du trou occipital autour duquel elle s'insère.

Dans sa portion cervicale elle présente des attaches au plancher du canal vertébral des deuxièmes et troisième vertèbres cervicales.

A l'autre extrémité du canal rachidien, la dure-mère spinale s'attache également sur le plancher du canal vertébral de la deuxième vertèbre sacrale en regard de laquelle elle forme le cône dural qui entoure le cône terminal de la moelle épinière. Le cône dural se prolonge par un fin cordon, le phylum terminal, jusqu'au périoste des vertèbres coccygiennes formant le ligament coccygien. Ce dernier adhère au ligament longitudinal dorsal recouvrant le plancher des premières vertèbres coccygiennes.

Tout le long de son trajet intrarachidien, la dure-mère spinale, repose sur le ligament longitudinal dorsal, en rapport, de part et d'autre avec les plexus veineux vertébraux. De chaque côté, elle présente une série de trous livrant passage aux racines des nerfs spinaux. Ces dernières, ainsi que l'origine du nerf spinal qu'elles forment, sont enveloppés par la dure-mère jusqu'aux foramens intervertébraux autour desquelles elle s'insère.

Description : figure032-033

L'arachnoïde

C'est une membrane conjonctive mince comprise entre la dure-mère et la pie-mère.

Dans le crâne, sa face externe est pratiquement accolée à la dure-mère sur toute son étendue (l'espace subdural est virtuel). Elle est absente à la face ventrale du bulbe olfactif et de l'hypophyse où la dure-mère adhère directement à la pie-mère. En certains points, elle envoie des villosités, les granulations arachnoïdiennes qui s'enfoncent dans la dure-mère et font hernie dans les sinus veineux. Sa face interne ne suit pas la pie-mère dans les sillons et scissures du cerveau et ménage avec elle de nombreuses cavités subarachnoïdiennes (les confluents) où circule le liquide céphalo-rachidien. Celui-ci s'accumule en particulier dans quatre grandes citernes subarachnoïdiennes :

  • la citerne chiasmatique, entre le chiasma optique et le genou du corps calleux,
  • la citerne inter-crurale, qui entoure l'hypophyse et communique de chaque côté avec les citernes latérales du cerveau,
  • la citerne cérébro-médullaire, la plus vaste, située derrière le cervelet dorsalement à la moelle allongée. Le 4ème ventricule communique avec cette citerne par une zone de filtration du liquide céphalo-rachidien (ouvertures médiane et latérales du 4ème ventricule).

L'arachnoïde spinale forme un étui concentrique à la dure-mère. Sa face externe est séparée de la dure-mère par la cavité subdurale. Elle envoie des prolongements autour des racines des nerfs spinaux et des ligaments dentelés de la pie-mère. Sa face interne reste à distance avec la pie-mère avec laquelle elle délimite la cavité subarachnoïdienne dans laquelle circule le liquide céphalo-rachidien. Cette cavité est traversée par d'innombrables prolongements de l'arachnoïde qui font s'attacher à la pie-mère.

La pie-mère

La plus profonde des méninges est une membrane mince, richement vascularisée, et tapissant intimement le système nerveux central. Elle en constitue la "membrane nourricière". Elle forme une gaine qui accompagne chaque nerf crânien et chaque nerf spinal hors du crâne et du rachis jusqu'à leur terminaison.

La pie-mère crâniennes'insinue dans tous les espaces, sillons et scissure cérébraux. Elle envoie dans les cavités du cerveau et du tronc cérébral des cordons très richement vascularisés formant les toiles choroïdiennes qui constituent des plexus choroïdes formés de vaisseaux sanguins pelotonnés sur eux-mêmes et anastomosés, participant à la sécrétion du liquide cérébro-spinal : toile choroïdienne et plexus choroïdes du toit du 3ème ventricule et latéralement au 4ème ventricule.

La pie-mère spinaledélègue de nombreux prolongements qui la rattachent aux deux autres méninges. Les premiers, filamenteux, rejoignent l'arachnoïde et occupent la cavité subarachnoïdienne. Les seconds constituent les ligaments dentelés, de forme triangulaire, se détachant latéralement et de façon régulière entre les racines de chaque nerf spinal et allant s'attacher à la face interne de la dure-mère.

Description : figure034-035

c) Rôles des méninges en ostéopathie crânienne (Fosse, 2001 ; Magoun, 2000 ; Evrard, 2002a)
Membranes de tension réciproques

Ainsi, la dure-mère crânienne s'attache par ses replis sur les os du crâne et les unit les uns aux autres comme les ligaments à une articulation : la faux du cerveau relie l'ethmoïde, aux frontaux, aux pariétaux et à l'occipital ; la tente du cervelet relie de chaque ôté l'occipital au temporal et au sphénoïde. Ce système membraneux en suspension constitue un point d'appui mais qui peut être mobile et s'adapter aux changements posturaux : il est appelé "membranes de tension réciproques".

Ces membranes dirigent et limitent les mouvements des os crâniens, contrôlant l'équilibre des tous les diamètres du crâne. Elles procèdent depuis un point d'appui suspendu pour assurer l'équilibre dans toutes les directions. Ce point d'appui se trouve au croisement de la tente du cervelet et de la faux du cerveau, le long du sinus droit. C'est à cet endroit que se trouve le "fulcrum", point d'équilibre constamment en recherche de stabilité.

Axe méningé crânio-sacré

La dure-mère s'attache d'autre part au pourtour du foramen magnum et au plancher du canal vertébral des premières vertèbres cervicales (C2-C3) puis sur le plancher du sacrum. Toute traction sur l'un des extrémités se répercutera forcément sur l'autre extrémité de cet axe méningé crânio-sacré. Nous reviendrons sur l'influence réciproque des motilités crânienne et sacrale ultérieurement.

"Articulations" des méninges

Nous avons vu que les trois plans des méninges sont reliés entre eux par diverses formations (prolongements, villosités, vaisseaux, nerfs, ligaments dentelés).

Outre l'axe méningé cranio-sacré cité plus haut, les méninges sont en relation, ou en continuité avec le reste du corps par l'intermédiaire des fascias :

  • la dure-mère est en relation avec le périoste externe de la boîte crânienne et le fascia épicrânien. Elle est indirectement en relation avec le fascia cervical superficiel s'insérant sur les bords de la face caudale du crâne (occipital, temporaux) et se continuant par les fascias superficiels de la tête d'une part, et avec le fascia cervical profond s'attachant à la face ventrale de l'os sphénoïde d'autre part,
  • la pie-père se prolonge au-delà des foramina crâniens et intervertébraux formant l'épinèvre des nerfs crâniens et spinaux, et présente donc une certaine continuité avec les fascias superficiels, et intermusculaires du tronc et des membres.

Description : figure036

En ostéopathie, on considère que toute traction ou tension sur les membranes crâniennes et leurs annexes, se répercutera sur l'ensemble du corps, et constituera une information qui pourra mettre en jeu des réponses de réajustement ou de rééquilibrage des tensions (et réciproquement).

3. Le liquide céphalo-rachidien (Jenkins, 1972 ; King, 1987 ; Thiébault, 2002)

Lire

L'ensemble du système nerveux central baigne dans le liquide céphalo-rachidien (LCR) qui est globalement contenu dans les différentes cavités et conduits de l'encéphale, du tronc cérébral et de la moelle épinière.

Incompressible, le LCR immerge entièrement le cerveau et lui assume une protection mécanique à la manière d'un coussin amortisseur. Il assure aussi la nutrition et l'élimination des déchets du métabolisme cérébral. Enfin, le LCR joue un rôle dans le transport et la distribution de substances neurotropes et autres neurotransmetteurs secrétés par certaines cellules du SNC et modifiant à distance le fonctionnement d'autres parties de ce même système nerveux central.

Selon le concept crânien, le LRC est animé d'une fluctuation rythmique et transmet aux os du crâne les modifications de la forme du cerveau.

a) Sécrétion et résorption du LCR

Le LCR occupe deux compartiments :

  • un compartiment périphérique (externe), représenté par l'ensemble des espaces sous-arachnoïdiens dont certaines portions, plus vastes, constituent des citernes ou lacs,
  • un compartiment central (interne) : il est représenté par les ventricules du cerveau (latéraux, 3ème et 4ème) et par le canal de l'épendyme.

Description : figure037

La sécrétion du LCR est essentiellement assurée par les plexus choroïdes. L'ensemble de la surface cérébrale produit le reste.

Le LCR est résorbé au niveau des espaces sous-arachnoïdiens crâniens. Des cellules spécialisées, les granulations arachnoïdiennes, assurent le passage du LCR dans les sinus veineux de la dure-mère, puis le système circulatoire (veines jugulaires). Ce processus est le plus important et permet de résorber une grande partie du LCR, le reste l'est au niveau des veinules du parenchyme cérébral.

La sécrétion et la résorption permettent une continuité fonctionnelle entre les espaces liquidiens interstitiels et le LCR.

b) Flux et mouvements du LCR

Suite à ces mécanismes de sécrétion et de résorption, on observe un flux net global : dans les conditions d'équilibre, le volume de LCR produit est égal au volume de LCR résorbé.

Ainsi, le LCR sort du compartiment interne par les perforations de la toile arachnoïdienne du 4ème ventricule et circule dans les espaces sous-arachnoïdiens jusqu'aux racines de la queue de cheval en passant autour de la moelle épinière. Quand il a atteint l'extrémité du sac dural, il effectue le même parcours en sens inverse jusqu'aux espaces sous-arachnoïdiens crâniaux où il est résorbé.

Les modifications régulières du volume sanguin cérébral encéphalique sont à l'origine de flux pulsatiles qui accompagnent la systole et la diastole. Ce phénomène est explicable par la loi de Monro-Kellie :

Volume du tissu nerveux + volume du sang + volume du LCR = constante

C'est ainsi que lors de la systole, l'augmentation du volume du secteur vasculaire des artères cérébrales tend à repousser le LCR vers le sac dural rachidien. Les vaisseaux péri-cérébraux repoussent aussi le parenchyme vers les ventricules, ce qui favorise la "chasse ventriculaire" du LCR.

Ensuite, lors de la diastole, les phénomènes inverses sont observés au cours du "retour diastolique".

Ainsi, ces mouvements alternés de "chasse ventriculaire" et de "retour diastolique" définissent des mouvements systolo-diastolique du LCR : il effectue des déplacements perpétuels de va-et-vient de faible amplitude.

Selon Evrard (2002a), cette fluctuation peut être comparée à une dynamo, qui produirait un potentiel électrique nécessaire au cerveau pour permettre des échanges par des impulsions et des signaux chimiques avec tout le corps. Ce mouvement est perçu par l'ostéopathe dans tout le corps. Il est synchrone de la respiration crânienne.

c) Diffusion et propagation du LCR

Selon le concept de l'ostéopathe crânienne, le LCR diffuserait et se propagerait imprégnant tout le corps par l'intermédiaire de la lymphe et le liquide interstitiel : "... il pénètre tous les espaces, infiltre tous les tissus conjonctifs, aponévroses, tendons, ligaments os, muscles, enveloppe tous les nerfs, enveloppe tous les tissus, baigne les cellules gliales..." (Evrard, 2002a). Cette imprégnation est ressentie par l'ostéopathe, sur n'importe quelle région du corps, comme une onde décrivant un mouvement et va-et-vient dans le trois dimensions : le MRP.

L'observation microscopique d'une organisation tubulaire des fibres de collagène permettant la diffusion du LCR le long des canaux péri-vasculaires et péri-neuraux, vers le système lymphatique et les autres espaces intercellulaire, plaide en faveur de cette possibilité de diffusion et de propagation du LCR (Le Corre et Toffaloni, 1998). Cet argument est renforcé par le fait que de l'or colloïdal utilisé comme matière traçante dans les espaces sous arachnoïdiens, diffusait dans tout le corps en quelques heures, preuve que la lymphe et le LCR sont en communication intime, en particulier par l'intermédiaire des fibres de collagènes sus-citées (Fosse, 2001).

4. Hypothèses, études (et controverses) sur l'origine et la nature du MRP

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a) Sur la réalité des mouvements des os du crâne

Les résultats de plusieurs études convergent vers le fait que les os du crâne sont doués de micromouvements. Fryman (1971) mis en évidence des mouvements dont le rythme différait de celui de la respiration. Michael et Retzlaff (1975) enregistrèrent sur des crânes de singes-écureuils des mouvements dont la fréquence variait entre 5 et 7 cycles par minute indépendants de la fréquence cardiaque et des variations de la pression sanguine. Moskalenko et al. (1999) par des mesures assistées par ordinateur enregistrera des mouvements de 6 à 14 cycles par minute.

Les dernières décennies ont vu se développer plusieurs études portant sur les anomalies des sutures et des synchondroses chez le nouveau-né. Certaines d'entre elles remettent en question le concept d'une base du crâne indéformable et montrent que :

  • comme tout tissu cartilagineux, celui de l'union sphéno-occipitale est fortement sensible aux pressions (Okamoto et al., 1996),
  • en plus de signaux biochimiques et hormonaux, sur le plan biomécanique, la croissance suturale est liée aux tensions exercées par la dure-mère sous-jacente directement, et/ou à distance (Levine et al., 1998)
b) Hypothèses fondamentales sur l'origine du MRP

Selon Sutherland, les mouvements de l'encéphale semblent provenir de la contraction rythmique des cellules gliales de la névrolgie, cette contraction correspondant à un raccourcissement du névraxe. Par des cycles de contraction/relâchement, le cerveau agirait alors comme une pompe hydraulique entraînant le flux et le reflux par pression du liquide céphalo-rachidien. Celui-ci se propagerait alors progressivement à travers tout le corps.

Un autre modèle fondé sur les variations de pression du LCR a également été proposé : au niveau des plexus choroïdes, le liquide céphalo-rachidien se résorbe moins vite au moment où il repasse dans la circulation veineuse. Dans l'hypothèse où la production du LCR est deux fois plus rapide que sa résorption, il est compréhensible qu'après un certain temps, la pression du LCR dans les ventricules atteigne une valeur plus élevée que dans les sinus veineux. Une fois ce seuil de pression maximale atteint, la production du LCR est stoppée. Le LCR continue à se résorber, ce qui diminue son volume et sa pression dans les ventricules. Quand le seuil de pression minimale est atteint, la production du LCR se remet en route et sa pression remonte. Ces fluctuations rythmiques de la pression du LCR expliqueraient alors les mouvements rythmiques du cerveau (Upledger, 1983).

Selon l'hypothèse de Becker (cité par Magoun, 2000), ces fluctuations du LCR, pourraient avoir comme origine des stimuli extra-dure-mériens. La réponse tonique rythmique permanente de la musculature posturale aux forces de gravité, pourrait stimuler directement le SNC, ou agirait par l'intermédiaire de la continuité des fascias sur les membranes dure-mériennes.

c) Nouvelle approche : MRP et ondes THM

L'onde THM (Traube-Hering-Mayer) est une oscillation d'une fréquence de 6 à 8 cycles par minute mesurée conjointement avec la pression artérielle, la fréquence cardiaque, le flux sanguin pulmonaire, le flux sanguin cérébral, le flux sanguin périphérique et le mouvement du liquide céphalo-rachidien. Cette onde vasculaire, appelée aussi "vasomotion" ou "onde vasculaire accessoire" a été mise en évidence par pléthysmographie par Traube en 1865, et confirmée par Hering (1869) puis Mayer (1876).

Ce phénomène présente dans le corps tout entier qui possède une fréquence légèrement plus basse et indépendante de la respiration a une ressemblance frappante avec le MRP.

Une série d'études récentes, la plupart menées aux USA, ont montré un rapport certain entre le MRP et les oscillations de Traube-Hering-Mayer (THM) enregistrées par Laser-Doppler Flumétrie. Il en ressort que (Nelson et al. 2006, 2004, 2001 ; Sergueef et al., 2002 ; Fernandez et Lecine, 1990) :

  • la palpation du MRP crânien coïncide avec les variations de basse fréquence de l'oscillation des ondes THM. En effet, une nette corrélation apparaît dans l'onde THM entre le sommet des pics systoliques et la perception par l'ostéopathe du "gonflement crânien" ainsi qu'entre le creux de l'onde et la perception manuelle du "dégonflement crânien".
  • des manipulations crâniennes affectaient la composante basse fréquence des ondes THM. Or, ces oscillations de basse fréquence sont sous le contrôle des systèmes para et orthosympathiques.

Description : figure038

En haut : Tracé de la vélocité relative du sang mesuré par Laser-Doppler flumétrie.

En bas : Même tracé après filtration de la composante fréquence cardiaque de haute fréquence, et gardant uniquement les composantes de basse fréquence (baro et respiratoire) puis application de la transformée de Fourrier Inverse

Les marqueurs "cycles MRP" correspondent aux instants de perception manuelle des cycles du MRP.

figure039

Ce tableau synthétique des différentes données concernant les mesures du rythme du PRM au cours des 45 dernières années. Les mesures instrumentales donnent des fréquences plus élevées (7-14 cycles/minute) que les mesures manuelles (3-9 cycles/minute)

Même si ces études ne prouvent pas que le MRP et l'onde de THM correspondent forcément au même phénomène, elles apportent une nouvelle approche du MRP l'assimilant à un phénomène de vasomotricité artériolaire d'une part, apportent des arguments en faveur de la réalité de l'ostéopathie dans le champ crânien, d'autre part, et ouvrent des perspectives de recherches plus poussées dans ce domaine.

d) Contre le MRP !

Depuis sa naissance et sa présentation par Sutherland le concept crânien avec son MRP a été considéré comme "hérétique" par une grande partie de la communauté scientifique. Malgré un certain nombre d'observations et études sérieuses en sa gaveur (mobilité des os du crâne, fluctuation du LCR, enregistrement du MRP), récemment encore, les principes même de l'ostéopathie crânienne ont été remis en cause dans un article de Ferre et al. (1990). Les auteurs réfutent les théories décrites par Sutherland, Karini, Upledger, et plus récemment, Clauzade et Darraillans. "La respiration primaire" serait en fait une manière de penser, et les divers os constituant la calvaria et la base du crâne seraient soudés solidement chez l'adulte, et seraient donc incapables de déplacements rythmiques lents "décrits" par les ostéopathes. Le LCR, comme n'importe quel liquide, est incompressible et modérément pulsatile. Enfin les pulsations rythmiques du cerveau n'auraient rien à voir avec les cellules gliales, et seraient exclusivement reliées au système vasculaire.

Le fait que de par ses (très) faibles amplitude et fréquence, le MRP ne soit perceptible que par des personnes initiées et entraînées, rend difficile sa compréhension par les esprits trop rationnels, et la réalisation d'études expérimentales ou cliniques probantes assez difficile. D'ailleurs, plusieurs études récentes montrant une mauvaise reproductibilité intra- et inter-examinateur des tests du MRP, rajoutent un certain discrédit à la méthode (Moran et Gibbons, 2001 ; Rogers et al., 1998 ; Hanten et al., 1998), malgré le fait que cette variante ait été enfin attribuée à la grande variabilité - elle-même d'origine inconnue - de la durée de chaque cycle au moment de la prise du MRP chez un même individu (Lockwood et Degenhardt, 1998). Enfin, une méta-analyse de toutes les publications concernant la recherche et les études cliniques en thérapie cranio-sacrée, conclut à une insuffisance des preuves concernant l'efficacité de cette méthode et à une faiblesse générale et une inadéquation des protocoles scientifiques dans le domaine de la recherche (Green et al., 1999).

Pour clore ce chapitre, actuellement nous sommes certains qu'il existe une onde, la pulsation rythmique crânienne, enregistrable et perceptible à la palpation attentive. Correspond-elle vraiment à ce que Sutherland - qui aura eu au moins l'immense mérite de la mettre en évidence - et ses disciples entendaient par Mécanisme Respiratoire Primaire ? Actuellement, aucune des hypothèses ne justifie pleinement ce MRP, et les mécanismes responsables de ce mouvement demeurent toujours inexpliqués. Les dernières études sur la superposition du CRI avec les ondes THM ouvrent peut être une piste.

Est-ce pour autant une raison pour discréditer les centaines d'ostéopathies et de vétérinaires pratiquant cette méthode - et tout l'enseignement et la recherche en ostéopathie - de par le monde ?

Nous préférons croire que la science n'offre actuellement pas de méthodes permettant d'expliquer ni ce phénomène, ni d'autres mécanismes biologiques - bien admis pourtant - ni tous les mystères du vivant... 

C. Le MRP crânien (Fosse, 1997, 2001)

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On peut décrire deux phases du MRP :

Pendant la phase d'Inspir (flexion)

L'encéphale se contracte : il se raccourcit d'avant en arrière et s'élargit transversalement.

Ceci agirait comme une pompe sur le LCR qui est alors dirigé vers les ventricules, qui gonflent jusqu'à une hyperpression. Le LCR diffuse alors vers le sang veineux par l'espace sous-dural et les tubercules arachnoïdiens.

Au cours de cet "enroulement" de la masse cérébrale, la symphyse sphéno-basilaire se met en flexion, et le toit du crâne semble s'affaisser. Le crâne se dilate dans le sens transversal (latéro-latéral) et se contracte dans l'axe rostro-caudal.

De façon concomitante :

  • le sacrum réalise une flexion (contre-nutation). Lorsque le sacrum est en flexion (au sens ostéopathique) la base se dorsalise, l'apex se ventralise lorsque le basi-occiput monte en avance. Il tire sur la dure-mère, insérée après S2, axe de rotation du sacrum, dont il tire l'apex vers lui.
  • les os pairs réalisent une rotation externe

Quand la pression diminue, un feed-back se produit. C'est une pompe passive sous contrôle de récepteurs nerveux baro-sensibles et mécano-sensibles.

Pendant la phase d'Expir (ou d'extension)

Le crâne s'amincit latéro-latéralement, et gonfle dans l'axe rostro-caudal (le toit du crâne tend à s'élever, et son plancher, la symphyse sphéno-basilaire s'abaisse) : il se détend.

La symphyse sphéno-basilaire et le sacrum sont en extension.

Les os pairs, réalisent une rotation interne.

C'est un automatisme. On observe environ 10 cycles par minute.

Selon Sutherland, "la mer, autour de nous, est un exemple constant du flux et du reflux du liquide céphalo-rachidien."

De façon plus précise, on peut aussi s'intéresser à la motilité des méninges au cours des phases du MRP : la faux du cerveau s'abaisse lors de l'Inspir et se relâche dans un mouvement inverse lors de l'Expir.

Les os du crâne sont aussi à étudier distinctement si besoin : l'occiput, le sphénoïde, l'ethmoïde et le vomer ont en flexion autour d'un axe transverse lors de l'Inspir, ils sont en extension en phase expiratoire. Quant aux os pairs, ils sont en rotation externe au cours de l'Inspir et en rotation interne lors de l'Expir.

Tableau 4 : Motilité du cerveau, des méninges, du crâne et du sacrum (d'après Fosse, 2001)

 

Inspir

Expir

Motilité du cerveau

  • Contraction du cerveau avec enroulement en "corne de bélier" (élargissement)
  • Aspiration du LCR vers les ventricules
  • Hypophyse tirée vers le haut dans la salle turcique du sphénoïde
  • Détente du cerveau
  • Chasse du LCR

 Motilité des méninges

  • Faux du cerveau abaissée et rétractée dorso-ventralement
  • Tente du cervelet tirée antérieurement et étalée à cause du recul de la faux du cerveau
  • Tente de l'hypophyse élevée
  • Mouvements inverses

 Motilité crânienne

Occiput
Sphénoïde
Ethmoïde
Vomer 

  •  Flexion autour d'un axe transverse
  •  Extension

Frontaux
Pariétaux
Temporaux
Maxillaires
Palatins 

  • Rotation externe 
  •  Rotation interne

SSB 

  • Flexion
  • Extension 

Motilité du sacrum 

  • Flexion : base sacrée déplacée dorso-caudalement et apex en bascule ventrale (nutation)
  •  Extension (contre-nutation)
 

Description : figure040

D. Le MRP crânio-sacré et fascial

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1. Motilité du sacrum entre les iliaques

Le sacrum présente une mobilité involontaire par rapport à l'axe transverse entre les iliaques par l'action des tensions réciproques de la dure-mère s'insérant sur son planche. Il garde physiologiquement un mouvement de flexion et d'extension.

Description : figure041

2. Les fascias et leurs rôles

a) Les fascias en ostéopathie

Pour l'ostéopathe, les fascias forment une "suite tissulaire ininterrompue" allant du museau au bout de la queue de l'animal et de l'extérieur vers l'intérieur du corps (Paoletti, 2002). Ils correspondent à tous les tissus issus de la substance fondamentale (Cette notion de "fondamentale", nous l'avons vu, étant ô combien primordiale en ostéopathie) ou, si l'on remonte encore plus loin dans l'embryologie, issu du tissu mésenchymateux. En effet, à l'exception de la peau et des muqueuses, tous les tissus mous du corps sont issus du mésoderme.

En plus des fascias musculaires et intermusculaires décrits en anatomie, la notion de fascia en ostéopathie s'étend donc aux :

  • ligaments tendons, aponévroses ainsi qu'au périoste qui est en continuité avec eux au niveau de leurs insertions sur les os,
  • cartilages et os qui sont considérés comme des densifications des fascias,
  • méninges crâniennes et spinales, les enveloppes des nerfs,
  • séreuses : plèvres, péritoine et leurs mésos,
  • ainsi qu'aux autres tissus conjonctifs lâches : les enveloppes externes des vaisseaux sanguins et des nœuds lymphatiques, lames basales de l'épiderme, trame conjonctive du derme...

On distingue trois niveaux de fascias : superficiels, intermédiaires et profonds (Gabarel et Roques, 1985). Ils sont résumés dans le tableau suivant :

Tableau 5 : Répartition des fascias (Synthèse d'après Gabarel et Roques, 1985 ; Fosse, 1997 ; Paoletti, 2002)

Fascias superficiels 

  • Lame basale de l'épiderme
  • Trame conjonctive du derme
  • Tissu sous cutané (hypoderme)

Fascias intermédiaires 

  • Le fascia superficialis (*)
  • Les aponévroses (**)
  • Epimysium des muscles
  • Séreuses splanchniques : enveloppes et mésos
  • Enveloppes externes des vaisseaux,
  • Capsule externe des nœuds lymphatiques

Fascias profonds

  • Dure-mère et travée conjonctives de la leptoméninge
  • Névrilème, épinèvre, périnèvre
  • Enveloppes externes des ganglions nerveux
  • Sous-séreuses et sous-muqueuse
  • Périmésium et endomésium musculaires
  • Tendons et aponévroses
  • Périoste, capsule et ligaments articulaires. Synoviales articulaire
  • Cloisons interosseuses
 

* Fascias superficialis : (A distinguer des "fascias superficiels" d'une part et des fascias recouvrant la face externe des parois du tronc, d'autre part) : il se situe entre la panicule adipeuse du derme et le tissu cellulaire sous-cutané et enveloppe les muscles peauciers (bien développés chez le cheval), les nerfs et vaisseaux sous-cutanés ainsi que les veines superficielles du cou. Il est absent au niveau de la face, du sternum et des fessiers. Considéré comme point de départ des vaisseaux lymphatiques par Paoletti (2002).

** Les aponévroses correspondent aux fascias musculaires décrits en anatomie : ils enveloppent les groupes musculaires et sont en relation entre elles au niveau de zones de réflexion ou "d'articulations fasciales". L'aponévrose superficielle recouvre tout le corps et envoie des expansions vers l'os, constituant des cloisons intermusculaires plus ou moins complètes. Elle est représentée par la suite fasciale : aponévrose épicrânienne - fascia cervical superficiel - les fascias externes du tronc (thoraco-lombaire, tunique abdominale, thoracique externe) et fascias des membres. L'aponévrose intermédiaire est formée par le système fascia cervical profond - fascia endothoracique - fascia transversalis - fascia iliaca et le fascia périnéal. L'aponévrose profonde correspondent à "axe aponévrotique central" (Paoletti, 2002) : fascia inter-ptérygoïdien, aponévrose palatine, fascia pharyngo-basilaire ; Paoletti y classe également le péricarde.

b) Les diaphragmes

Ils correspondent à des zones remarquables où un ensemble de fascias constituent des carrefours importants, aussi bien du point de vue anatomique que fonctionnel, ce qui en fait des sites privilégiés de dysfonctions ostéopathiques.

Outre le diaphragme respiratoire, on compte les diaphragmes de la nuque (jonction céphalo-rachidienne), de l'entrée de la poitrine (jonction cervico-thoracique) et pelviens (détroit crânial et détroit caudal du bassin).

Nous les étudierons plus en détail et en rapport avec les dysfonctions ostéopathiques dans la 3ème partie de ce travail.

c) Rôle des fascias (Paoletti, 2002)

Ils assurent les liaisons structurelles, fonctionnelles et dynamiques entre les divers organes du corps. Fosse (1997) parle de "liens squeletto-neuro-musculo-viscéraux".

  • Matrice et soutien du corps : ils enveloppent chaque structure, muscle, organe, nerfs, vaisseaux et s'insinuent à l'intérieur de celle-ci. Ils permettent de maintenir la forme anatomique de chaque individu, de chaque organe, et assurent la cohésion de ces derniers et leur fixation aux os.
  • Supportdes systèmes nerveux, vasculaire et lymphatique.
  • Protection : il maintient l'intégrité physique et physiologique du corps, protégeant les différentes structures anatomiques contre les tensions, stress et agressions mécaniques et physiologiques que subit en permanence l'organisme. Ainsi, s'ils se densifient dans les zones de contraintes maximales, comme au niveau des ligaments articulaires, ils gardent toujours un minimum de viscoélasticité (absorption des chocs) et ne se rigidifient jamais complètement (sauf cas pathologiques). Ce rôle protecteur s'exerce pour tous les organes : le squelette (constitution des chocs) et ne se rigidifient jamais complètement (sauf cas pathologiques). Ce rôle protecteur s'exerce pour tous les organes : le squelette (constitution des poutres composites os/structures myofasciales), système nerveux central (triple enveloppe des méninges), systèmes nerveux périphériques et système vasculaire (fascias profonds), viscères (séreuses, trames conjonctivo-adipeuse, tissu adipeux, ou tissu aréolaire péri-viscéral).
  • Amortisseur : l'architecture macromoléculaire réticulaire des protéglycanes qui infiltrent et enveloppent les fibres de collagène et d'élastine, assure la cohésion mécanique et confère des propriétés viscoélastiques à la substance fondamentale, au tissu conjonctif et tissus dérivés. Ces propriétés biomécaniques s'adaptent aux intensités des contraintes auxquels sont soumis les tissus, par modification du degré de viscoélasticité (degré de polymérisation protéglycanes-glycosaminoglycanes). Ceci est bien connu au niveau de la synoviale articulaire, mais aussi a été démontré en ce qui concerne les fascias musculaires (en particulier le fascia thoraco-lombaire) par Yahoa et al. (1993)
  • Hémodynamique : les fascias agissent comme des pompes périphériques assurant la circulation de retour (veineuse et lymphatique). La fréquence de contraction des segments valvulaires situés dans les gros troncs veineux et lymphatiques est d'environ de 10-12 par minute. Ce qui se superpose au rythme du MRP. Ce mécanisme subtil est renforcé par l'action mécanique des cycles de tensions/relâchement des fascias dus aux contractions musculaires.
  • Défense : la substance fondamentale serait la première barrière défensive contre les agents pathogènes par des mécanismes locaux avant l'intervention des réactions systémiques. Ces mécanismes locaux impliquent l'intervention des cellules réticulaires locales (premier rempart histiocytaire) et la modification de la perméabilité des capillaires permettant la mise en place des phases microphagique puis macrophagique.
  • Communication et échanges : les systèmes nerveux, vasculaires et lymphatique s'arrêtent au niveau de la substance fondamentale. Cette dernière est en communication permanente avec la cellule. Elle lui fournit les éléments nutritifs et fonctionnels dont elle a besoin, et véhicule en sens inverse les produits du métabolisme cellulaire et les différents messages émis par la cellule.

Les agressions (traumatismes, plaies, inflammation, interventions chirurgicales, tensions, excessives, mauvais  entraînement) provoquent des modifications biochimiques à l'origine de perturbations des propriétés viscoélastiques des fascias, et l'apparition d'adhérences. Les fibres de collagène s'orientent alors suivant les nouvelles lignes de force. Ceci d'infimes déséquilibres des tensions et/ou des modifications de la motilité fasciale.

3. Ostéopathie crânio-sacrée et fasciale (Fosse, 2001)

Le mouvement de la masse cérébrale (cycles de contraction/relâchement) du aux fluctuations du liquide céphalo-rachidien est transmis aux os du crâne par l'intermédiaire des méninges, en particulier de la dure-mère du fait de son insertion au niveau des sutures crâniennes. C'est la symphyse sphéno-basilaire (SSB), clé de voûte du crâne, qui le reçoit en priorité.

  • Par l'intermédiaire des méninges spinales, la SSB transmet ce mouvement au sacrum : c'est la base de l'ostéopathie crânio-sacrée.
  • Par l'intermédiaire du LCR, son prolongement le liquide interstitiel, et le réseau formé par les fascias, ce mouvement se répercute dans tout le corps : c'est ce qui définit l'ostéopathie fasciale.

Ainsi, les fascias constituent la voie de prédilection pour la transmission du MRP crânien. Tous les fascias sont dépendants de la mécanique crânio-sacrée et vice versa, y compris les séreuses viscérales.

4. Cas particulier de l'ostéopathie viscérale

L'ostéopathie viscérale peut être considérée comme un prolongement de l'ostéopathie par les fascias.

Mouvements des viscères

Les viscères présentent trois types de mouvements :

  • des mouvements passifs : en rapport avec la locomotion, les mouvements respiratoires ou l'onde de choc des battements cardiaques. Ils sont contrôlés par les moyes de fixité des organes et dans l'abdomen, par la contraction des muscles abdominaux ("caisson abdominal"),
  • des mouvements actifs propres régis par le système nerveux autonome : péristaltisme, contactions cardiaques, phénomènes vasomoteurs et sécrétoires,
  • la motilité inhérente au MRP : mouvement lent de faible fréquence, de très faible amplitude, non visible à l'œil nu, pouvant être perçu par les mains de l'ostéopathe.
Relations viscéro-somatiques anatomiques et fonctionnelles

La relation des viscères avec les parois du tronc par les mésos est aussi bine d'ordre anatomique que fonctionnel.

  • Dans la cavité abdominale, le fascia transversalis envoie des trousseaux de fibres à l'intérieur même des mésos et atteignent les organes, les solidarisant ainsi directement à la voûte lombaire. Outre l'aire nue du foie accolé au diaphragme d'autres organes présentent des adhérences directes à la paroi chez le cheval : base du caecum et côlon dorsal droit au plafond abdominal chez le cheval, péricarde fibreux au sternum chez le cheval.
  • Le feuillet pariétal de la séreuse (plèvre et péritoine) est connecté au fascia profond (endothoracique ou transversalis) par du tissu aréolaire formant une toile sous-séreuse contenant du tissu adipeux, des vaisseaux sanguins et lymphatiques. Sous l'épithélium un très fin lacis de nerfs confère à la séreuse une sensibilité tactile, mécanique, thermique et chimique.
  • Dans le méso circulent également les vaisseaux sanguins et lymphatiques et les fibres nerveuses du système nerveux autonome qui, en plus de leur rôle dans la physiologie de l'organe, constituent autant de structures de jonction viscéro-somatique.
Dysfonctions viscérales

Les dysfonctions somatiques peuvent se répercuter sur les fonctions viscérales, et vice versa :

  • par les tensions mécaniques : par exemple, dans la cavité abdominale, une surcharge, congestion, météorisation ou mauvais positionnement d'un compartiment digestif va engendrer des tensions anormales par l'intermédiaire des mésos sur le pont thoraco-lombaire et être à l'origine de dysfonctions vertébrales. Ceci est d'autant plus vrai chez le cheval où les viscères abdominaux sont particulièrement volumineux et lourds,
  • par les mécanismes des réflexes somato-viscéraux et viscéro-somatiques faisant intervenir le système nerveux autonome,
  • par les mécanismes des douleurs référées. Cet aspect est depuis longtemps connu et illustré par le clavier de Roger.

Enfin la dysfonction de certains organes comme le foie, les reins, les surrénales aura des répercussions directes sur le métabolisme et donc la structure et la fonction des composants de l'appareil locomoteur. Cet aspect est particulièrement mis en exergue en Médecine Traditionnelle Chinoise.

Travaux de Louisa Burns (rapportés par Korr, 1993)

Dans le milieu du XXe siècle, Louise Burns a testé la pathogenèse des maladies viscérales après lésion ostéopathique vertébrale. Elle a étudié l'étape intermédiaire entre la normalité des tissus et les manifestations pathologiques installées, c'est à dire les modifications lors de la création expérimentale d'une lésion vertébrale.

Son protocole était exemplaire : choix minutieux des animaux sains, création artificielle des lésions vertébrales sans troubles neurologiques, résultats constatés par deux ou trois chercheurs opérant en aveugle, contrôles à intervalles réguliers par rapport à des lots sains...

Les résultats révèlent dans tous les cas qu'aucune modification ne fut jamais constatée sur les animaux témoins sains. Par contre, sur les animaux "lésés", des modifications ont été notées au niveau articulaire, mais aussi dans les tissus musculaires voisins ou dans les viscères en rapport avec le métamère de la lésion.

Chronologiquement, les lésions circulatoires sont les premières constatées : un changement rapide de la coloration des muscles et des viscères est observé, avec une augmentation du nombre de globules rouges et un engorgement de la circulation. Cela aboutit à un œdème, une congestion et des pétéchies si aucun traitement n'est réalisé.

Ensuite, au niveau articulaire, le liquide synovial devient plus visqueux.

Enfin, des actions à distance sur diverses fonctions sont mentionnées :

  • chez le lapin, l'apparition d'une opacité du cristallin dans les vingt-quatre mois qui suivent la création d'une lésion occiput-atlas ou atlas-axis (1143 animaux examinés),
  • la survenue d'une congestion des tissus cérébraux intracrâniens, après la création de lésions cervicales, ou thoraciques supérieures (100 animaux examinés),
  • l'apparition d'une hyperémie, d'un œdème, d'une augmentation du tissu lymphoïde au niveau de la gorge et du nez lors de lésions cervicales ou thoraciques supérieures prolongées (50 animaux),
  • le ralentissement et la modification du rythme cardiaque à l'électrocardiogramme après une lésion créée au niveau de la 4ème vertèbre thoracique,
  • le déclenchement d'un ulcère gastrique après lésion sur la 4° ou 5° vertèbre thoracique,
  • l'apparition d'anomalies dans les urines après des lésions de la 12°ou de la 13° vertèbre thoracique chez les cochons d'Inde ou les lapins.

Burns fait aussi état des effets semblables sur l'homme.

Le stress cardio-respiratoire lié à l'effort sportif, la gestion de l'alimentation par rapport à l'exercice, sont autant de facteurs favorisant l'apparition de dysfonctions organiques chez cet animal à l'appareil respiratoire fragile et à la physiologie digestive complexe, et plus particulièrement encore chez l'athlète de haut niveau. Cet aspect ne doit pas être négligé dans l'approche ostéopathique du cheval.

E. Tests de motilité - MRP

Lire

1. Perception du MRP

a) Objectifs

Le but est de maîtriser les sensations de mouvements provenant des sutures crâniennes, du sacrum entre les iliaques et par l'intermédiaire du réseau fascial, de toutes les articulations, chaines musculaires et organes du corps. Il s'agit de comprendre, définir spatialement et analyser le mouvement perçu, connaître ses limites et, si nécessaire, le réajuster. Ce test permet également d'évaluer la densité des tissus examinés, et les zones d'équilibre ou de pseudo-équilibre des fascias et des articulations.

b) Disposition des mains et... dispositions mentales du praticien

Comme nous l'avons vu, l'écoute du MRP peut être réalisée sur n'importe quelle partie du corps. Chez le cheval, le plus souvent, on l'examine au niveau de la tête, de part et d'autre de l'encolure, à la face crâniale des avant-bras, au garrot et au sternum, de part et d'autre du rachis thoracique et lombaire, sur le sacrum ou de part et d'autre du sacrum.

Cette écoute est réalisée par un toucher léger et délicat (pression de 5 grammes). Lizon (1989) parle de diagnostic dynamique "artistique". Le praticien se doit d'éviter toute contraction musculaire ou d'induire des informations proprioceptives importantes qui risquent de mettre en jeu des ajustements posturaux et modifier les tensions myofasciales, voire gêner l'écoute du MRP. Il doit aussi avoir en mémoire le schéma précis de la zone anatomique à explorer. Toucher et ressenti ostéopathiques sont maintenant liés à une connaissance anatomique précise.

Il va de soi que cet examen nécessitera une forte concentration, "disponibilité et présence mentales" de la part du praticien. C'est pourquoi elle devrait idéalement être réalisée dans un lieu le plus calme possible, afin que toute l'attention du cheval soit également portée vers ce dialogue avec son thérapeute.

c) Que perçoit le praticien ?  (Lizon, 1988 ; Fosse, 1997, 2001)

Une fois les mouvements en rapport avec le rythme respiratoire et cardiaque du thérapeute (en particulier le pouls digité) d'une part, puis du cheval d'autre part, identifiés, un 3° rythme apparait.

Sous la main du praticien se déploie un mouvement décrivant une ove : le MRP décrit un mouvement en direction crâniale, il s'arrête, puis tourner dans le sens latérale et revient en direction crâniale, il s'arrête, puis tourne dans le sens latéral et revient en direction caudale ensuite, il s'arrête de nouveau, puis tourner dans le sens médial.

La première phase (crâniale puis latérale) au cours de laquelle le mouvement paraît plus énergique, correspond à la phase active du MRP : "l'Inspir".

A la phase suivante (caudale puis médiale), le mouvement revient plus doucement, mais avec la même amplitude. Il correspond à la phase passive (le "reflux") : "l'Expir".

Le MRP peut être également examiné en plaçant une main sur le rachis, et l'autre sur le sternum, ce qui permet d'analyser le mouvement axial vertébral et l'équilibre entre la ligne du dessus et la ligne du dessous du cheval. Dans ce cas, l'ove ventrale se déroule dans le sens inverse que l'ove dorsale.

Sur les membres, il est décrit une circulation du MRP en "croix tréflée" : 4 oves plantes et étroites semblent se déployer à partir d'un point : l'une proximale (flexion) suivie d'une latérale (rotation externe) puis distale (extension) et enfin médiale (rotation interne).

Description : figure042

d) Profondeur d’examen : les 3 couches

L'écoute du MRP permet d'explorer les 3 plans des fascias du corps : la couche superficielle (peau, fascia superficialis), la couche intermédiaire (muscles, vaisseaux...), la couche profonde (articulations, périoste, viscères). Suivant le plan exploré, le déroulement du MRP n'est pas le même : pour les couches superficielle et profonde, on perçoit des oves mais se déroulant dans un sens opposé. Pour la couche intermédiaire le MRP décrit comme un 8, qui correspondrait à l'association des deux oves précédentes. On peut passer d'une couche à l'autre par un contact légèrement plus appuyé de la main. Ceci est également possible par projection mentale.

e) Caractéristiques du MRP normal

Le MRP normal a le même sens, la même amplitude, la même vitesse de déroulement et ne déploie harmonieusement, de part et d'autre du rachis ou de la tête ou sur deux membres symétriques.

Son rythme chez le cheval de 8 à 12 cycles/minute est assez proche de celui décrit habituellement chez l'homme (10-14 cycles/minute). Evrard (2002a) rapportait une vitalité plus puissante chez ses patients équins que chez ses patients humains.

f) Le MRP anormal

En cas de lésion, le MRP se déroule de façon dysharmonieuse : on peut ressentir une amplitude anormale du MRP, des oves en sens contraire, une flexion trop longue, un débordement unilatéral...

La qualité du mouvement peut être modifiée : le MRP peut être nuageux, adhérant, violent...

Son rythme peut être perturbé. Mais il existe des variations individuelles physiologiques (rythme plus lent chez l'individu à tempérament léthargique, plus rapide chez le cheval à tempérament fougueux), et des variations liées à l'âge (Fosse, 1997)

2. Projection mentale (Lizon, 1988, 1989 ; Fosse, 1997)

Le principe est d’explorer des structures anatomiques à distance de celles où sont placées les mains en se projetant mentalement sur ces structures, c'est-à-dire par représentation mentale des éléments anatomiques à étudier. Exemples : les mains étant posées sur le bassin, le MRP étant détecté, on pourra tester la motilité du jarret, du grasset, des vertèbres lombaires, ou du caecum et du côlon ascendant, en se représentant une image mentale de chacun de ces organes… Une main sur le garrot et l’autre sur le sternum, on va examiner le médiastin, le péricarde…

Cette approche "irrationnelle" et impossible de tenter d’expliquer à la lumière de l’état d’avancement actuel des connaissances scientifiques, peut heurter les non-initiés. Elle a été présentée sur les animaux par l’un des pères de l’ostéopathie vétérinaire, le Dr F. Lizon, et les nombreux vétérinaires qui la pratiquent dans le cadre d’un traitement ostéopathique rapportent des résultats cliniques probants.

La représentation mentale du mouvement locomoteur avant l’action est une réalité scientifique, bien connue, en particulier chez les sportifs. La perception mentale des mouvements viscéraux autonomes (peut-être aussi de la motilité dans le sens du MRP), voire même la possibilité d’agir sur eux, est rapportée par certains mystiques ou religieux orientaux au cours d’un état de méditation ou d’oraison profonde en déconnexion totale avec le monde extérieur.... Cette "force mentale" peut-elle agir à distance sur les fonctions d’un autre individu ? Lison (1989) évoque la "mémoire cellulaire" : chaque cellule contiendrait, dans son génome, la représentation et le fonctionnement de l’être tout entier…

Comment ? Pourquoi ? Peut-être le saurons-nous un jour quand les mystères du cerveau humain et de ses capacités seront élucidés !

3. Autres perceptions palpatoires au cours des tests de motilité (Fosse, 2001)

a) Motilité passive

Nous avons étudié le MRP en tant que témoin (ou résultat) de la motilité involontaire physiologique, des micromouvements propres à chaque structure anatomique vivante.

La motilité passive, est définie par Fosse (2001), comme étant celle induite volontairement par le praticien qui lance un mouvement voulu puis écoute la réponse de la motilité crânienne. L’intérêt de cette méthode est d’obtenir une réponse plus rapide du MRP et, surtout, de mieux localiser une restriction "muette" du fait de la mise en place d’un état d’équilibre des tensions réciproques. La difficulté réside dans le fait qu'il faut initier le
mouvement et le suivre sans le diriger… ce qui nécessite une grande maîtrise technique et mentale, apanage des ostéopathes expérimentés.

b) Densité tissulaire (Fosse, 2001)

Elle correspond à la résistance de la structure écoutée sous une légère pression, ou tension, digitée, physique et mentale. Si l'on augmente la pression (plus de 5 grammes), l’organe ou le tissu testé (son MRP) doit s’effacer souplement pour revenir de manière élastique (Cf. viscoélasticité des fascias). Si l'on bute sur une masse compacte et résistante, c'est que l'on est face à une augmentation de la densité tissulaire. Cela constitue la preuve d'une dysfonction tissulaire locale ou générale.

c) Still Point

Le point de neutralité est aussi appelé Still Point, il représente le moment d'immobilité entre les deux phases du MRP. Ce point est physiologique.

Le Still Point de normalisation est le point de résolution, c'est le moment d'immobilité lors d'une technique de normalisation. Il est présent lorsque la décontraction est globale, à cet instant-même, la normalisation prend effet. Les fascias se libèrent ou se dirigent vers un autre point de résolution.

D’un point de vue anatomique, ce point correspond au fulcrum de Sutherland, c’est-à-dire à la jonction entre la faux du cerveau et la tente du cervelet.

4. Méthode de tests du MRP (Fosse, 1997 ; 2001 ; Evrard, 2002a)

On peut commencer par une analyse globale du MRP :

  • Test de l’axe sagittal : une main sur le rachis, l’autre sur le sternum. Ceci permet de mettre en évidence une éventuelle lésion en flexion ou extension, et de déterminer si elle se situe sur la ligne du dessus.
  • Test de symétrie droite/gauche : les mains placées sur l’encolure, les épaules, les lombes ou sur le bassin, de part et d’autre du plan médian, on évalue la symétrie des oves le long du rachis, ce qui permet de déceler un blocage à droite, à gauche ou, plus rarement des deux côtés.
  • Test de l’axe crânio-sacré : sur les poneys, il est possible de réaliser ce test en posant une main sur l’occiput doigts dirigés vers l’avant, et l’autre sur le sacrum, doigts dirigés vers l’arrière. Sur les chevaux, ce test se fait en deux temps en prenant relais en regard de la 12ème vertèbre thoracique (Evrard, 2002a). On teste l’harmonie du système crânio-sacré.

Ensuite, on peut s'attarder sur le MRP au niveau des membres antérieurs (mains posées sur crânialement sur les avant-bras un peu au-dessus du carpe) puis des postérieurs (mains posées côté dorsal des canons)

A ce stade, la dysfonction est vaguement localisée :

  • sur la ligne du dessus (occiput, os temporaux, os frontaux, symphyse sphéno-basilaire, vertèbres, sacrum, côtes et leurs attaches aux vertèbres) ou sur la ligne du dessous (mandibule, os hyoïde, sternèbres, côtes et leurs liaisons au sternum, bassin, symphyse pubienne),
  • à droite ou à gauche,
  • sur les membres antérieurs et/ou postérieurs gauches ou droits.

On procède alors à la localisation plus précise de la lésion en reprenant, (éventuellement par projection mentale) un examen plus ciblé de la ligne du dessus, de la ligne du dessous puis des membres. Eventuellement, pour confirmer ou préciser le diagnostic, on peut réaliser une écoute du MRP local propre d’un segment vertébral ou d’une articulation des membres.

Pour chacun de ces tests, on évaluera les 3 plans fasciaux pour déterminer si c’est le problème affecte les os, les articulations, les muscles et tendons ou les nerfs. Dans le cas de dysfonctions vertébrales, il convient également de tester les organes en relation avec le métamère affecté.

Une fois le lieu exact de la dysfonction établi, on cherche à caractériser dans l’espace l’ovoïde correspondante (hauteur, la profondeur, sens de la rotation…).

Bien entendu, dans la majorité des cas, on met en évidence un ensemble de lésions ostéopathiques à partir desquelles il s’agira de tenter de ressortir la lésion primaire, source de tous les maux.

F. Les dysfonctions du MRP (Fosse, 2001)

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1. Impliquant les foramens crâniens

Les foramens crâniens représentent des zones critiques, ce sont des passages de nerfs, de fascias, d'artères, de veines. Dans la majorité des cas, ils sont situés à l’intersection entre deux os (ou plusieurs pour le foramen lacerum). On comprend bien que toute perturbation dans la mobilité crânienne, puisse interférer sur le développement et/ou la fonction vasculo-nerveuse, tout particulièrement pendant la croissance. Lors de perte de mobilité, des troubles circulatoires veino-artériels et/ou nerveux peuvent être observés.

La connaissance de la distribution des nerfs crâniens, ainsi que leurs points de passages sensibles, ou zones critiques, permet de comprendre l’origine de certaines affections, lorsque les structures osseuses concernées sont en dysfonction. Un tableau en annexe 3 résume ces points.

2. Impliquant les membranes

Toute gêne au déroulement normal des cycles de tension/relâchement des méninges amenant à des tensions permanentes et excessives de ces membranes constituera une entrave à la circulation du LCR qui entraîne :

  • des troubles circulatoires,
  • des troubles hormonaux (par exemple, nymphomanie ou infécondité car l'hypophyse est atteint de façon latente),
  • des troubles neurologiques (les crises épileptiformes liées à des tensions de la dure-mère, les ataxies à des tensions du cervelet),
  • des troubles biomécaniques : les tensions crâniennes sont responsables de dysfonctions du sacrum et du bassin.

3. Dysfonctions des os crâniens

Toutes les articulations de la tête (sutures, synchondroses, diarthroses) peuvent présenter des restrictions de mobilité. Des dysfonctions des os crâniens peuvent être parfois accompagnées de signes cliniques marqués :

  • une atteinte respiratoire lors de déviation de la cloison nasale,
  • une perte d'olfaction lors d'atteinte de l'ethmoïde,
  • des troubles oculaires lors d'atteinte de l'os frontal, zygomatiques ou lacrymal.

L'articulation temporo-mandibulaire (ATM) est une jointure très importante en ostéopathie du cheval. Une pression dissymétrique de la mandibule sur l’os temporal lors d'une mastication unilatérale prolongée (présence de surdent, dents manquantes, contractures des muscles masticateurs…) peut être à l’origine d’une lésion secondaire de l’os temporal avec toutes les perturbations neurophysiologiques que cela peut entraîner vu l’importance fonctionnelle et les nombreux rapports complexes qu’entretient cet os au sein du crâne.

Une dysfonction de l’articulation temporo-hyoïdienne (qu’elle soit primaire ou secondaire) peut perturber des fonctions primordiales, voire vitales (déglutition, réflexe épiglottique) ainsi que l’entrée et la sortie de l’air des poches gutturales chez le cheval (répercussion sur l’oreille moyenne, et les nombreux nerfs et vaisseaux crâniens avec lesquels elles se trouvent en rapport) favorisant par la même occasion des surinfections (aspergilloses, empyèmes…).

4. Lésions crâniennes en fonction des lésions de la symphyse sphéno-basilaire

Clé de voûte du système crânien, toute dysfonction de la symphyse sphéno-basilaire se répercutera à court ou plus long terme sur l’ensemble du crâne, sur de nombreuses fonctions neurobiologiques (notamment endocriniens) ainsi que sur le sacrum. Les différentes lésions seront traitées dans notre troisième partie.

Deuxième partie : L'ostéopathie : de la théorie à la pratique

I. Le diagnostic ostéopathique

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Dans ce chapitre, nous nous intéresserons aux différentes étapes à suivre lors d'une consultation ostéopathique. Nous nous attacherons à développer les tests permettant de mettre en évidence des dysfonctions. Les lésions en elles-mêmes, et leurs corrections seront détaillées dans la troisième partie de ce travail.

L'examen ostéopathique a pour objectif de rechercher les restrictions de mobilité ou de motilité, et de les localiser et les définir spatialement de manière précise.

Il existe deux " écoles " en ce qui concerne le déroulement d'une consultation ostéopathique: d'un côté, certains praticiens préfèrent écouter d'abord le cheval et confronter ensuite leurs résultats avec ce que décrit le propriétaire, d'autres recueillent d'abord des commémoratifs détaillés avant de procéder à l’examen du cheval. Cette dernière pratique reste controversée et nécessite une objectivité sans faille du praticien. Dans tous les cas, il conviendra de mettre en concordance les observations du praticien et les commémoratifs.

A. Préambule

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Avant toute recherche de lésion ou symptôme, il s’agit de prendre contact avec le cheval, entrer dans son espace, sans contrainte ni force.

Un examen ostéopathique est toujours précédé d'un examen clinique général qui permettra d’éliminer les pathologies relevant de la médecine classique ou de la chirurgie.

Un examen locomoteur est ensuite réalisé. On procède d’abord à un examen à distance, cheval en mouvement puis en statique, pour mettre en évidence les masses musculaires inégales, une hanche plus basse que l’autre… puis on examine l'animal de façon rapprochée.

L'examen attentif des aplombs du cheval est primordial. Il permet de mettre en évidence un manque de talons par exemple. Un cheval qui ne présente pas de bons aplombs, est un cheval qui peut souffrir au repos (Giniaux, 2000). Les défauts d’aplombs amènent toujours vers des ajustements compensatoires à l’origine de dysfonctions vertébrales ou des racines des membres.

Après cette analyse, un examen dynamique peut s’avérer indispensable aux trois allures et au reculer, sur un cercle plus ou moins serré, aux deux mains, sur un huit de chiffre. Venant après l’examen ostéopathique, l’examen dynamique permettra encore de mieux faire la corrélation entre les dysfonctions mises en évidence à l’examen ostéopathique, et les signes fonctionnels d’une part et avec les ceux décrits par le cavalier et qui ont, justement, suscité cette consultation d’autre part. Dans certains cas, un examen dynamique monté par le cavalier habituel peut s’avérer nécessaire et permettra de mieux comprendre les problèmes décrits par le cavalier.

Bien évidemment, on ne peut exclure de l'examen tous les tests classiques et examens complémentaires pouvant être effectués lors d'un examen orthopédique (tests de flexion, tests de la planche, prise de clichés radiographiques lors de suspicion de syndrome de Wobbler ou de syndrome podotrochléaire, échographie…). Ces derniers doivent être réalisés si nécessaire.

L'examen ostéopathique au sens strict peut être ensuite commencé. Pour le vétérinaire, il correspond à un outil parmi tant d'autres d’examens complémentaires, il lui permet d’affiner son examen et de mieux orienter son diagnostic.

B. Examen ostéopathique

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L’examen ostéopathique permet de détecter les baisses de réserves physiologiques et ceci dès le début d’une pathologie. Le traitement ostéopathique consiste à normaliser ces lésions et permet de corriger la lésion avant qu’elle ait atteint un degré d’irréversibilité. Il interrompt le cercle vicieux, favorise les actions mécaniques de défenses et de réparation du corps.

Une douleur aiguë s’accompagne en général d’une forte contracture, d’une attitude antalgique, d’une raideur ou diminution de la mobilité. Mais très souvent la douleur est peu marquée et les symptômes très discrets à l’examen. Cependant, la localisation précise de la (ou des) dysfonction(s) présente(s) est essentielle pour un ajustement ostéopathique adéquat.

1. Signes perçus à la palpation pression

Les tests de palpation-pression forcée ou de forte pression digitée, ou encore de pressions latérales contrariées sur les vertèbres, habituellement utilisés en médecine humaine peuvent éventuellement être utilisés chez l’animal. Néanmoins, la recherche d’une dysfonction ostéopathique passe par des tests moins contraignants et moins douloureux pour l'animal, sous peine de le voir manifester vivement son mécontentement. En effet, l’examen fin de la motilité des structures, devra, pour être correctement réalisé, se dérouler sur un patient en confiance et détendu : les tests précédents, trop lourds ou trop douloureux auront tôt fait de briser cette confiance.

La palpation doit permettre de mettre en évidence des zones de modifications de température, de modification de texture de densité sous-jacente, de douleur.

Une première palpation superficielle de l’ensemble des masses musculaires, permet de détecter des zones de modification de température, et d’apprécier les différences de tonicité musculaire. L'ostéopathe détermine ainsi le côté ou le membre qui compense un déficit ou qui est en surcharge de travail.

Ensuite, on peut procéder à une palpation plus précise. Dans un premier temps, elle intéressera les masses musculaires le long de la colonne vertébrale à la recherche de zones indurées et de modification de texture.

Au niveau de la tête, une pression digitée légère en regard des articulations temporo-mandibulaires (ATM) peut révéler une hyperesthésie signant une dysfonction de l’ATM. On vérifie la tonicité et recherche d’éventuels points de contracture ou trigger points sur les muscles masséters et ptérygoïdiens médiaux, ainsi que sur les temporaux. La palpation des zones de plexus sensitivomoteurs peut révéler une éventuelle névralgie faciale, voire une dysfonction affectant les os du crâne. On passe progressivement vers l’encolure en palpant la région de l’auge, où l’on peut évaluer l’équilibre des tensions sur l’appareil hyoïde, puis la région de la gorge. En pénétrant doucement par relâchement progressif des fascias sous les doigts dans l’étroit espace compris entre la branche de la mandibule et le larynx, on peut aboutir aux parois musculaires du pharynx. La palpation du pharynx et du larynx permet de donner une idée sur l’équilibre des tensions fasciales du diaphragme de la nuque.

En région cervicale, au niveau de la nuque, la palpation intéresse les muscles propres de la tête, en particulier le muscle oblique caudal siège de trigger point et ceux situés ventralement . L’espace sous-atloïdien est également une zone sensible. Ensuite, l’examen porte sur les masses musculaires dorsales, et ventrales, puis le long du noyau cervical, avec une légère pression digitée en regard de chaque espace intervertébrale pour tester la sensibilité des nerfs cervicaux. La palpation de la corde du ligament nucal n’est pas à négliger : une modification locale de densité est presque toujours à l’aplomb d’une zone musculaire indurée et d’une vertèbre en dysfonction.

Ensuite, la région des épaules du garrot et thoraco-lombaire est explorée. On s’intéresse alors au muscle erector spinae et son fascia thoraco-lombaire. De légères pressions digitées permettent de tester la réaction des points situés en regard des espaces intervertébraux et le long du sillon séparant le muscle longissimus du muscle épineux du thorax.

Ces points correspondent en fait aux points d’acupuncture le long de la branche interne du méridien de la vessie. Certains correspondent aux points moteurs du muscle erector spinae.

La palpation du ligament supra-épineux le long des sommets des processus épineux, permet d’en apprécier l’élasticité, la densité, la tension, ou éventuellement une douleur signant une desmite. A partir de Th13-Th14, de légères pressions digitées de part et d’autre de la colonne vertébrale, en regard et en direction des articulations des processus articulaires, permet de déceler une algie et une modification de densité péri-articulaire en rapport avec une arthropathie.

D'autres signes peuvent être recherchés :

  • une hyper ou une hypoesthésie cutanée au niveau du rameau dorsal du nerf. Ce test est réalisé avec un agent mousse (capuchon de stylo) puis une aiguille et selon la distribution cutanée des nerfs rachidiens.
  • des troubles sensitifs, moteurs ou réflexes au niveau du rameau ventral du nerf.

La position des vertèbres est évaluée par palpation des processus transverses en région cervicale, des processus épineux en région thoraco-lombaire : il faut en apprécier l'écartement ou le rapprochement par rapport à la vertèbre sous-jacente, pour réaliser ensuite un diagnostic de lésion en flexion ou en extension.

Cette palpation se prolonge sur le bassin et les hanches. On s’attarde plus particulièrement sur les espaces lombo-sacro-iliaques, les muscles fessiers, la zone en regard du grand trochanter, et les parties supra-ischiatiques de muscles fémoraux caudaux qui peuvent être le siège de contractures douloureuses. L’examen palpatoire se poursuit par l’évaluation des membres. Pour le membre thoracique, on s’attarde plus particulièrement à la palpation des muscles d’attache (trapèze, pectoraux, grand dorsal, brachio-céphalique) qui sont très souvent le siège de contractures, aux tendons proximal et distal du biceps, à la jonction musculo-tendineuse du triceps et à son insertion sur la pointe du coude. Les muscles de l’avant-bras, et surtout les fléchisseurs, doivent être palpés attentivement. Des tensions ou contractures à leur niveau sont des risques potentiels de tendinite ou de desmite future, si elles ne sont pas déjà présentes ou débutantes. Pour une palpation plus efficace, il faudra lever le membre pour relâcher la tension due à l’appui. La palpation des tendons doit également être attentive. Elle peut mettre en évidence la présence d’empâtements, d’adhérences, de sensibilité.

Pour les membres pelviens, on s’attarde sur les muscles et fascias de la cuisse. Les muscles fémoraux caudaux sont souvent le siège de contractures qui peuvent être en relation avec des dysfonctions de la hanche ou du grasset. On peut suivre le trajet du nerf sciatique le long de la raie de misère (trajet du méridien de la vessie) pour déceler une éventuelle hyperesthésie. Il ne faut pas négliger, quand cela est possible, de palper les muscles à la face interne de la cuisse : les contractures du gracile et/ou du semi-membraneux peuvent rapidement évoluer en myopathie fibrosante. Le creux poplité et le genou doivent être palpés avec attention, avant de descendre vers les muscles jambiers et arriver au jarret où on s’intéresse plus particulièrement à la face dorso-médiale.

En ostéopathie, il existe des cas asymptomatiques, c'est-à-dire en dessous du "seuil". Ce "seuil" peut être franchi lors d'un effort ou d'une mauvaise position au repos, par temps plus froid ou plus humide… lors d'un stress ou d'une cause plus intérieure qui diminue le seuil de sensibilité de l'organisme.

2. Points dits "sensibles"

La surface du corps apparaît comme une véritable mosaïque de points d’intérêt diagnostique et thérapeutique qu’il peut être intéressant à connaître par l’ostéopathe.

Quatre types de points peuvent être considérés : (Lutz, 2004)

  • le point moteur, défini sur des bases électro-physiologiques relatives au fonctionnement neuromusculaire,
  • le point d'acupuncture, faisant appel à des phénomènes de douleurs projetées,
  • le point de tension, impliquant la notion de spasme musculaire,
  • le "point gâchette" ou Trigger Point, décrits plus récemment, font aussi appel à des phénomènes de douleur projetée.
a) Points moteurs

Le point moteur est un point physiologique. Il correspond à un point cutané pour lequel la contraction du muscle lors d'un stimulus électrique est maximale. Il se trouve soit en regard du point de passage superficiel d’un nerf moteur, soit en regard de la zone de pénétration d’un nerf ou d’un rameau nerveux dans le muscle, plus exactement, en regard de la zone la plus riche en plaques motrices.

Il n’a d’intérêt ici que parce que la plupart des points moteurs correspondent également à un certain type de points d’acupuncture appelés de type I par Shoen (2003).

Description : figure043

b) Points d'acupuncture

La théorie de la médecine traditionnelle chinoise représente un puits : source de vie, communication entre l’intérieur et la surface. Selon que le point est à tonifier ou à disperser, on imagine que le puits est "sec" ou "plein". Ce puits permet d’accéder en profondeur à un "canal" qui est un méridien proprement dit, dans lequel circulent deux entités : le yang, immatériel et mobile, représente l’ « énergie » ou le souffle ; l’autre est le yin, matérielle et passive, entraînée dans la circulation par la précédente : c'est le "sang".

En cas de perturbation pathologique d’un point d’acupuncture, la douleur locale est due à une accumulation ou une stagnation de l’énergie.

La théorie occidentale met en avant les bases anatomiques et physiologiques. Ainsi, Demontoy (1986) définit le point d’Acupuncture comme "le lieu d’une ou de plusieurs projections douloureuses". Il précise que bien que le phénomène des douleurs projetées procède d’un mécanisme nerveux, le nerf n’est pas le point d’acupuncture : ce dernier est associé à une structure anatomique somatique (muscle, tendon, ligament, vaisseau) ou cutanée, desservie par un nerf, qui constitue le support du point.

Les points d’acupuncture entretiennent des relations étroites avec le phénomène physiologique des douleurs projetées. Les projections ont une origine nerveuse et paraissent résulter de la convergence sur certains neurones de la moelle ou de l’encéphale, d’un faisceau de plusieurs informations. L’intégrité nerveuse et sa conservation partielle (en cas de paralysie, par exemple) sont donc la condition d’activité de l’acupuncture.

Description : figure044

Deux types de points peuvent être distingués selon leur "état énergétique": 

  • les points enflammés, hypertendus, douloureux, pris de contracture signent une accumulation d’énergie. La méthode thérapeutique de ces points recherchera une action de "dispersion". Une aiguille est posée et laissée en place sans aucune action du praticien, lorsque le point est déchargé, l'aiguille tombe.
  • les points en hypotension, relâchés, froids, atoniques, œdémateux signent une insuffisance de l’énergie. La méthode thérapeutique de ces points recherchera une action en "tonification". L'aiguille est chauffée ou bien le point est stimulé au laser.

La recherche de points d'acupuncture se fait par palpation fine et par ressenti. Le praticien doit sentir d’emblée une tension locale anormale et la pression doit provoquer une contraction réflexe immédiate des muscles sous-cutanés, un mouvement de retrait volontaire à la pression, une ventroflexion au niveau du dos, et parfois, quand le point est très douloureux, une tentative de mordre ou de donner un coup de pied.

Pour être ressenties, certaines de ces nuances nécessitent de l'expérience et de l'entraînement de la part du clinicien.

La recherche et l'évaluation des points d’acupuncture diagnostiques constitue un excellent complément aussi bien à l’examen orthopédique classique, aux tests de flexion, aux anesthésies sémiologiques et à l’imagerie médicale, qu’à l’examen médical d’un cheval en colique ou souffrant d’une pathologie interne et s'intègre parfaitement au sein d'un examen ostéopathique.

c) Points de tension

Le point de tension est défini comme un point pathologique, absent chez un individu sain. Il est le siège de contractions musculaires localisées, involontaires et prolongées. Il est à mettre en relation avec un dysfonctionnement dans le processus de la contraction musculaire.

Les points de tension primaires sont à l’origine de contractures algiques. Ils surviennent en général après un surmenage ou une activité inhabituelle, c'est-à-dire un stress biomécanique.

Les points de tension secondaires sont à l’origine de contractures antalgiques. Ils correspondent à un mécanisme réflexe de compensation musculaire visant à éviter ou limiter le mouvement d’un segment ou d’une articulation douloureuse. C’est celui qui est le plus souvent rencontré lors de dysfonctions vertébrales.

Giniaux (2000) parle d’"écoute manuelle" pour donner l’idée de la perception améliorée à laquelle les ostéopathes parviennent. Les moindres tensions ressenties au niveau de la peau donnent une multitude de renseignements sur l’état des organes les plus profonds de l’organisme. Le toucher est un sens qui s’éduque et qui peut ainsi devenir très riche.

Ainsi, le développement du sens du toucher et de la proprioception permet aux ostéopathes d’intégrer dans leur examen l’appréciation des "tensions myofasciales", transmises à distance par les fascias, au sens ostéopathique du terme.

Tout point de tension, qu’il implique la musculature de la colonne cervicale ou thoraco-lombaire, qu’il soit dorsal ou ventral, peut compromettre la biomécanique de l’animal, en interrompant les chaînes (ou fascias) transmettant les mouvements, et ainsi avoir des conséquences cliniquement décelables sous la forme de restriction dans les mouvements locomoteurs.

Les points de tension constituent une combinaison de la physique et de la physiologie du mouvement. Par conséquent, certains d’entre eux seront retrouvés aux mêmes endroits chez tous les chevaux. Les sites les plus fréquents des points de tension musculaires chez le cheval ont été décrits par Denoix et Pailloux (2001), Meagher (2000) et Hourdebaight (2000).

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La présence d’un point de tension signe toujours une dysfonction de l’appareil locomoteur qui peut être due à : 

  • un travail excessif,
  • un entraînement ou une préparation insuffisante à l’effort,
  • une reprise trop précoce de l’exercice intense chez un cheval convalescent,
  • une affection ostéo-articulaire ou tendineuse sous-jacente (éparvin, ostéochondrose, maladie naviculaire…)
  • de mauvais aplombs, des pieds mal parés ou mal ferrés,
  • un travail inadéquat du cavalier (inexpérimenté, monte trop énergique ou en force…)

Lever les tensions musculaires sans régler le problème initial à l’origine de ses contractures ne serait qu’une thérapeutique symptomatique ne s’intéressant pas au problème global de l’animal.

d) Trigger points

Le trigger point ou point gâchette correspond à un point pathologique caractérisé physiquement par une zone circonscrite dont le métabolisme est augmenté et la circulation est diminuée. Une sensation de douleurs locale et référée de type neuropathique (profonde et sourde) se manifeste. Il se localise le plus souvent dans les muscles et leurs fascias ("trigger points myofasciaux") mais certains se situent au niveau de ligaments et tendons. Ils correspondraient également à une certaine catégorie de points d’acupuncture dits points Ashi (de type III pour Shoen, 2003) mais tous les points trigger ne correspondent pas nécessairement à des points d’acupuncture. L’étiopathogénie n’est qu’incomplètement connue, mais ferait intervenir des facteurs déclenchant mécaniques ainsi que de nombreux facteurs favorisants et d’entretien. Les douleurs ressenties se traduisent essentiellement par des troubles de la locomotion, une baisse des performances sportives et des comportements inhabituels de l’animal.

Les activations de trigger points sont une cause majeure mais négligée de douleurs et de troubles fonctionnels. La gravité dépend du type de trigger point présent, ainsi que de leur nombre et leur ancienneté. Elle peut se présenter sous la forme d'une simple limitation indolore de la mobilité pour les points latents à une douleur exquise pour des points actifs (Lutz, 2004). Le trigger point se trouve au sein d'une bande palpable, à l’endroit précis où la sensibilité locale atteint son maximum (Travell et Simons, 1993).

En médecine vétérinaire, les trigger points ont surtout été décrits chez le chien, et dans une moindre mesure chez les chevaux. Ils touchent préférentiellement les animaux les plus vieux ou les plus jeunes utilisés en compétition, comme les chevaux de course (Janssens LAA, 1992).

Le syndrome myofascial dans l’espèce équine est caractérisé par des boiteries, des dorsalgies, des lombalgies et des troubles de comportement et des performances sportives. Dans le cas de dorsalgies, les Trigger Points semblent particulièrement impliqués dans les syndromes douloureux de la jonction thoraco-lombaire et sacrale. Le "syndrome myofascial diffus" serait souvent rencontré chez les chevaux dorsalgiques chroniques, réfractaires aux traitements usuels (Ridgway, 1999b). Ce syndrome est caractérisé par une douleur en l’absence de lésions détectables. Il serait relativement courant chez les chevaux et semble inclure des problèmes de tissus mous, des problèmes myofasciaux, musculo-tendineux, ou ligamentaires qui se traduisent cliniquement par une myalgie intense se rapprochant des cas de fibromyalgies humaines. Dans ces derniers cas, les fibres musculaires sont récurrentes. Les chevaux présentent donc un dos sensible.

Cette pathologie se caractérise, selon Ridgway, par la présence de groupes de Trigger Points et de points d’acupunctures douloureux et retrouvés de manière constante chez de tels chevaux. La douleur est ressentie dans le muscle et plus précisément en regard des points précédemment cités. En général le côté gauche serait atteint au niveau de la croupe, dans les muscles glutéaux, biceps (sur son origine), et para vertébraux sacraux, parfois la douleur s’étendrait jusqu’aux groupes musculaires de l’arrière main : biceps, semi membraneux et semi tendineux, du côté gauche. La douleur pourrait également être ressentie dans le muscle sterno-céphalique et le long de la branche externe du méridien vessie jusqu’au muscle longissimus de la région lombaire. Le côté droit serait rarement atteint.

Une analyse détaillée de ces différents points avec leurs relations, points communs et différence a été réalisé par Lutz (2004). Elle en a tiré une synthèse et établi une cartographie des points qui se sont révélés vraiment d’intérêt pratique et thérapeutique (Lutz et Sawaya, 2005).

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e) Notion de "points sentinelles"

De sa longue expérience pratique de l’ostéopathie et de l’acupuncture, le Dr D. Giniaux a sélectionné un certain nombre de points dont la réactivité est toujours en rapport soit avec un problème local, soit avec une dysfonction à distance. Ces "points sentinelles" ne sont pas tous bien définis. Les uns correspondent à des points d’acupuncture comme ceux du jarret, du grasset et de la hanche situés le long du trajet du méridien de la vessie ; d’autres correspondent certainement à des points gâchettes, comme celui intitulé "point du boulet", et certains probablement à des points d’acupuncture hors-méridiens.

Citons quelques points couramment utilisés :

  • le point "ovaire" situé entre T18-L1 est sensible dans toutes les affections génitales avec dérèglement fonctionnels de l’ovaire (kyste folliculaire, …). Il est encore plus sensible un travers de main plus bas.
  • deux points "rein" sont décrits par Giniaux : l’un situé entre L1-L2, et un autre situé entre L4-L5. Tous deux seraient sensibles lors de néphrites.
  • deux points "intestin grêle" sont présentés : l’un situé entre L2-L3 et un autre entre L3-L4, tous deux seraient sensibles lors de coliques et de diverses affections intestinales.
  • le point "vessie - col utérin" est situé entre L5-L6. Il est très douloureux lors de cystites et moins sensible lors de pathologies concernant le col utérin.
  • le point "col utérin – vessie", situé entre L6-S1 présente les caractéristiques inverses du point précédent.

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C. Test de mobilité (Lajou, 1987, Evrard, 2002b)

1. Principes des tests articulaires

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Après avoir observé et palpé le cheval, l’ostéopathe réalise des tests articulaires destinés à mettre en évidence d’éventuelles restrictions de mobilité.

L’ostéopathe s’attarde surtout à rechercher les restrictions de mobilité dans les mouvements dits "mineurs", c'est-à-dire en abduction-adduction, rotation interne-externe, et petits glissements latéraux ou caudo-crâniaux. Ce sont ces mouvements de faible amplitude qui conditionnent le déroulement correct des mouvements majeurs en flexion extension d’une part, et qui sont générateurs de l’essentiel des informations proprioceptives, renseignant le cortex cérébral sur l’état de tension des structures capsulo-ligamentaires et de la position spatiale des surfaces articulaires, d’autre part.

A part, théoriquement, les articulations entre les os impairs (plancher du crâne – rachis), aucune articulation n’est douée d’un mouvement pur en flexion/extension, car les surfaces articulaires ne sont jamais parfaitement symétriques. Ainsi, par exemple, au niveau de l’articulation tibio-fémorale, il existe un mouvement de rotation externe-interne du tibia autour de son axe, indépendant des mouvements de flexion-extension, et un mouvement de rotation interne automatique du tibia par rapport au fémur associé à la flexion du grasset (et de rotation externe associée à l’extension) en raison de l’asymétrie entre les surfaces articulaires fémoro-tibiales médiale et latérale.

Les tests articulaires sont réalisés en imprimant un mouvement lent, doux et de faible amplitude aux surfaces articulaires. La représentation mentale des structures articulaires et de leur mouvement au cours du test permet de mieux comprendre, objectiver et définir une éventuelle dysfonction.

En plus de la restriction d’amplitude dans un sens ou un autre, il s’agit également d’apprécier la qualité du mouvement passif imposé, et la qualité du retour des surfaces articulaires à leur position initiale. Existe-t-il une résistance au mouvement imprimé ? Existe-t-il une résistance au retour articulaire ? Est-ce en rapport avec une modification de la viscosité du liquide synovial et de la substance fondamentale baignant les tissus péri-articulaires ? à des frottements des surfaces articulaires irrégulières et devenues rugueuses ? à des butées mécaniques anormales dues au développement d’ostéophytes ? à des modifications de densité ou l’apparition d’adhérences concernant les structures capsulo-ligamentaires et fasciales ? à des tensions myofasciales provenant d’un segment plus proximal ?

Pour affiner l’étude, ces tests articulaires peuvent être réalisés en positionnant l’articulation à divers degrés d’ouverture : par exemple, tester ces mouvements mineurs sur l’articulation positionnée en extension, puis légèrement fléchie, puis avec un angle plus fermé.

Ces tests articulaires n’empêchent pas l’ostéopathe, s’il le juge nécessaire dans sa recherche d’informations ou pour compléter son investigation, de vérifier également les mouvements les plus amples.

Mettre en évidence une dysfonction locale d’une articulation n’est pas une fin en soi. Ce n’est qu’une étape dans la recherche de l'origine de la perturbation. Cette articulation en question n’appartient pas à un squelette désarticulé, mais est un maillon de jonction entre la chaîne articulaire et les chaînes myofasciales du cheval. Chacun sait que si un maillon d’une chaîne est abîmé, la chaîne ne peut plus assurer de façon efficace son rôle de lien, de transmission, et risque de rompre. Des lésions des muscles, fascias et enveloppes sont souvent à l’origine des dysfonctions articulaires.

Ceci montre le grand intérêt des tests de mobilisation globale qui permettent de vérifier le bon fonctionnement de ces chaînes articulaires et myofasciales : mobilisations globales passives ou avec une friandise de l’encolure, mobilisation en pro-traction et en rétraction des membres. Pour qu’ils soient pratiqués selon l’esprit et l’art de l’ostéopathie, ces tests doivent être réalisés en déroulant très progressivement les différents segments et avec une visualisation mentale des différentes structures articulaires et myofasciales mise en jeu progressivement au fur et à mesure du déploiement du mouvement , et ceci tout en portant une attention particulière aux sensations perçues par les mains.

2. Examen au moyen de l'écoute du MRP  

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Les grands principes de ces tests de mobilité articulaire (recherche de restriction d’amplitude, de la qualité du mouvement, tests de densité, état d’équilibre) se retrouvent, avec l’examen plus subtil au moyen du MRP (local ou à distance). A la différence près que l’examen au MRP teste la motilité, le mouvement propre et autonome de chaque articulation et fascia, l’essence du mouvement, dont le bon déroulement conditionne la mobilité passive et active de ces organes.

Chaque ostéopathe développe sa propre approche diagnostique, basée sur son propre ressenti et sa propre expérience. Certains ostéopathes trouvent leur voie dans l’une ou l’autre de ces méthodes, d’autres combinent de façon efficace tests mécaniques et écoute du MRP.

Les principes des tests de la motilité au moyen du MRP ont déjà été traités dans le chapitre III de la première partie. Les tests décrits dans ce qui suit font partie d’une approche plutôt mécaniste de l'ostéopathie.

Les tests présentés ici ne prétendent pas être les seuls valables et réalisables. Ce sont surtout des tests de base, des exemples de ce qui peut être réalisé chez le cheval, développés à partir de l’expérience et la réflexion de divers praticiens en ostéopathie équine. Pour chaque articulation, il existe bien évidemment de nombreuses autres possibilités et techniques, tout aussi efficaces, élégantes ou pertinentes.

3. Examen de l'articulation temporo-mandibulaire (ATM)

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En utilisant le cheval, l'homme a changé ses habitudes : le cheval herbivore qui passait plus de la moitié de son temps à paître, est devenu un consommateur de concentrés ("fast-food du cheval" selon D. Giniaux, 2000) placés dans une mangeoire en hauteur. Ce nouvel usage est à l'origine d'un relâchement de la ceinture abdominale et donc d'un affaissement du dos. Il diminue aussi le temps de mastication et donc la qualité de l’usure des dents à croissance continue, avec des conséquences certaines sur la qualité de la digestion favorisant l’apparition de coliques.

De plus, le cheval utilisé en équitation a dû être habitué à porter le mors dans la bouche (en effet, pour le cheval, un objet dans la bouche équivaut à un signal "manger", qui, de prime abord, est incompatible avec le signal "faire de l’exercice"). L’utilisation de mors inadéquats, ou une mauvaise utilisation des mors peuvent être à l’origine de lésions buccales, de dysfonctions de l’appareil hyoïde et/ou de l’ATM avec répercussions sur les os crâniens, la charnière nucale, l’encolure, et l’axe crânio-sacré.

Une mauvaise dentition (liée à une mauvaise mastication ou un problème d'occlusion dentaire) perturbe le déroulement des mouvements masticatoires (latéraux et crânio-caudaux) avec comme conséquence une mauvaise circulation du bol alimentaire dans la bouche.

L'examen dentaire doit être systématiquement réalisé afin de mettre en évidence d'éventuels crochets, surdents, dents de loup… ou toute autre pathologie dentaire ou buccale.

Tests d'ouverture et de fermeture

La bouche du cheval est ouverte en poussant avec les deux pouces sur les deux barres maxillaires. Une restriction bilatérale ou unilatérale peut être observée.

Le même test peut être réalisé de façon unilatérale : un pouce poussant dorsalement sur une barre et l'autre poussant ventralement sur l'autre barre.

Une lésion caudale est signée par une résistance à l'ouverture du côté de la lésion. Une lésion crâniale est signée par une résistance à la fermeture du côté de la lésion.

Test du glissement rostro-caudal

Le maxillaire est fixé par une main, l'autre pousse la mandibule rostralement puis caudalement.

Test de latéralité

Une main fixe le chanfrein, l'autre exerce une poussée sur la mandibule, d'un côté, puis de l'autre.

Ces deux derniers tests permettent de mettre en évidence une résistance d'un ou des deux côtés. Les lésions peuvent être dentaires, au niveau de l'ATM, au niveau de l'os hyoïde, des lésions C0-C1 ou encore des spasmes musculaires. L'examen peut être poursuivi par un examen des os du crâne.

Une dysfonction de l’ATM est en général associée :

  • à une hypersensibilisation de l’articulation, mise en évidence par palpation associée à une légère pression digitée, ou du point en regard du plexus sensitivomoteur (jonction du rameau buccal dorsal (moteur) du nerf facial avec le nerf auriculo-temporal (sensitif) issu du trijumeau), situé un peu plus crânialement sous l’arcade zygomatique,
  • à des points de contracture, ou l’activation de trigger-points, concernant des muscles masséter, ptérygoïdiens médial ou latéral ou, plus rarement du muscle temporal du côté de la lésion. Souvent les muscles masticateurs du côté opposé sont beaucoup moins toniques, voire en état d’inhibition.

4. Examen de la colonne cervicale

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Une évaluation globale de la mobilité du balancier cervico-céphalique peut être réalisée avant (ou éventuellement après) les tests articulaires plus précis. Elle apporte souvent des informations précieuses permettant d’orienter l’examen vers une zone précise : une dysfonction de la charnière nucale, de la région cervicale moyenne (C3-C4, clé de voûte de l’encolure) ou de la région cervicale basse (charnière cervico-thoracique – diaphragme de l’entrée de la poitrine – parties crâniales du garrot). Idéalement, elle est réalisée par mobilisation active avec une friandise. On peut tester:

  • les mouvements de flexion-extension et de latéroflexion (C0-C1) ou de rotation (C1- C2) de la nuque,
  • les mouvements de flexion-extension ainsi que de latéroflexion associés à la rotation de la région cervicale moyenne (friandise à hauteur de l’épaule) ou de la charnière cervico-thoracique (friandise près du sol),
  • les mouvements associés d’abaissement d’encolure et d’extension de la nuque.
a) Occiput et atlas

L'occiput est considéré comme une vertèbre crânienne. Elle s'emboîte sur C1.

L’articulation occiput-atlas est une de celles qui ne suivent pas les lois de Fryette. En effet, lors de la flexion, le corps vertébral glisse et, du fait de la conformation des condyles occipitaux, qui roulent dorsalement sur les surfaces articulaires atloïdienne, les ailes de l’atlas se tournent dans le sens inverse de la latéroflexion.

FRS avec RS

Test de positionnement

Par palpation, l'ostéopathe cherche d'abord la position des ailes de l'atlas par rapport aux apophyses jugulaires de l'occiput et par rapport au bord caudal de l'extrémité dorsal de la branche montante de la mandibule.

Les lésions suivantes peuvent être suspectées :

  • occiput en flexion lors d'un rapprochement bilatéral de la mandibule ou des apophyses jugulaires,
  • occiput en extension lors d'un éloignement bilatéral de la mandibule ou des apophyses jugulaires,
  • occiput en flexion d'un côté et atlas en rotation hétérolatéral lors d'un rapprochement unilatéral de la mandibule ou de l'apophyse jugulaire,
  • occiput en extension d'un côté et atlas en rotation homolatéral lors d'un éloignement unilatéral de la mandibule ou de l'apophyse jugulaire.
Test de flexion-extension

Une main à plat sur le chanfrein et effectue une poussée douce dans le sens de la flexion atlanto-occipitale, tandis que l'autre main évalue la mobilité de l'occiput pendant la flexion. L'extension est évaluée par un mouvement de petite amplitude dans le sens inverse. Dans les deux cas, le mouvement doit se réaliser dans le plan sagittal. Si au cours du test la tête dévie vers la droite ou la gauche, c’est le signe d’une lésion associée en latéroflexion.

Un blocage en flexion est typique chez les chevaux qui s’encapuchonnent, tandis que les chevaux bloqués en extension ont tendance à pointer le bout du nez.

Description : figure050

Test en latéroflexion

Au maximum d’amplitude en latéroflexion, se rajoute une petite de rotation de la tête par rapport à l’atlas due à la butée et au glissement des surfaces articulaires. La rotation de C0 est hétérolatérale de l'occiput et homolatérale de C1 et C2.

La mobilité en latéroflexion pure est testée au moyen de mouvements de faible amplitude. Une main posée sur le chanfrein imprime doucement un mouvement à la tête en direction latérale., La main opposée, fixe l’atlas, et évalue la convergence de l'aile de l'atlas et de l'apophyse jugulaire du côté de la latéroflexion. Une divergence entre les deux doit être ressentie du côté opposé.

Description : figure051.jpg

b) Atlas et axis

L’articulation atlanto-axiale est celle qui permet la rotation de la tête par rapport au cou. L’ensemble tête-atlas tourne autour de l’axe de la dent de l’axis. Ce mouvement de rotation est accentué par l’aspect convexe des surfaces articulaires situées de part et d’autre du canal vertébral qui se repoussent.

La deuxième vertèbre cervicale, l’axis, ne dispose, du fait de l’engagement de l’apophyse odontoïde, que d’une latéroflexion limitée : seuls les mouvements de rotation, et, dans une moindre mesure, la flexion et l’extension sont possibles ; c’est même son principal rôle dans la mobilité de la colonne cervicale. De plus, le contact articulaire C1-C2 se fait sur deux sites :

  • deux apophyses articulaires latérales de l’atlas entrant en contact avec la face crâniale de l’axis,
  • une articulation ventrale dent de l’axis-arc dorsal de l’atlas, complétée par le ligament transverse de l’atlas.

Description : figure052

Les mouvements de flexion et extension et de latéroflexion sont minimes. Leur exagération, surtout en flexion, peut être le signe d’une instabilité (congénitale ou traumatique) avec risques de lésion de la moelle par la saillie de la dent de l’axis dans le canal vertébral.

Par palpation, le thérapeute évalue d'abord la distance entre le bord caudal de l'aile de l'atlas et le bord crânial de l'axis, la symétrie de la position des ailes de l’atlas.

Test de rotation

Une main posée sur l’axis, l'ostéopathe imprime avec l’autre main posée sur le chanfrein un mouvement de rotation à l’ensemble tête-atlas. Cette manœuvre peut se faire aussi bien en direction de l’opérateur (en amenant vers soi la tête) que du côté opposé (en poussant en la tête direction opposée). L’aile de l’atlas se déplace dans le sens conventionnel de la rotation (rotation vers la gauche, l’aile gauche de l’atlas se dirige dorsalement). Souvent une dysfonction en rotation de C1 sur C2 est liée à un point de contracture très douloureux (plus exactement un trigger point) situé sur le muscle oblique caudal.

La réalisation de mouvements non contrariés de latéroflexion et de rotation de la tête est indispensable pour une équitation dans les meilleures conditions. Lors de l’abord de l’obstacle à main droite ou à main gauche, un bon positionnement de la nuque lui permettra d’une part de mieux visualiser et analyser l’obstacle, et d’autre part, d’optimiser l’incurvation du rachis de l’ensemble du rachis. Dans les virages des courses de trot, il contribuera à assurer un meilleur équilibre au cheval qui doit lutter contre la force centrifuge (tronc penché et en latéroflexion du côté du virage, encolure et nuque en latéroflexion-rotation dans le sens opposé au virage).

Les dysfonctions de la nuque sont souvent associées à des contractures des muscles juxta-vertébraux propres de la tête, l’origine peut être :

  • locale (suite par exemple à une action "musclée" sur les rênes),
  • une conséquence de dysfonctions crâniennes (ATM, sphéno-occipitale) ou de perturbation de l’axe crânio-sacré (dysfonctions du bassin), surtout en ce qui concerne C0-C1,
  • des tensions myofasciales provenant du garrot ou du dos.
c) Autres vertèbres cervicales

La mobilité des autres vertèbres cervicales de C3 à C7 suit les lois de Fryette type 2 ERS et FRS avec S=R. Cependant, du fait de l’engagement important des facettes articulaires, et de leur taille, une micro-translation en sens opposé de la rotation a souvent lieu.

Le praticien étudie surtout le positionnement des processus transverses, la sensibilité des espaces intervertébraux, ainsi que les tensions des muscles para-vertébraux, et du fascia cervical.

Ensuite, l'ostéopathe teste la globalité de la mobilité en flexion et en extension, en emmenant passivement la tête du cheval, ou en utilisant un aliment appétant une main posée sur la vertèbre à tester (c’est une information proprioceptive). Des tests de latéroflexion et rotation sont effectués de la même manière.

Les dernières vertèbres cervicales C6 et C7 sont cachées par la scapula. Il est possible d’apprécier leur mobilité latérale et rotatoire en passant une main à la face médiale de la scapula, le plus loin possible. Ceci ne doit pas se faire brutalement mais en engageant lentement le bout des doigts pour obtenir progressivement le relâchement des fascias de la région cervico-thoracique. Par la même occasion, l’ostéopathe apprécie la tension et la densité tissulaire de ces fascias. Une impossibilité d’engager correctement la main dans cet espace à cause, d’une douleur, ou de perte d’élasticité avec augmentation de densité est certainement le signe d’une dysfonction dans cette zone importante du diaphragme de l’entrée de la poitrine. Une fois la main engagée, sa face dorsale se trouve au contact des processus transverses de C6 et de C7 (reconnaissables, en particulier celui de C7 qui est uni-cuspide) et peut alors évaluer leur mobilité.

Description : figure053

Description : figure054

Souvent les lésions des vertèbres cervicales sont la compensation d’un blocage plus en arrière.

Il est également important de rappeler que :

  • les dernières vertèbres cervicales interviennent dans la charnière cervico-thoracique (C5 à Th2), la plus mobile du rachis du cheval,
  • cette charnière cervico-thoracique est la zone d’émergence du nerf phrénique (C6) et des racines du plexus brachial et que les leurs dysfonctions se répercutent toujours sur la mécanique du membre thoracique,
  • cette zone contribue à la constitution du diaphragme de l’entrée de la poitrine, zone clé en ostéopathie équine.

5. Examen de la colonne thoracique

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Les deux premières vertèbres thoraciques ne sont pas accessibles à l’examen palpatoire direct. Les surfaces articulaires de Th1 (tête et processus articulaire) sont comparables à celles des vertèbres cervicales. Entre Th1 et Th2, l’aspect des facettes des processus articulaires se modifie : elles sont toujours assez concaves mais à grand axe transversal. De cette façon, l’articulation des processus articulaires de Th1-Th2 ressemble à une articulation en selle. De plus, les premières côtes sont très puissantes et leur tête articulaire est presque sphéroïde. Ainsi, Th1 peut présenter des mouvements assez amples aussi bien en flexion-extension en latéroflexion ou en rotation.

A partir de Th3 et jusqu’à Th12-Th13, les processus articulaires s’effacent et les facettes articulaires deviennent petites et situées à la base des processus épineux. Elles sont orientées dorso-ventralement et légèrement médio-latéralement.

Le sommet du garrot, point le plus élevé de la colonne vertébrale, correspond en général au sommet du processus épineux de Th4 ou Th5. Leur corps vertébral correspond également au point le plus bas de la colonne vertébrale, et marque le lieu de passage de la courbure cervicale basse (à concavité dorsale) à la courbure thoraco-lombaire à concavité ventrale. Les mouvements latéraux et rotatoires sont limités aussi bien par les articulations costo-vertébrales que par la situation entre les deux omoplates. C’est un centre de réception et de transmission des efforts situé au carrefour du balancier cervico-céphalique, des membres thoraciques et de l’arrière-main.

La vertèbre Th8 à la base du garrot correspond en général au "locking point", point de butée crânial de la selle.

Th9 est une zone importante pour plusieurs raisons :

  • C’est une zone de modification de la mobilité du thorax : passage des côtes sternales aux côtes asternales, beaucoup plus mobiles et élastiques. C’est entre Th9 et Th14 que les mouvements naturels de latéroflexion et de rotation du pont vertébral présentent la plus grande amplitude.
  • Elle se situe à l’aplomb du centre de gravité du cheval et sur la ligne moyenne de projection du poids du corps du cavalier.

A partir de Th14, les processus articulaires se redressent portant des facettes articulaires de plus en plus verticales. On passe progressivement à l’aspect typique rencontré au niveau des vertèbres lombaires.

Th15 (parfois Th14 ou Th16) est la vertèbre anticlinale à partir de laquelle s’amorce l’inversion d’orientation des processus épineux. Dans la zone centrée autour de cette vertèbre (de Th14 à L2) les espaces inter-épineux sont naturellement plus étroits et les mouvements d’extension sont naturellement les plus limités du rachis du cheval. Les lignes joignant les diagonaux se rejoignent et coupent l’axe vertébral à ce niveau.

On s’attachera à étudier les points suivants : (Richard, 1980)

  • l’aspect général de la colonne thoracique et direction de sa rotation,
  • l’alignement des processus épineux (recherche d’une rotation vertébrale isolée),
  • le rapprochement ou l’écartement anormal des espaces intercostaux,
  • la recherche de zones décolorées, de sudation localisée marquant des zones de compression ou de traumatismes de la selle, de zones indurées, de contractures localisées para-vertébrale ou de triggers points : marquant une douleur référée, par palpation superficielle d’abord, puis par palpation plus profonde. Cette palpation digitée pourra se faire plus précisément sur les points situés le long des branches interne et externe du méridien de la vessie.
  • investiguer l’état de tension, d’élasticité ou de modification de densité du ligament supra-épineux.
  • vérifier l’existence éventuelle d’une lésion primaire ou secondaire, d’une lésion costo-vertébrale ou d’une lésion costale pure.

En pratique, on palpe les tissus mous, on exerce des pressions sur les processus épineux ou une pression latérale contrariée. On observe ensuite le cheval : il vousse ou cambre le dos.

Test de flexion

La stimulation (avec les doigts ou avec un objet mousse) de la ligne du dessous permet d’obtenir une flexion réflexe du pont vertébral.

Ce test réalisé sur le processus xiphoïde explore plus spécifiquement la montée du garrot. L’autre main placée sur le sommet du garrot permet d’apprécier l’ouverture de l’espace entre les processus épineux d’une part, et la présence éventuelle d’une déviation à droite ou à gauche signant une lésion associée en latéroflexion et rotation.

Pour une exploration du segment thoracique caudal et plus particulièrement de la charnière thoraco-lombaire, on stimulera la ligne du dessous en arrière du processus xiphoïde.

Il peut aussi utiliser une main pour pousser sous le thorax et l'autre pour évaluer la mobilité des vertèbres thoraciques de façon indépendante.

Description : figure055

Test d'extension

Une pression avec la main ou les doigts en pince de part et d’autre des processus épineux permet d’obtenir une réponse réflexe d’extension vertébrale. L’ostéopathe commencera de préférence par Th18 pour remonter jusqu’au garrot.

Description : figure056

Test de latéroflexion global

Un test global peut d'abord être réalisé. L'ostéopathe place une main sur le garrot et pousse avec l'autre sur la pointe de la hanche : une latéroflexion est ainsi obtenue. Les processus transverses doivent monter du côté opposé à la latéroflexion, les processus épineux doivent être déviés du côté de la latéroflexion et la colonne thoracique doit être en extension.

Description : figure057

Lors de suspicion d'une dysfonction, des tests plus spécifiques peuvent être réalisés.

La colonne thoracique est associée en ostéopathie à la ceinture scapulaire. Tous les mouvements de cette dernière provoquent la mobilisation des vertèbres cervicales et thoraciques et des côtes. Des dysfonctions peuvent aussi être détectées au niveau du thorax et des côtes.

6. Examen de la colonne lombaire

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Le segment lombaire du cheval se caractérise par sa grande rigidité (nécessaire à la transmission des efforts provenant de l’arrière-train) conférée par la morphologie des processus articulaires, la présence d’articulations inter-transversaires (L5-L6 et L6-S1), et la longueur de ses processus transversaux. Cette rigidité est compensée par la grande mobilité de la charnière lombo-sacrale en flexion et extension.

La mobilité naturelle en latéroflexion et rotation est très réduite. Ces mouvements ne peuvent se produire que s’il existe un désengagement des facettes articulaires c'est-à-dire surtout au cours de la flexion vertébrale. Ces mouvements mineurs sont beaucoup plus limités en extension.

Les lésions en flexion ou en extension simple (mouvements majeurs) sont très rares sauf en ce qui concerne la charnière lombo-sacrale. Il est donc indispensable d'investiguer les mouvements mineurs, latéroflexion et rotation pour déceler les blocages.

A partir de L5 se détachent les racines du plexus lombo-sacral.

Il faut rechercher les points suivants : (Richard, 1980)

  • l’alignement des processus épineux (recherche d’une rotation vertébrale isolée),
  • la profondeur de chaque processus transverse (recherche d’une rotation vertébrale isolée),
  • reconnaître le côté de la rotation vertébrale,
  • l’aspect général de la colonne lombaire et direction de sa rotation,
  • la recherche des contractures et autres points de tension para-vertébraux,
  • investiguer le sens et l’état de tension des ligaments sur-épineux, ilio-lombaire, des muscles carrés des lombes et psoas,
  • vérifier l’existence éventuelle d’une lésion primaire ou secondaire.
Test global de flexion

Comme pour la colonne thoracique, le thérapeute peut obtenir une flexion lombaire en plaçant ses mains sous l'abdomen et exerçant une pression en direction dorsale, ou en stimulant la ligne du dessous avec les doigts ou un objet mousse.

Un test plus spécifique de flexion du segment lombaire et surtout de la charnière lombo-sacrale consiste à stimuler les muscles fessiers symétriquement et simultanément avec les doigts, ou une pointe mousse, en se plaçant derrière le cheval.

Description : figure058

Test d'extension

L'ostéopathe réalise un pincement à cheval sur les processus épineux ou exerce une pression en direction ventrale pour provoquer l'extension de la colonne lombaire, en commençant de préférence par L6. L'extension observée est à la fois lombaire et dorsale.

Le pincement en regard de l’espace entre L6 et S1, permet de tester plus spécifiquement la mobilité de la charnière lombo-sacrale.

Test de latéroflexion global

L'ostéopathe place une main sur le garrot et pousse avec l'autre sur la pointe de la hanche : une latéroflexion est ainsi obtenue. Les processus transverses doivent monter du côté opposé à la latéroflexion, les processus épineux doivent être déviés du côté de la latéroflexion et la colonne thoracique doit être en extension.

Comme lors de l'examen de la colonne thoracique, quand une dysfonction est suspectée, des tests plus spécifiques peuvent être réalisés, en testant la mobilité de chaque vertèbre.

7. Examen du sacrum et du bassin

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a) Axes du sacrum et du bassin

Le sacrum résulte de la fusion des 5 vertèbres sacrées. Il s'articule avec les iliums (articulations sacro-iliaques), avec la sixième lombaire par l'intermédiaire d'un disque fibro-cartilagineux épais, et avec la première vertèbre caudale.

Les axes de mouvements du sacrum permettent de comprendre la localisation des lésions ostéopathiques.

Description : figure059

Axe transverse (dorsal) de Sutherland (ATS)

Il se situe entre les processus articulaires de S1 et S2. C'est l'axe de flexion-extension en relation avec les mouvements de flexion et d'extension de la symphyse sphéno-basilaire, décrits plus précisément dans notre chapitre consacré à l'ostéopathie crânio-sacrée. Cet axe n'intervient pas dans la biomécanique propre de la marche, mais dans le Mécanisme Respiratoire Primaire.

Axe Transverse Moyen (ATM)

Il passe par le point pivot des surfaces articulaires du sacrum. Cet axe est celui de la rotation du sacrum par rapport aux os coxaux . Deux définitions s'imposent à ce niveau.

La nutation est le mouvement décrit quand la face dorsale du sacrum se dirige dorsalement (s’éloigne du plancher pelvien). La contre-nutation se produit quand sa face ventrale se dirige ventralement (il se rapproche du plancher pelvien).

Deux dysfonctions ostéopathiques sacro-iliaques peuvent donc être observées : le sacrum ventral bilatéral (en contre-nutation) et le sacrum dorsal bilatéral (en nutation).

Axe Transverse Dorsal (ATD)

C'est l'axe de rotation des ailes de l'ilium par rapport au sacrum. Il passe par les pôles caudaux des surfaces articulaires du sacrum.

A ce niveau, les dysfonctions observées sont ilio-sacrées : l'ilium est bloqué sur le sacrum. Deux types de lésions sont constatés :

  • la lésion "iliaque ventral" : l’ilium est en rotation en direction ventrale autour de l’ATD. La tubérosité sacrale et plus crâniale et ventrale, le tuber coxae plus caudal et ventral et la tubérosité ischiatique est plus dorsale.
  • la lésion "iliaque dorsal" : l’ilium est en rotation en direction dorsale autour de l’ATD. La tuber sacral est plus dorsal et caudal, le tuber coxae plus crânial et dorsal et l’ischium plus ventral.
Axe Oblique

Il passe par le pôle caudal et crânial de chaque surface articulaire du sacrum.

Les lésions sont aussi ilio-sacrées :

  • lésion iliaque in-flair (les ailes iliaques restent fermées, les tuber sacral sont en position dorsale et ne s'ouvrent pas),
  • lésion iliaque out-flair (les ailes iliaques restent ouvertes, les tuber sacral sont en position ventrale et ne se ferment pas).
Axes Transverses Obliques gauche et droit (ATO)

Les mouvements autour de ces axes sont des mouvements de torsion ventrale ou torsion dorsale du sacrum. Ce mouvement peut être décomposé en une rotation gauche ou droite associé à une inclinaison latérale gauche ou droite.

Les mouvements de torsion sont organisés autour des ATO. Pour l'axe gauche, la torsion est ventrale gauche-gauche ou dorsale gauche-droite. Pour l'axe droit, la torsion est ventrale droite-droite ou dorsale droite-gauche.

b) Tests des lésions ilio-sacrées

Les lésions ilio-sacrées correspondent aux lésions de l'iliaque par rapport au sacrum, lésions que nous avons décrites précédemment.

L'examen statique et dynamique a déjà été réalisé dans les étapes préalables. Elles ont permis de mettre en évidence la position du bassin, les mouvements des iliums, du sacrum, l'engagement des membres postérieurs. La palpation a révélé d'éventuelles zones de tensions, d'amyotrophie…

Après cette inspection minutieuse, l'ostéopathe a déjà une idée bien précise de la lésion. Les tests suivants lui servent à confirmer sa supposition visuelle, palpatoire et ressentie.

Test de l'ilium ventral ou dorsal

Une première technique possible consiste à saisir le postérieur par le sabot et à palper en même temps les épines iliaques. Le postérieur fléchi est un peu écarté, puis un léger mouvement de translation vertical est réalisé. La main posée sur l'iliaque évalue le mouvement dorsal lors de l'élévation du membre, et le mouvement ventral lors de la descente.

La mobilité de l'ilium peut aussi être évaluée :

  • lors de la pro-traction (rotation dorsale de l’ilium) et de la rétraction (rotation ventrale de l’ilium) du membre pelvien,
  • par mobilisation de l'os coxal, membre à l’appui : une main sur l’angle de la hanche, l’autre sur la tubérosité ischiatique, on réalise un couple de force pour tester la rotation en direction dorsale, ou en direction ventrale de l’ilium.

Description : figure060

Test de l'ilium en in-flair et en out-flair

La même technique que précédemment est reprise. Dans ce test, le membre postérieur est amené en abduction pour tester l'in-flair et en adduction pour tester l'out-flair. L’autre main posée à plat entre le tuber sacrale et le sacrum évalue la qualité de l’écartement et de rapprochement des épines iliaques.

c) Tests des lésions sacro-iliaques

Les lésions sacro-iliaques correspondent aux lésions du sacrum par rapport aux iliums.

Comme pour les lésions ilio-sacrées, l'observation préalable revêt une importance majeure. De plus, un port de queue anormal peut renseigner sur le type de lésion :

  • une queue relevée signe un sacrum ventral, (en extension en en nutation),
  • une queue serrée entre les fesses signe un sacrum dorsal, (en flexion ou en contre nutation),
  • une queue déviée à droite signe une torsion de sacrum à droite,
  • une queue déviée à gauche signe une torsion du sacrum à gauche.
Test vers ventral par rapport à l'axe transversal

La queue est saisie puis délicatement dirigée dorso-crânialement. L'autre main évalue le mouvement ventral du sacrum. Si le sacrum ne s'enfonce pas ventralement, une lésion sacrum dorsal bilatérale est présente. Si c'est la base droite ou gauche qui ne s'enfonce pas, une lésion de torsion est présente. D'autres tests doivent être réalisés.

Description : figure061

Test vers ventral par rapport aux axes obliques droit et gauche

De la même manière que précédemment, la queue est soulevée. Un mouvement vers la gauche est inclus pour tester l'hémi-base droite et un mouvement vers la droite permet de tester l'hémi-base gauche.

Test vers dorsal par rapport à l'axe transversal

La queue est saisie caudalement puis une légère traction est exercée ventro-caudalement. L'autre main évalue le mouvement dorsal du sacrum. Si le sacrum ne s'élève pas dorsalement, une lésion sacrum ventral bilatérale est présente. Si c'est la base droite ou gauche qui ne s'élève pas, une lésion de torsion est présente. D'autres tests doivent être réalisés.

Description : figure062

Test vers dorsal par rapport aux axes obliques droit et gauche

De la même manière que précédemment, une traction est exercée sur la queue. Un mouvement vers la gauche est inclus pour tester l'hémi-base droite et un mouvement vers la droite permet de tester l'hémi-base gauche.

L’examen du bassin n’est pas toujours très aisé chez le cheval. On peut dans ce cas avoir recours à l’écoute manuelle du MRP. Elle peut être éventuellement associée à ces tests "structurels" pour mieux l’affiner et mieux préciser spatialement les dysfonctions.

8. Examen du membre thoracique

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a) Principe général de l'examen des membres

La spécialisation des quadrupèdes dans le mouvement sagittal fait que les mouvements de plus grande amplitude sont toujours la flexion et l'extension. Mais chaque articulation présente toujours une mobilité dans les autres plans de l’espace (adduction-abduction, rotations, glissements, associations de ces mouvements), plus ou moins importants selon l’articulation étudiée. Ces mouvements qualifiés de "mineurs" intéressent tout particulièrement l’ostéopathe car leur intégrité conditionne la bonne réalisation des mouvements "majeurs".

Il est important de souligner ici que chez le cheval les seules articulations des membres dotées de mouvements actifs en rotation, abduction et adduction, sont les articulations scapulohumérale pour le membre thoracique et les articulations de la hanche et du grasset pour le membre pelvien. Dans toutes les autres articulations les mouvements de latéro-motion et rotatoires sont purement passifs. Ceci implique que lors d’appuis dissymétriques les informations proprioceptives ne peuvent pas être "gérées " localement (comme chez le chien par les muscles prono-supinateurs, les muscles interosseux et les petits muscles propres des doigts) mais les réajustements correcteurs ne pourront se faire que par les articulations proximales : épaule, hanche, grasset, et le rachis… On comprend très bien dès lors que toute dysfonction de ces articulations ou tout déficit fonctionnel concernant les chaînes musculaires proximales pourraient avoir des répercussions graves sur les structures distales, favorisant chutes, entorses, tendinites…

Lors de réalisation des tests articulaires nécessitant de lever un membre. Il est conseillé :

  • avant de commencer les mobilisations, lorsque le membre est donné par le cheval, laisser le temps au cheval de repositionner son corps et retrouver un équilibre correct des tensions de ses chaines myofasciales.
  • d’éviter autant que possible de réaliser des mouvements allant contre la "biomécanique naturelle" du cheval, par exemple, ne pas réaliser une extension du jarret sur un grasset en flexion maximale, ne pas réaliser non plus de mouvements qui ne sont pas dans le schéma moteur de la locomotion naturelle du cheval, comme une flexion de l’épaule associée à un extension du coude,
  • d’être très attentif à l’orientation et au sens du mouvement du membre au moment même où le cheval le lève, plus particulièrement pour les postérieurs. Selon le Dr D. Giniaux, à cet instant précis, le cheval montre le sens dans lequel il "aimerait" que le thérapeute l’emmène apportant parfois des indices précieux sur le lieu et le sens de la dysfonction.
b) Jonction scapulo-thoracique

L'épaule est constituée de deux jointures indissociables du point de vue fonctionnel : l'articulation scapulo-humérale d'une part et scapulo-thoracique d'autre part. Cette dernière n'est pas une articulation véritable, puisqu'elle met en jeu une combinaison complexe de muscles et d'aponévroses.

Chez le cheval, la scapula est reliée au rachis (fascia thoraco-lombaire et ligament supra-épineux) par une forte lame aponévrotique formant le ligament scapulaire dorsal. La surface de glissement est représentée par le fascia axillaire qui glisse sur le fascia thoracique externe. Elle peut décrire des mouvements de flexion et d’extension, d’abduction et adduction (très limités pour ces derniers), de rotation externe et interne, de glissement proximal ou distal.

Test de flexion-extension

Le membre est saisi au niveau du boulet. La flexion scapulo-thoracique, est testée en emmenant progressivement le membre en direction caudale et ventrale , en rétraction.

L’extension scapula thoracique est évaluée en exerçant une traction progressive portant le membre crânialement et dorsalement, c'est-à-dire en pro-traction.

Test d'abduction-adduction, de rotation et de glissement proximo-distal

Le membre est saisi par le boulet et maintenu en flexion globale. Le test d'abduction consiste à réaliser un mouvement mineur latéralement. La partie distale de la scapula subit ce mouvement. Le test en adduction consiste à pousser la partie distale de la scapula médialement, contre la cage thoracique.

Dans la même position, on peut également tester la rotation interne-externe, ainsi que les mouvements de glissement proximo-distal et disto-proximal. Pendant tous ces tests, une main de l’ostéopathe est posée en région proximale à cheval sur l’épine scapulaire doigts dirigés dorsalement et évalue la qualité du mouvement.

c) Articulation scapulo-humérale

Cette articulation sphéroïde permet théoriquement des mouvements d’assez grande amplitude dans tous les plans de l’espace. Toutefois, en raison de la position de l’ensemble de l’épaule, plaquée contre le thorax, les mouvements latéraux se trouvent plus limités. La morphologie des surfaces articulaires (tête humérale plus grande que la cavité glénoïde, pas de bourrelet glénoïdal) et les moyens d’union passifs assez lâches (capsule articulaire sans véritables renforcements ligamentaires) font que l’essentiel de la stabilité de cette articulation est une stabilité musculaire active.

Test global de flexion-extension

Le thérapeute prend le boulet et fixe le carpe de l'autre main. Des mouvements de flexion et extension sont réalisés au niveau de l'humérus en maintenant le segment immobilisé.

Test global d'abduction-adduction

L'ostéopathe fixe l'olécrane d'une part, et la première phalange d'autre part. La carpe et le radius sont aussi fixés. L'olécrane est mobilisé latéralement et sa mobilité en abduction est évaluée. Quand l'olécrane est mobilisé médialement, c'est l'adduction qui est évaluée.

Si une restriction a été observée lors de ces tests généraux, des tests plus spécifiques sont réalisées ensuite, afin de préciser encore la localisation de la dysfonction.

Test spécifique de la flexion/extension

Une main est en contact avec l'épaule et en particulier, la tubérosité deltoïdienne et le tubercule sus-glénoïdal, l'autre main est sur l'olécrane et pousse en direction crâniale (extension) puis en direction caudale (flexion). Ce test permet également d’évaluer la qualité du glissement du tendon proximal du biceps dans sa coulisse.

Test spécifique de l'adduction-abduction - rotation externe-interne

Adduction : Les mains sont toujours placées de la même façon et l'ostéopathe exerce une pression sur l'olécrane en direction médiale ce qui pousse latéralement la tubérosité deltoïdienne de l'humérus.

Abduction : Le mouvement inverse est effectué : l'olécrane est dirigé latéralement ce qui entraîne la tubérosité deltoïdienne médialement.

Dans la même position, on peut tester les mouvements de rotation externe et interne.

Ce test en abduction et rotation externe permet en particulier d’évaluer le bon fonctionnement du muscle subscapulaire (adducteur et rotateur interne) et du fascia axillaire qui le tapisse, qui sont inexplorables par palpation en raison de leur situation. Le tendon de ce muscle joue le rôle de ligament médial stabilisant le compartiment médial de l’articulation scapulo-thoracique. Les épaules bloquées en flexion, adduction et rotation interne sont souvent la conséquence d’une contracture réflexe de ce muscle à l’occasion d’une glissade ou d’une réception mal contrôlée en appui dissymétrique. Ceci peut être également à l’origine de formation d’adhérences entre le fascia axillaire et le fascia thoracique externe aggravant la restriction dans le mouvement de pro-traction.

Ce sont les articulations de l’épaule qui donnent à l’ensemble du membre la direction du mouvement : vers l’avant , vers l’arrière (lors du reculer), latéralement ou médialement (lors des déplacements latéraux).

Leur dysfonctions affectent l’amplitude de la foulée (souvent dysfonction en flexion avec phase antérieure de la foulée raccourcie).

La scapula et l’humérus forment le cadre osseux donnant attache aux muscles d’attache du membre formant plusieurs systèmes de haubans musculo-fasciaux. Dans la majorité de cas, les dysfonctions de l’épaule sont d’origine myofasciales.

d) Articulation du coude

L'articulation du coude, huméro-radio-ulnaire, est une charnière presque parfaite chez le cheval. L’ulna intervient uniquement pour compléter l’incisure trochléaire caudalement. A l’opposé de l’homme et du chien, les mouvements radio-ulnaires sont nuls par soudure des deux os.

Les mouvements majeurs (et les seuls actifs) du coude chez le cheval sont la flexion et l’extension. A l’extension, les puissants ligaments collatéraux verrouillent l’articulation.

En raison de la dissymétrie des lèvres de la trochlée (lèvre médiale plus étendue que la lèvre latérale), le mouvement de flexion s’accompagne d’une déviation latérale du rayon radial ("abduction"). A l’inverse, lors de l’extension, le rayon radial est ramené médialement ("adduction").

La flexion déverrouille le coude par relâchement partiel des ligaments collatéraux, ce qui permet de mettre en évidence des mouvements mineurs d’abduction/adduction et de tous petits glissements latéraux.

Test de flexion-extension

Le paturon et le carpe sont saisis et fixés. Le carpe est dirigé dorso-latéralement pour tester la flexion (accompagnée de l'abduction) puis caudo-médialement pour tester l'extension (et l'adduction).

Test d'abduction-adduction 

Le carpe est saisi d’une main, le boulet est posé sur la cuisse. L’autre main posée sur le coude évalue la mobilité du radius (olécrane et épicondyle latéral) quand le carpe est dirigé latéralement pour l'abduction et médialement pour l'adduction. 

e) Les articulations du carpe

Au cours de la locomotion du cheval, et dès le poser du pied, le carpe assure la rigidification et le maintien de l’axe avant-bras-carpe-métacarpe pratiquement rectiligne pendant toute la durée de la phase d’appui. Cette adaptation poussée à la locomotion onguligrade et à la course, est corrélée à un système de contention et de stabilisation très différents des carpes humains et canins qui sont, au contraire, très souples et mobiles. En effet, la capsule articulaire et les ligaments collatéraux sont particulièrement forts et englobent l’ensemble du carpe assurant son verrouillage dès le poser du pied. Ce dispositif est surtout complété par l’os pisiforme et ses ligaments propres, véritable clé de ce verrouillage.

Les fascias deviennent très épais, constituant respectivement les rétinacles des extenseurs dorsalement, et fermant le canal carpien côté palmaire. Dans celui-ci passent les tendons perforé et perforant glissant dans leurs gaines synoviales respectives, accompagnés de l’artère, veine et nerf médians. On comprend aisément que toute affection ou dysfonction du carpe pourra se répercuter sur la mobilité de toutes ces structures fasciales (formation d’adhérences) et donc sur toute la mécanique et la physiologie du pied d’une part, mais aussi de façon ascendante sur la biomécanique du coude et de l’épaule d’autre part.

Les mouvements majeurs (et seuls actifs) du carpe sont la flexion et l’extension. La plus grande amplitude a lieu au niveau de l’interligne anté-brachio-palmaire dont les surfaces articulaires sont très marquées. La flexion médio-palmaire est plus limitée, et carpo-métacarpienne quasi nulle.

Le centre de rotation carpien passe par le centre du condyle palmaire formé par le processus styloïde de l’ulna. Ainsi du point de vue biomécanique, on peut diviser le carpe du cheval en deux compartiments, l’un palmaire, qui est le compartiment du mouvement (verrouillé en extension, mobile en flexion), l’autre dorsal qui est celui de l’axe de transmission des efforts.

Du fait de l’asymétrie et de l’obliquité des surfaces articulaires radio-ulnaires distales La flexion du carpe est toujours associée à une déviation latérale du rayon métacarpien. Inversement, au cours de l’extension le rayon métacarpien est ramené en direction médiale.

Quand le carpe est en extension, il est complètement verrouillé par les ligaments collatéraux croisés dans l’espace, et aucun mouvement passif de latéralité ou rotatoire ne peut être mis en évidence.

Lorsque le carpe est fléchi, les ligaments collatéraux se relâchent et il est possible de mettre en évidence des mouvements passifs d’abduction et d’adduction, de rotation interne et externe, de glissements dorso-palmaires et latéro-médiaux des différents os constituant le massif carpien.

L’os pisiforme répond au processus styloïde de l’ulna et à l’os pyramidal par de petites facettes articulaires. Il est relié à tous les os du massif carpien par un ligament court et fort. Quand le carpe est en extension, tous les ligaments sont tendus, le pisiforme est parfaitement immobile (de plus, chez l’animal debout ce verrouillage est complété par la tension des muscles ulnaires latéral et médial qui s’insèrent respectivement sur les épicondyles latéral et médial de l’humérus et se terminent par de forts tendons sur le bord dorsal du pisiforme).

Quand on commence à fléchir le carpe, les ligaments se relâchent successivement avec l’angle de flexion : d’abord le ligament pisi-métacarpien, puis le ligament pisi-crochu, le ligament pisi-pyramidal et enfin pisi-ulnaire. Il présente alors une mobilité latéro-médiale et proximo-distale (flexion-extension).

L'os pisiforme constitue une des zones clés du membre thoracique : il protège les constituants du canal carpien, son glissement médial évitant une flexion trop importante du carpe. Il constitue également un centre régulateur des tensions myofasciales, en particulier en ce qui concerne les tendons des muscles fléchisseurs superficiel et profond du doigt.

Test global

Une main saisit le membre par le paturon, cette main va diriger les mouvements. L’autre main est posée à plat à la face dorsale du carpe, le pouce et les doigts 4 et 5 au contact des ligaments collatéraux de part et d’autre du carpe. On imprime alors un mouvement en direction dorsale (extension), en direction palmaire (flexion). On apprécie l’abduction du rayon métacarpien associée à la flexion et son adduction associée à l’extension.

Puis on teste les mouvements latéraux et rotatoires du carpe, à différents degrés de flexion de l’articulation.

La main posée sur le carpe évalue l’ouverture et la fermeture des interlignes articulaires, le glissement dorsal des os lors de la flexion, la qualité de la tension et du relâchement des fascias, tendons et membrane commune dorsale ainsi que des ligaments collatéraux du carpe.

Test spécifique de l'os pisiforme

Au cours du test précédent, il est également possible de tester la mobilité de l’os pisiforme. Cette fois, l’autre main prend contact avec le bord caudal du pisiforme entre le pouce et l’index et majeur. Lors de la flexion carpienne, le pisiforme se dirige proximalement et médialement. Lors de l’extension, il glisse distalement et latéralement.

Un autre test permet d’évaluer la mobilité propre du pisiforme. Le membre est saisi par le paturon et le carpe positionné en flexion à exactement 90°. L'autre main dirige l'os pisiforme par de petits mouvements proximo-distalement (flexion/extension) et latéro-médialement pour évaluer (abduction/adduction).

Description : figure063

f) Les articulations du doigt : métacarpo-phalangienne et inter-phalangiennes proximale et distale

Il est à noter que, depuis le milieu de l’avant-bras et jusqu’à l'extrémité du pied, il n’existe plus de corps musculaires charnus. Toutes les articulations de la main, depuis le carpe jusqu’au pied, sont maintenues par des structures purement fasciales (tendons, ligaments, fascias et structures associées). Les dysfonctions à ce niveau ne sont donc pas dues à des contractures ou spasmes musculaires locaux, mais à des tensions fasciales. Celles-ci seront soit dues à des lésions locales (affections dégénératives, entorses, tendinites avec fibrose rétraction et adhérences) soit provenant des régions proximales du membre (épaule).

Articulation métacarpo-phalangienne

Sa position à l’intersection de l’axe vertical anté-brachio-carpo-métacarpien d’une part et de l’axe digité (45-50° avec le sol) d’autre part, fait de l’articulation du boulet ou métacarpo-phalangienne, un centre de convergence des efforts, soumis à des contraintes particulièrement élevées, d’où la complexité et la puissance de ces moyens de contention : muscle interosseux III entièrement fibreux, capsule articulaire très épaisse, ligaments collatéraux métacarpo-phalangiens, ligaments sésamoïdiens collatéraux et distaux, ligament sésamoïdien palmaire. La contention palmaire est encore renforcée par le glissement des tendons des muscles fléchisseurs du doigt sur la coulisse formée par le ligament sésamoïdien palmaire et par la gaine annulaire très épaisse du fascia digital palmaire.

Le maximum de sollicitation des structures articulaires du boulet au cours de la locomotion est atteint dans le temps intermédiaire de la phase d’appui ou soutènement. C’est le moment où la descente du boulet avec horizontalisation du paturon est maximale et où l’appareil suspenseur du boulet est le plus sollicité.

Les mouvements majeurs du boulet sont la flexion (en direction palmaire) et l’extension (en direction dorsale). Les ligaments métacarpo-phalangiens collatéraux sont en deux faisceaux croisés et présentent, quel que soit l’angle d’ouverture ou de fermeture du boulet, toujours un contingent de fibres en tension. On peut mettre également en évidence de petits mouvements passifs d’adduction et d’abduction vite limités par la tension des ligaments.

Les os sésamoïdes proximaux possèdent également une mobilité propre. Ils sont unis très solidement par le ligament sésamoïdien palmaire (ou inter-sésamoïdien) et forment un bloc sésamoïdien indissociable. Lors de la flexion métacarpo-phalangienne, le bloc sésamoïdien glisse en direction proximale. Il limite l’amplitude en flexion. Il se dirige distalement lors de l’extension.

Le bloc sésamoïdien présente également des mouvements latéraux, limités par le relief intermédiaire qui divise le condyle articulaire métacarpien.

Les tests que nous allons décrire doivent être réalisés après avoir vérifié l'intégrité des structures tendineuses, et des métacarpiens rudimentaires, la palpation s'intègre dans un examen locomoteur systématique.

Tous les tests du doigt peuvent être réalisés à partir de la position suivante : le membre est levé et la face dorsale du canon vient reposer sur la cuisse du praticien à demi-agenouillé près du cheval. Ceci permet de réaliser l’examen palpatoire de tendons tout en jouant sur leur tension en mobilisant les phalanges ou le boulet, et de réaliser tous les tests articulaires du doigt.

Test de flexion-extension métacarpo-phalangienne

Le boulet est saisi d'une main, l'autre saisissant le sabot. Les trois phalanges sont immobilisées par une traction légère et le segment est amené en flexion proximalement et en extension distalement.

Le carpe étant fixé le bloc des trois phalanges est dirigé médialement pour tester l'adduction et latéralement pour tester l'abduction.

Test des grands sésamoïdes

Une main prend contact avec le bloc sésamoïdien à la face palmaire du boulet et évalue la qualité de son mouvement quand l’autre main imprime des mouvements de flexion et d’extension, puis de latéro-motion métacarpo-phalangiennes.

Test spécifique : le bloc sésamoïdien est saisi entre le pouce et l’index, et ses mouvements latéraux sont évalués sur une articulation métacarpo-phalangienne positionnée en légère flexion.

Les deux articulations inter-phalangiennes se meuvent naturellement toujours dans le même sens. Elles sont solidarisées par le ligament sésamoïdien collatéral de l’articulation inter-phalangienne distale (IPD) qui rejoint l’épicondyle de la première phalange( P1). Les ligaments de l’articulation inter-phalangienne proximale (IPP), moins mobile que l’IPD, sont particulièrement sollicités dans les efforts violents (réception de sauts) et les appuis dissymétriques, ce qui est souvent à l’origine d’ostéophytose P1-P2. Elle est soutenue du côté palmaire par le tendon perforant qui glisse sur un bourrelet fibro-carilagineux. L’articulation IPD, ou articulation du sabot, est la plus mobile des articulations du doigt surtout dans les mouvements latéraux et rotatoires, ce qui permet un poser à plat du sabot quelles que soient les irrégularités du terrain. L’os sésamoïde distal, ou os naviculaire, vient compléter la surface articulaire côté palmaire. Sa face palmaire constitue la 3ème coulisse pour le tendon perforant dont le glissement est favorisé par la bourse synoviale podotrochléaire. Il s’élargit pour former l’aponévrose palmaire avant de se terminer sur la 3ème phalange. Cette aponévrose est renforcée par le fascia digital et l’ensemble se trouve adhérent en relation avec l’appareil amortisseur du sabot (coussinet adipeux, cartilages ungulaires, plexus veineux du pied).

Test de la deuxième phalange par rapport à la première

Une main prend le sabot, l'autre le boulet, les deuxième et troisième phalanges sont bloquées par une légère traction, et le segment est testé successivement en flexion-extension, abduction-adduction puis rotation externe-interne.

Test de la troisième phalange par rapport à la deuxième

Rappelons que cette région est le siège de la pathologie podotrochléaire. En cas de doute sur l'intégrité de ces structures, un bilan radiographique est toujours recommandé.

Une main saisit le paturon et l'autre le sabot et évalue les mouvements de flexion et d’extension, de latéro-motion et rotatoires.

Un mouvement de glissement de P3 par rapport à P2 ("tiroir") dans le sens dorso-palmaire peut être également mis en évidence et testé sur cette articulation.

Les tests de mobilité des articulations du doigt du membre postérieur sont réalisés sur le même principe.

9. Examen du membre pelvien

Lire

a) Articulation de la hanche

L’articulation coxo-fémorale est une articulation sphéroïde permettant des mouvements assez amples dans tous les plans de l’espace. C’est donc elle qui donne l’orientation du mouvement du membre pelvien au cours de la locomotion. Rappelons toutefois, que chez le cheval, elle est dotée d’un ligament spécifique, le ligament accessoire de la tête fémorale qui a tendance à limiter l’amplitude de l’abduction.

Pas moins de 20 muscles interviennent dans la stabilité active et le mouvement de cette articulation. En particulier, les muscles pelviens profonds, forment comme une coiffe autour de la hanche. Comme tous les muscles juxta-articulaires, ils sont riches en proprio-récepteurs et assurent le réajustement permanent de la position de la tête du fémur au cours de la locomotion. Ils sont assurément les plus impliqués dans les dysfonctions de la hanche ("hanche bloquée").

De nombreuses techniques de test existent pour évaluer la mobilité de l'articulation coxo-fémorale. Nous présenterons les plus classiques. D'autres méthodes s'avèrent utiles en fonction de la taille, du caractère ou des lésions du cheval. Chaque ostéopathe choisit la technique qu'il maîtrise et qui lui paraît la plus appropriée.

Rappelons que le point de Giniaux, situé en arrière du trochanter est très fiable.

Test de flexion-extension

Le pied est saisi en pince et le membre postérieur est fléchi dans son ensemble. L'ostéopathe exerce ensuite un mouvement de flexion et d'extension montant et en descendant le grasset. La main placée sur le grand trochanter permet d'évaluer la mobilité.

Test d'abduction-adduction

Dans la même position que précédemment, un mouvement latéral (puis médial) est donné au niveau du grasset pour tester l'abduction (puis l'adduction).

D'autres tests peuvent combiner les mouvements de flexion, abduction et rotation externe, ainsi que les mouvements d'extension d'adduction et de rotation interne.

b) Articulation du grasset

Située au milieu de la chaîne articulaire du membre pelvien, le grasset est le centre de convergence des efforts du membre pelvien. Son rôle est d’assurer la stabilité du membre au cours de la locomotion. Sa stabilité passive est assurée par un appareil capsulo-ligamentaire complexe (au moins 14 muscles ou chefs musculaires).

Le grasset est un complexe articulaire où l’on peut décrire 3 systèmes fonctionnels :  

  • l'articulation tibio-fémorale latérale supra et infra-méniscale,
  • l'articulation tibio-fémorale médiale supra et infra- méniscale,
  • l'articulation fémoro-patellaire.

Les mouvements majeurs de l’articulation fémoro-tibiale sont la flexion et l’extension. En raison de la dissymétrie de conformation et d’étendue des surfaces articulaires fémorales et tibiales, la flexion passive du grasset s’accompagne d’une rotation interne automatique du tibia. A l’inverse, une rotation externe est associée à l’extension.

Lors de la flexion, les ménisques glissent en direction caudale, et suivent le tibia dans sa rotation interne (surtout le ménisque médial qui est fortement adhérent à la capsule articulaire et au ligament collatéral médial). Lors de l’extension, les ménisques décrivent le mouvement inverse : glissement crânial et rotation externe.

L’articulation fémoro-tibiale présente également des mouvements de rotation axiale du tibia et de très faibles mouvements d’abduction et d’adduction.

Les ligaments collatéraux contrôlent les mouvements latéraux, et limitent la rotation externe exagérée du tibia.

Les ligaments croisés contrôlent la rotation interne du tibia par rapport au fémur. Le ligament croisé crânial s’oppose au glissement caudo-crânial du tibia. Au cours de la locomotion, cette tendance au glissement crânial du tibia est le fait de la composante horizontale de la force de contraction du quadriceps. Le ligament croisé caudal s’oppose au glissement crânio-caudal du tibia.

Ligaments du genou et ligaments d’attache des ménisques sont riches en proprio- récepteurs informant le cortex cérébral de l’état d’étirement des ligaments et de la position spatiale des surfaces articulaires et des ménisques.

L’articulation fémoro-patellaire du cheval se caractérise par des surfaces articulaires très dissymétriques (plus développées médialement) le fort développement des cartilages patellaires (surtout le médial) et la présence de 3 ligaments patellaires. Ceci donne la possibilité de bloquer la patella à l’extrémité proximale de la trochlée fémorale et de maintenir l’ouverture du grasset au repos avec un minimum d’effort musculaire. Ce système d’économie d’énergie est complété par l’appareil réciproque qui solidarise passivement les mouvements du jarret à ceux du grasset. Pour "décrocher" sa rotule, le cheval contracte ses muscles vaste latéral et biceps fémoral la tirant proximalement et latéralement comme pour débloquer le frein à main d’une voiture.

La patella monte en direction proximale le long de la trochlée fémorale lors de l’extension du genou, et glisse distalement lors de la flexion. Elle présente également des mouvements latéraux, contrôlés passivement par les ligaments fémoro-patellaires latéral et médial, et de façon active par plusieurs muscles antagonistes.

L’articulation tibio-fibulaire n’est pas à négliger en ostéopathie : l’extrémité proximale de la fibula donne insertion au ligament collatéral latéral du grasset. Elle est croisée par le nerf fibulaire (trigger point à cet endroit). Elle constitue également comme un arc-boutant déviant une partie des efforts de compression sur le plateau tibial. La tête fibulaire présente de petits glissements dans le sens crânial et caudal. Une lésion "fibula postérieure" n’est pas rare lors de dysfonctions du grasset.

La palpation préalable du grasset reste indispensable. Tout signe d'inflammation doit être recherché. 

Test de flexion-extension et de rotation externe et interne du genou

Le membre est saisi et fléchi dans son ensemble. Tous les segments osseux sont fixés sauf le tibia qui est amené en flexion-extension de façon à évaluer la rotation interne et l'adduction du plateau tibial lors de la flexion, et la rotation externe et l'abduction lors de l'extension.

Test des ménisques

Le membre est saisi et fléchi dans son ensemble. Le tibia subit une légère rotation interne de façon à faire saillir le ménisque interne. La mobilité du ménisque est évaluée. Une rotation externe permet de tester le ménisque externe, plus mobile. 

Test de la rotule

Une main placée sur la croupe induit un mouvement de balancement provoquant une flexion puis une extension du grasset. L'autre main placée sur la rotule évalue sa mobilité et éventuellement sa capacité à s'accrocher.

Lorsque la rotule s'accroche, la mobilité individuelle de la rotule peut être testée : l'ostéopathe la pousse alors dorsalement, ventralement, latéralement, puis médialement.

c) Articulation du jarret

L'articulation du jarret est l’articulation de la propulsion. Elle est assurément la plus spécialisée dans les mouvements de flexion et extension chez le cheval. Ces mouvements ont lieu presque exclusivement au niveau de l’articulation tibio-talienne. Cette physiologie très spécialisée dans la course est également assurée par :

  • le jeu des puissants ligaments collatéraux du tarse, lui conférant un mécanisme de ressort : en passant de l’extension à la flexion, les ligaments longs se relâchent progressivement, et les ligaments se tendent progressivement, jusqu'à un point où les ligaments longs se relâchent et le mouvement continue automatiquement.
  • l’appareil réciproque qui solidarise passivement les mouvements du jarret à ceux du grasset : lorsque le genou est en flexion, l'articulation tarsale se fléchit par traction sur la corde fémoro-métatarsienne. Quand le genou est en extension, la traction sur le tendon du muscle fléchisseur du doigt, très fibreux étend le jarret.

En raison de l’obliquité prononcée de la trochlée talienne (dans le sens latéro-médial) la flexion du tarse s’accompagne toujours d’une déviation latérale du rayon tarso-métatarsien. Le mouvement d’extension s’associe à une déviation médiale du canon.

Les mouvements mineurs du jarret, concernent les possibilités de glissements dorso-plantaires permis par les surfaces articulaires planes entre le talus et l’os naviculaire et entre ce dernier et l’os grand cunéiforme.

Tous les os constituants le carpe possèdent un espace de mobilité (même minime) propre qui doit être respecté pour le fonctionnement correct du jarret et prévenir le développement de l’arthrose.

Le compartiment médial du tarse correspond au compartiment du mouvement. Son os clé est le talus. Le compartiment latéral est celui de la réception et la transmission des efforts. Sa clé est l’os cuboïde qui forme comme un socle portant le calcanéum. Le cuboïde reçoit une des insertions de la corde fémoro-métatarsienne.

Lors de la flexion du jarret, le cuboïde réalise une rotation interne et permet la fermeture des interlignes articulaires proximales. Il ferme le canal perforant dans sa partie dorsale et l'ouvre plantairement. Lors de l'extension du jarret, le cuboïde se met en rotation externe. Les interlignes articulaires proximales sont alors ouvertes et le canal perforant est ouvert dorsalement et fermé plantairement.

Test de flexion-extension

Le membre est saisi par le paturon. Un mouvement de flexion et d'extension est effectué au niveau du jarret tandis qu'une main évalue la mobilité du jarret, et en particulier des interlignes articulaires.

Test spécifique du cuboïde

Le membre est saisi par le paturon. L'os cuboïde est fixé par le pouce et l'index de l'autre main. Le jarret est fléchi puis étendu. Le cuboïde doit se diriger en rotation interne lors de la flexion et en rotation externe lors de l'extension. 

Test d'abduction-adduction du calcanéum

Le membre postérieur est posé sur la cuisse de l'ostéopathe. Le membre est en légère adduction. Les différents éléments de l'articulation sont fixés, sauf le calcanéum qui est poussé latéralement pour tester l'abduction, puis médialement pour tester l'adduction.

Notons cependant que chaque rangée peut être bloquée indépendamment de l'autre, et chaque os peut aussi être en dysfonction.

Ainsi, de nombreux tests permettent d'évaluer la mobilité des différentes articulations des membres, ce sont le plus souvent les petits mouvements que permettent à l'ostéopathe de poser un diagnostic quant à la restriction observée.

En pratique, l'examen ostéopathique se déroule selon les étapes déterminées par le praticien. En général, l'examen débute par la palpation des ailes de l'atlas. La palpation est continuée le long de l'axe vertébral, jusqu'au sacrum à la recherche de points de tension ou de contractures signant un éventuel blocage. Selon la sensibilité du thérapeute, la recherche se fera de façon structurelle ou de façon plus énergétique, en utilisant le ressenti. 

II. Le traitement ostéopathique

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L'ostéopathie consiste à apprécier les pertes de mobilité liées aux troubles que présente l’individu, et à les résoudre manuellement. Dans ce chapitre, nous présentons les différentes familles de traitement, les manœuvres en elles-mêmes seront traitées dans la troisième partie.

Il existe de nombreuses techniques d’ostéopathie, chacune a ses indications et ses effets propres. Suivant les auteurs, la classification et les définitions peuvent différer. Nous avons choisi de présenter les termes le plus souvent employés par les praticiens.

Il existe des techniques structurelles, musculaires et fonctionnelles définies en fonction de la participation active ou passive du patient, du positionnement articulaire, du sens directionnel de la normalisation et des points de contact avec le praticien. (Sionnet-Durand, 2001).

A. Les différentes techniques

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Il est parfois difficile de s’y retrouver, tant chaque auteur utilise des termes variés, voire contradictoires, pour décrire les techniques ostéopathiques. Nous proposons une nomenclature des techniques, basée sur ce qui est admis par la plupart des praticiens (Evrard, 2002b ; Fosse, 2001 ; Boutin, 2005 ; Colombo, 2006b).

1. Les techniques manipulatives

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L'ensemble des manipulations dites "structurelles" regroupe les techniques mécanistes, c'est-à-dire basées sur une mobilisation :

  • calculée après détermination des paramètres dynamiques lésés,
  • imposée, à des degrés divers, au patient,
  • mettant en jeu, peu ou prou, une force musculaire ajoutée.

Deux grands types de manipulations sont décrits :

  • les techniques directes : l'articulation ou le segment de structure en dysfonction est amené contre la barrière motrice pathologique, et l'opérateur impose un mouvement qui inverse les paramètres. Ainsi, une vertèbre bloquée en flexion rotation à gauche (notée FRgSg) sera contrainte d'effectuer une extension rotation à droite (ErdSd).
  • les techniques indirectes : le segment en dysfonction est amené dans le sens opposé de la barrière motrice pathologique, et on accentue le mouvement dans le sens de la dysfonction. Ainsi, une vertèbre bloquée en FRgSg, ne pourra qu'aller en flexion et rotation à gauche, le contraire est difficile et douloureux : l'opérateur accentue la flexion et la rotation gauche.
a) Les techniques manipulatives directes

Le praticien amène le segment en dysfonction contre la barrière motrice pathologique, et inverse les paramètres tridimensionnels de blocage (F/E ; R ; S), et, soit :

  • induit un mouvement de haute vélocité et de faible amplitude; c’est le thrust. Il est capital de ne pas dépasser les limites physiologiques de l’articulation. Le thrust agit au niveau mécanique, en décoaptant les surfaces articulaires adhérentes par capillarité (d’où le crac), et par un réflexe sympathique, qui, lors de l’étirement bref des extrémités musculaires, stimule les récepteurs Golgi et Pacini, inhibe la contraction et lève le spasme.
  • maintient en tension l’articulation, contre la butée, en l’accentuant très légèrement, en douceur, et en restant à l’écoute des réactions de l’animal, lequel, en se dégageant, mobilise les muscles antagonistes, de façon brève et rapide, réalisant un véritable autothrust inverse : il s’agit d’une technique myo-tensive directe, plus particulièrement décrite comme l’inhibition réciproque de Sherrington.
  • maintient en tension l’articulation, contre la butée, et guette le relâchement progressif et graduel des tensions musculaires. Pas à pas il progresse contre la butée, relâchant sa mise en tension dès qu’il sent avoir gagné en amplitude, puis réimprimant une tension contre la nouvelle butée, et gagnant en amplitude à chaque fois. Dans cette technique plus que dans toute autre, le patient doit être coopératif et à l’aise : d’où l’importance de l’abord et de la prise de contact : c’est lui qui décide ! C’est également une technique myotensive directe, dite technique de Mitchell. Dans ce cas, l’étirement du FNM, suite à l’excitation des récepteurs tendineux, provoque un relâchement graduel du niveau de contraction musculaire.

Ces deux dernières techniques sont parfois appelées "muscle energy". 

b) Techniques manipulatives indirectes

L’opérateur amène le segment en dysfonction dans le sens de la plus grande mobilité indolore, et, soit :

  • maintient dans cette position jusqu’à relâchement complet des tensions, et sensation de bien-être de l’animal. Cette technique est applicable aussi bien au squelette qu’aux viscères, vésicule biliaire, par exemple. On parle de technique fonctionnelle.
  • réalise en fin de mouvement une poussée de type thrust, afin de mettre en tension réciproque les structures articulaires.

Ces deux techniques sont dites myotensives indirectes. On est souvent amené, dans la pratique à utiliser un bras de levier, (encolure, membre, queue) : elles sont donc d’utilisation à la fois courante mais délicate, car, selon la position du bras de levier, l’opérateur agira à un niveau ou un autre des segments considérés.

c) Techniques par mobilisation active

L’opérateur stimule des zones réflexes du dos ou des membres, pour amener le groupe vertébral ou l’articulation contre la barrière pathologique (directe) ou dans le sens de la dysfonction (indirecte), pour provoquer, par voie réflexe et mécanique, respectivement une inversion ou une exagération des paramètres articulaires lésés.

Dans la pratique, il est souvent mis en œuvre une succession de ces deux techniques dans le même geste, souvent en commençant par l’indirect.

Ces techniques sont quasiment exclusivement réservées au cheval, qui, plus il sera près du sang et "tonique", sera coopératif.

2. Les techniques crâniennes (Chêne, 2002 ; Evrard 2002a ; Lecorre et Toffaloni, 1998)

Elles ont pour but de libérer les sutures et lever les restrictions articulaires crâniennes de façon à :

  • retrouver une circulation et une vidange correcte des sinus veineux,
  • normaliser les fluctuations du liquide céphalo-rachidien,
  • lever les tensions dure-mériennes susceptibles de gêner la circulation du sang veineux et du LCR,
  • lever les irritations des nerfs crâniens,
  • neutraliser certains facteurs de stress, en restaurant le fonctionnement normal de l’hypophyse.

Chez le cheval, elles portent surtout sur la symphyse sphéno-basilaire, l’articulation atlanto-occipitale (qui peut être considérée comme une articulation crânienne "extrinsèque") l’articulation temporo-mandibulaire, l’os hyoïde. Mais pourront intéresser si nécessaire d’autres jointures, notamment les sutures inter-nasales, fronto-nasales, interpariétales, occipito-pariétales et occipito-mastoïdiennes.

Elles seront localisées après avoir déterminé le point d’équilibre tensionnel par écoute du MRP.

En ce qui concerne les articulations atlanto-occipitale et temporo-mandibulaire, elles peuvent être corrigées avec les techniques manipulatives décrites plus haut.

Les techniques "typiquement" crâniennes sont également très variées, on peut citer :

  • la correction directe,
  • la correction par exagération de la position lésionnelle (par distraction),
  • le V spread qui permet de dissiper l'énergie,
  • le récoil qui est une technique qui consiste à frapper (ou tapoter) sur un os de façon à dégager la suture,
  • les techniques permettant d’agir sur les tensions des membranes (lifts),
  • les techniques intervenant sur la fluctuation du LCR en agissant sur le 4ème ventricule.

3. Les techniques crânio-sacrées (Evrard, 2002b  Fosse, 2001 ; Boutin, 2005)

Les techniques crânio-sacrées ont été décrites par Sutherland et sont liées au MRP. Elles visent à normaliser les tensions des membranes du système crânio-sacrée de manière à harmoniser la motilité du sacrum avec celle de la symphyse sphéno-basilaire.

L'ostéopathe évalue le rythme crânien (fréquence, amplitude, symétrie…) et met en évidence une lésion grâce au ressenti.

L’ostéopathie agit sur les tensions de la dure-mère crânienne (faux du cerveau, tente du cervelet, tente de l'hypophyse) et spinale au niveau de son insertion terminale sur le plancher du canal vertébral sacral le phylum terminal.

La correction est réalisée en exagérant la lésion ou en cherchant à la mettre en tension à distance par des techniques de lift ou par action sur le MRP.

4. Les techniques fasciales et viscérales (Chêne, 2002)

Les techniques fasciales représentent une extension de la catégorie précédente. Elles prennent également en compte la mobilité des viscères et leur approche rejoint de par de nombreux aspects la médecine traditionnelle chinoise (en particulier de l'acupuncture).

Le déroulement fascial est une autre technique qui vise à aller dans le sens du mouvement de façon à dénouer les tensions très lentement pour informer les lésions. (Chêne, 2002)

Les techniques viscérales sont apparentées aux techniques fasciales.

B. Hypothèses d'action

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1. Action purement mécanique

L’impulsion manipulative imprimée lors d’un thrust, ou la simple mobilisation après mise en tension des structures capsulo-ligamentaires interviendrait en libérant le jeu articulaire limité par un obstacle mécanique. Cette action mécanique peut correspondre à :

  • Une libération d’un repli de synoviale capsulaire vertébrale qui se serait pincé entre les facettes articulaires. Ce repli est assimilé à une structure méniscoïde qui est le siège d'une réaction inflammatoire entraînant douleur aigue et blocage par contracture réflexe. (C’est le "blocage aigu du dos" ou "Acute blocked back").

Remarque : Il est à noter que cette théorie de "l’entrappement" d’un repli synovial est remise en cause par les études de biomécaniques réalisées par Bogduk associé à Jull (1985) ou à Mercer (1993). Ils montrent notamment que la seule situation où un repli de synoviale pourrait être emprisonné et pincé, c’est quand les facettes articulaires se retrouvent en position neutre. Or, quand le patient souffre d’un "dos bloqué aigu", les vertèbres sont bloquées en flexion et il ne peut plus ériger son dos. A l’inverse, un "extrappement" d’un repli de synovial aurait plus d’opportunité d’avoir lieu.

  • Une décoaptation et séparation des facettes articulaires impactées notamment par l’application de techniques structurelles avec thrust. Cette manœuvre s’accompagne souvent d’un bruit de craquement (le "pop" articulaire ; on parle parfois de "cracking") qui n'est pas toujours un gage de réussite. D'ailleurs, les théories en ce qui concerne son origine sont nombreuses et variées, aucune n'ayant vraiment été vérifiée… Il correspondrait au vide produit dans l'articulation lorsque les facettes sont "décollées", le liquide synovial comble très rapidement ce vide et produit ce bruit, comme lorsque l'on décolle deux vitres mouillées (Sionnet-Durand, 2001 ; Haussler, 1999c ; Evans, 2002 ).

Des études relativement récentes semblent confirmer au moyen de l’IRM, que le craquement au cours d’un thrust a lieu au niveau de la jonction des processus articulaires et en rapport avec la cavitation du liquide synovial (Cramer et al, 2000 ; Watson et Mollan, 1990) 

  • Une libération d’adhérences locales (par exemple lors de la manipulation de la jonction scapulo-thoracique).

2. Mise en jeu des mécanismes réflexes

Les réactions suite au traitement ostéopathique (antalgie, décontraction musculaire et effets sur le système nerveux autonome) sont la plupart du temps très rapides. L'hypothèse d'une action réflexe permet de l'expliquer.

a) Réflexes mis en jeu lors de la réalisation des techniques structurelles

La mobilisation jusqu’à la barrière motrice entraîne un étirement des muscles hypertoniques et le thrust rajoute un allongement brusque mais de faible amplitude de ces mêmes muscles.

Ce principe met en jeu deux mécanismes : l'étirement des fibres intra-fusales et l'augmentation de la charge musculo-tendineuse.

  • L’étirement forcé du muscle contracté augmente l’étirement du fuseau neuromusculaire, ce qui, théoriquement devrait déclencher un réflexe myotatique. Or, le muscle saturé par les informations provenant de l’hyperactivité gamma est déjà contracté. Une multitude d'influx afférents sont alors produits. En réaction de protection, le système nerveux est comme obligé de réduire l'activité gamma afin de permettre le relâchement du muscle.
  • Les organes tendineux de Golgi sont sensibles à la tension exercée sur les tendons par les muscles en contraction. L’étirement induit par la mobilisation dans le sens contraire, et probablement le thrust qui amène les composantes élastiques du muscle au-delà de la barrière élastique, provoquent le signal de déclenchement du réflexe de protection du muscle, le réflexe myotatique inversé, par l’intermédiaire des fibres Ib. Cela inhibe le tonus l’activité du MNa et relâche le muscle.
b) Réflexes mis en jeu lors de la réalisation des techniques fonctionnelles (Korr, 1993 ;  Sionnet-Durand, 2001)

Cette manipulation consiste à rapprocher les insertions des muscles hypertoniques. Les tensions sont ainsi réduites et les muscles sont raccourcis. Ceci peut mettre en jeu deux mécanismes :

  • Selon l’hypothèse de Korr (1993), le rapprochement des insertions du muscle affecté, réduit l’étirement de la partie centrale du fuseau neuromusculaire connecté aux fibres Ia, ce qui engendrerait un signal inhibiteur pour le MNa et favorisait le relâchement des fibres extra-fusales. Ceci entraînerait un effet feed-back du système nerveux central diminuant le niveau d’activité gamma.
  • Le mouvement qui permet le raccourcissement des muscles affectés étire les muscles antagonistes jusqu’au seuil de déclenchement du réflexe myotatique qui induit la contraction de l’antagoniste. Simultanément, par le mécanisme d’inhibition réciproque de Sherrington, il y a relâchement du muscle contracté. Cela correspond au moment précis où le cheval esquisse un mouvement de dégagement.

3. Action sur la douleur

La thérapeutique ostéopathique permet de lutter contre la douleur. Cette sensation a été mise en évidence chez les animaux par l'analyse de tracés d'encéphalogrammes, des taux d'hormones de stress et des modifications des paramètres cardio-vasculaires (Looney, 2002).

a) Voies anatomiques de la douleur

La voie nociceptive est la succession de cinq étapes bien déterminées : (Muir, 2001)

  • la transduction du stimulus par les nocicepteurs
  • la transmission de l'influx nociceptif à l'étage médullaire,
  • la modulation dans la moelle épinière (faisceaux spino-thalamiques),
  • la projection vers les centres supérieurs (thalamus),
  • la perception de la douleur au niveau de ces centres.

La transmission spinale des messages nociceptifs est soumise à divers contrôles. D'après la théorie du portillon médullaire de Melzack et Wall ("gate control theory"), l'activité des neurones à convergence est sous la dépendance non seulement d'influences excitatrices mais aussi d'influences inhibitrices.

Pour comprendre comment ce processus intervient, il paraît essentiel de rappeler brièvement les voies principales de la douleur.

b) Théorie du portillon médullaire (Le Bars, 1998)

En 1965, Melzack et Wall expliquent que les influences inhibitrices peuvent être d'origine segmentaire ou supra-spinale. Ainsi, la transmission des messages nociceptifs est réglée par un effet de balance entre les influences excitatrices et inhibitrices. La douleur ne survient que lorsqu'il existe une rupture d'équilibre en faveur des messages excitateurs (soit par "excès de nociception", soit par déficit des contrôles inhibiteurs). Les neurones à convergence ("trigger cells") sont les cibles préférentielles des mécanismes de modulation de la douleur à l'étage médullaire .

Ces contrôles segmentaires sont basés sur la libération de neurotransmetteurs au niveau des jonctions synaptiques. Dans la corne dorsale, on trouve une concentration importante de GABA, glycine, sérotonine, noradrénaline et d'opioïdes endogènes qui produisent un effet inhibiteur.

L'activation des afférences cutanées de grand diamètre responsables des sensations tactiles est susceptible de provoquer des effets inhibiteurs importants sur les réponses des neurones spinaux aux stimuli nociceptifs. Les mécanismes à l'origine de ces effets sont organisés au niveau segmentaire, c'est-à-dire qu'ils ne concernent que le dermatome sur lequel est situé le champ récepteur du neurone étudié.

Ce sont des fibres A? que résultent les inhibitions les plus puissantes, mais les fibres A? jouent également un rôle. Ces effets, d'origine essentiellement métamérique, dérivent des propriétés des champs récepteurs des neurones à convergence. Ils comprennent une partie cutanée, composée d'un champ excitateur et d'un champ inhibiteur, et fréquemment une partie viscérale sensible uniquement aux stimuli nociceptifs.

Des stimulations non nociceptives mais répétitives appliquées sur le champ inhibiteur sont capables d'inhiber les réponses déclenchées par stimulation du champ excitateur. Ceci expliquerait qu'un frottement de la peau soulage la douleur déclenchée par une piqûre, un coup… L'existence de ces mécanismes permet d'expliquer les effets hypoalgésiques obtenus chez l'homme lors de stimulation électrique à haute fréquence et faible intensité de nerfs périphériques, et de certaines formes d'acupuncture, lorsque les aiguilles sont posées à proximité du foyer douloureux.

Les différents nocicepteurs sont activés par des stimuli mécaniques intenses et sont associés aux fibres A?.

Lors de la manipulation ostéopathique, de multiples mécanorécepteurs sont sollicités, ce qui déclenche une augmentation de décharge de potentiels d'action et fait intervenir les mécanismes de protection. Les fibres les plus rapides vont exciter les neurones intercalaires de la corne postérieure et bloquer le passage des informations. 

Description : figure064

c) Autres mécanismes possibles

Certaines manipulations pourraient également déclencher au niveau des noyaux du système central (formation réticulée, et noyaux thalamiques) la libération d’opioïdes endogènes (endorphines, enképhalines) induisant l’inhibition de la transmission supra-spinale du signal douloureux par les faisceaux spino-thalamique et spino-réticulaire,

Ceci aboutit à des effets antalgiques plus prolongés dans le temps, mais nécessite une stimulation plus longue et soutenue. Ce qui peut être le cas dans les techniques myotensives indirectes, les techniques fasciales (déroulement des fascias ou/et MRP), l’association à des massages ou/et à la de l’acupuncture (la libération d’endorphines lors de certaines techniques de massages et lors de la stimulation des points distaux en acupuncture a été vérifiée expérimentalement).

Enfin, la levée ou la réduction des contractures elle-même, qu’elle soit par action mécanique et/ou réflexe contribue également à la diminution de la douleur, car élimine une des causes (ou la principale cause) des influx nociceptifs.

4. Action réflexe sur les viscères et le système circulatoire

Elle se base sur les réflexes somato-viscéraux. Nous avons déjà évoqué dans un chapitre précédent les travaux de Louisa Burns mettant en évidence la relation vertèbre-organe.

Les rapports entre le segment vertébral et le système nerveux autonome sont d’ordre :

  • anatomique : La chaîne ganglionnaire sympathique court tout le long de la face latéro-ventrale des vertèbres. En regard de chaque espace intervertébral elle forme un ganglion.
  • neurophysiologique : les afférences sensitives viscérales ne diffèrent pas des afférences sensitives somatiques et empruntent la même racine dorsale du nerf spinal. Les nerfs afférents et efférents sympathiques à destination somatique (vaisseaux, glandes sudoripares et sébacées, poils et muscles pilo-érecteurs) empruntent le trajet du nerf spinal.

La manipulation vertébrale du segment facilité, par un mécanisme réflexe somato-viscéral lève l’hypertonicité du système sympathique engendré par la lésion ostéopathique vertébrale.

5. Action purement psychique

Les détracteurs de l'ostéopathie avancent généralement cette hypothèse. Cependant, s'il semble possible qu'un rôle placebo soit responsable des résultats observés sur un organisme humain (effet apaisant du seul contact de la main), cet effet placebo ne serait pas l’apanage de la seule thérapie ostéopathique, puisque il semble bien intervenir dans différentes thérapeutiques y compris pharmacologiques.

D’autre part, cet effet psychique, suffirait-il seul à expliquer la disparition souvent instantanée, sinon l’amélioration fréquente des signes cliniquement objectivables après correction ostéopathiques ?

Enfin, si vraiment cet effet psychique apporte un meilleur confort et favorise la guérison, il justifierait alors, à lui seul alors l’utilisation de l’ostéopathie.

6. Hypothèses concernant les techniques cranio-sacrées et fasciales au moyen du MRP (Sawaya, 2005)

Les mécanismes d’action de ces techniques est encore plus difficile à appréhender. On peut supposer que :

Dans les techniques crâniennes et crânio-sacrées, la stimulation mécanique et/ou sensitive des méninges soit libérerait l’hypophyse dans le cas où sa fonction serait gênée par des tensions anormales sur les méninges et la tente de l’hypophyse ; soit favoriserait une réaction hypophysaire permettant la régulation des fonctions perturbées dans le reste du corps.

Dans le cas des techniques fasciales, la stimulation très douce mais prolongée des terminaisons sensorielles cutanées :

  • pourrait être à l’origine d’une augmentation des mécanismes du gate-control et/ou d’une stimulation des filets sympathiques accompagnant les réseaux sanguins superficiels, d’où une amélioration de la circulation des fluides locaux et régionaux ;
  • pourrait saturer les centres supérieurs en informations sensorielles déclenchant une réaction de type neuro-hormonal contrôlée par l’hypophyse et permettant une régularisation de la circulation des fluides corporels (sang, lymphe, LCR, liquide interstitiel) et la libération des tensions fasciales dans l’ensemble du corps.

Les modes d'action de l'ostéopathie font encore partie d'un domaine mal exploré. Plusieurs des mécanismes décrits pourraient entrer en jeu simultanément. Mais jusqu’ici, aucune hypothèse proposée n'a encore été pleinement justifiée.

C. Choix de la technique à utiliser (Evrard, 2002b ; Fosse, 2001)

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« Je veux établir clairement qu’il y a beaucoup de façons d’ajuster les os. Et que lorsqu’un opérateur utilise une méthode différente d’un autre opérateur, il ne met pas en évidence l’ignorance criminelle de celui-ci, mais simplement l’obtention de résultats d’une manière différente… Un point fixe, un levier, une torsion ou un vissage peuvent être et sont utilisés par tous les opérateurs » (Still A. Osteopathic Research and Practice, 1910 ; Cité par LeCorre et Toffaloni, 1998). 

Ainsi le choix de la technique dépendra de l’habileté de l’ostéopathe, de sa main dominante, de sa propre perception du problème à résoudre. Le plus souvent, chaque praticien préfère utiliser une technique particulière. Cependant, l'ostéopathe se doit de connaître et maîtriser parfaitement chacune des techniques.

Le choix de la technique à utiliser se fait souvent en fonction du type de lésion reconnue. Par exemple, pour une lésion vertébrale (souvent d'origine traumatique), les techniques structurelles seront privilégiées. Pour des lésions viscérales, l'ostéopathe fera le plus souvent appel aux techniques crânio-sacrées et fasciales.

La technique utilisée dépend aussi de l'âge de l'animal. En effet, les techniques structurelles seront plus utilisées chez les jeunes animaux plutôt que chez les sujets âgés, souffrant d'arthrose. Chez ces derniers, l'ostéopathie crânio-sacrée et fasciale sera plutôt choisie (Evrard, 2002b).

Les techniques structurelles sont particulièrement efficaces dans les lésions récentes, les résultats peuvent être spectaculaires mais elles peuvent se révéler insuffisantes lorsque la lésion est chronique (Sionnet-Durand, 2001).

Le propriétaire influence également le choix de la technique ; de nombreuses idées reçues conditionnent la pratique de l'ostéopathie.

Souvent, pour les propriétaires, un craquement signe la remise en place de la vertèbre ou de l'articulation et est donc synonyme de réussite de la manipulation. Le propriétaire est donc déçu et mécontent lorsque l'articulation ne "craque" pas. Parfois aussi, lorsque le praticien recherche le MRP et le corrige éventuellement, l'expression "imposition des mains" est immédiatement mise en avant.

Il convient donc au praticien de prendre en compte ces différents éléments avant de choisir la meilleure technique adaptée avant tout à l'animal et d'expliquer ses manipulations au propriétaire.

D. Réactions au traitement (Sionnet-Durand, 2001)

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Still : "Trouvez la dysfonction, traitez la et laissez la tranquille"

Les médecines non conventionnelles telles que l'ostéopathie sont souvent appelées médecines douces. Pourtant, de nombreuses réactions peuvent faire suite au traitement, elles ne sont parfois pas si anodines. Le praticien se doit d'en avertir le propriétaire.

Généralement souvent après une séance d’ostéopathie, le cheval trouve en état de para-sympathicotonie : il est très calme, abaisse son encolure, pénis sorti du fourreau chez le mâle…. Le système parasympathique n’est pas celui de la restauration de la physiologie normale ?

Le plus fréquemment, l'animal présente de la fatigue et des courbatures dans les trois jours qui suivent le traitement. Un repos strict doit être fortement conseillé durant cette période.

En particulier dans les cas chroniques et très anciens, les corrections ostéopathiques modifient le schéma moteur compensateur auquel s’était habitué le cheval du fait de ses dysfonctions. Un repos de 48-72h est nécessaire pour que son cortex moteur intègre ce nouveau schéma moteur "corrigé". Dans le cas contraire, tout travail, exercices violents, tout déplacement en van, pourraient favoriser "le retour du cheval dans sa lésion".

Cela devient beaucoup moins évident à mettre en place quand des enjeux financiers importants sont présents : pour un jeune cheval de course à l'entraînement, il est difficile de garder le cheval au repos complet… Un exercice adapté doit être mis en place.

Une aggravation momentanée de la douleur peut être observée, ou bien une nouvelle douleur peut ressurgir. L'ostéopathe doit alors remonter dans le temps afin de trouver la dysfonction initiale qui est responsable des dysfonctions secondaires, venant d'être traitées.

Suite aux réajustements ostéopathiques, des réactions organiques peuvent apparaître, telles que de la diarrhée, et cela alors que l'examen clinique classique n'avait rien révélé. Une pathologie sous-jacente peut surgir après une manipulation, puisque des inhibitions et des adaptations ont été levées.

Des changements de comportement ou du caractère peuvent aussi être observés : travail de meilleure qualité, gaieté…

Les ostéopathes s'accordent pour dire qu'une quinzaine de jours (parfois jusqu'à six semaines pour D. Giniaux) sont nécessaires pour constater les résultats d'un traitement ostéopathique. Ce délai correspond au temps d'équilibration de tout l'organisme après les manipulations.

E. Efficacité de l'ostéopathie

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Si un certain nombre d’études cliniques évaluant l’efficacité de l’ostéopathie sont publiées assez régulièrement dans les nombreuses revues anglo-saxonnes consacrées aux thérapies manuelles et aux thérapeutiques alternatives, elles restent essentiellement consacrées à l’homme et les publications concernant les animaux, et plus spécifiquement le cheval, restent encore très rares.

1. Chez l'homme

La grande majorité des publications concernent un des fléaux de l’homme moderne : les dorsalgies. Elles portent surtout sur des traitements à base de chiropractie ou d’ostéopathie par des techniques manipulatives. Les études concernant l’efficacité des techniques crâniennes et fluidiques sont extrêmement rares.

L’efficacité des manipulations chiropratiques dans le traitement des dorsalgies a été analysée à partir de toutes les études randomisées et en aveugle publiées entre 1966 et 1990. Malgré le faible nombre des études répondant à ces critères, et la faible qualité de leurs protocoles, il en ressort une réelle efficacité clinique dans la prise en charge des dorsalgies (Assendelft et al., 1992).

Plus récemment encore, une étude clinique randomisée portant sur 192 patients a montré des résultats significativement supérieurs concernant les scores de douleur, de handicap et de mobilité des manipulations chiropratiques par rapport au placebo d’une part et par rapport à l’administration de myorelaxants d’autre part dans les lombalgies subaigües (Hoiriis et al, 2004).

L'intérêt des manipulations chiropratiques a été comparé à un traitement médical sur un suivi jusqu'à quatre ans après traitement chez des patients souffrant de lombalgies (Hass et al., 2004). Le type de praticien et la durée des douleurs sont pris en compte dans l’évaluation des résultats. Les manipulations chiropratiques s’avérèrent significativement plus efficaces surtout sur les patients souffrant de douleurs chroniques.

En ce qui concerne plus particulièrement l’ostéopathie par les manipulations vertébrales, une récente étude a évalué l'efficacité des manipulations sur les patients souffrant de lombo dorsalgies datant de moins de trois mois (Ferreira et al., 2003). Cette efficacité a été mesurée en fonction des résultats sur la douleur, le retour au travail, l’amélioration de la qualité de vie et la satisfaction du patient quant à la thérapie utilisée. Il a ainsi été démontré que les patients traités par les manipulations vertébrales ont de meilleurs résultats que le groupe placebo, que le groupe non-traité, que le groupe traité par des massages. Les manipulations vertébrales, l'exercice, la physiothérapie et les traitements médicaux semblent produire des résultats similaires dans les quatre premières semaines de traitement.

L’intérêt des manipulations vertébrales dans le suivi des patients lombalgiques chroniques et la prévention de nouvelles crises aigues a été également démontré par Descarreaux et al (2004) dans une étude portant sur 30 patients suivis toutes les 3 semaines pendant 9 mois après un traitement initial.

En revanche, l’efficacité des techniques de manipulation vertébrales sur les douleurs cervicales apparaît beaucoup moins probant quand elles sont réalisées seules. L’efficacité du traitement est significativement améliorée quand elles sont associées à de la physiothérapie et des exercices de mobilisations (Edzard, 2003 ; Bronfort et al, 2001 ; Jordan et al, 1998).

Enfin, une des très rares études portant sur les techniques de l’ostéopathie crânio-sacrée a été récemment publiée en Allemagne. Elle compare le traitement ostéopathique (techniques fasciales, viscérales, crânio-sacrées) à un traitement médical (cortisone) associé ou non à des techniques chiropratiques, chez 53 patients souffrant d’épicondylopathies huméro-radiales chroniques. L’évaluation portait sur la douleur et sur plusieurs tests fonctionnels (force de serrage du poignet, extension du doigt médian…). Les deux groupes montrèrent des résultats significatifs concernant la réduction de la douleur et l’augmentation de la force. Mais la différence entre le groupe ostéopathie, et le groupe traitement médical n’était pas statistiquement significative. L’auteur conclut qu’il est possible de traiter efficacement les épicondylites chroniques par ostéopathie (Geldshlager 2004).

2. Chez les animaux en général

Les preuves d’efficacité clinique au moyen d’études avec des protocoles scientifiques menés objectivement et rigoureusement sont encore très rares. Ces preuves se basent encore essentiellement sur des témoignages de cas cliniques présentés dans des thèses vétérinaires (Comte, 2004 ; Fosse, 1997 ; Lajou, 1987), ou par des praticiens au cours de Conférences, de Formations spécialisées, ou sur des sites Internet sur l’ostéopathie, ou encore dans la très récente et seule revue française consacrée à l’ostéopathie animale : L’Ostéo4pattes, Revue Européenne d’Ostéopathie Comparée (2006).

Citons néanmoins deux études d’un intérêt certain :

  • Un rapport sur les résultats de la collaboration durant plus de 25 ans entre un Vétérinaire chirurgien et un Ostéopathe DO et basé sur des observations sur plus de 3000 cas concernant les syndromes douloureux et déficits moteurs ou leur association, d’origine vertébrale ou supposée telle, et leurs corrections par des techniques ostéopathiques manipulatives chez le chien (Augros et Gauthier 2006).
  • Une étude expérimentale menée au Centre de Médecine et Chirurgie Expérimentales –EA3090, de l’Ecole Nationale Vétérinaire de Lyon en collaboration avec le Collège Ostéopathique Européen. Elle évalue l’efficacité de l’ostéopathie dans la prévention des adhérences péritonéales post-chirurgicales. Les adhérences sont induites chirurgicalement par gastrotomie. Cette étude montre objectivement que le traitement ostéopathique (techniques viscérales) tend à limiter significativement la formation des adhérences en restaurant un espace de mobilité entre le foie et l’estomac, d’une part et en limitant leur néo-vascularisation, d’autre part (Claudin et al 2004).

Les résultats de cette étude, réalisée chez le rat, intéressent il est vrai plus particulièrement la chirurgie de l’homme chez lequel l’apparition de ces adhérences est un des problèmes majeurs en chirurgie abdominale, mais peuvent également être considérés chez nos animaux domestiques, en particulier chez le cheval où les processus inflammatoires (chirurgicaux ou non) s’accompagnent souvent de formation de brides et d’adhérences aussi bien du point de vue viscéral, qu’en ce qui concerne les organes de l’appareil locomoteur.

Enfin, une étude actuellement en cours à l’Unité de Physiothérapie-Rééducation-Ostéopathie de l’ENVL en collaboration avec l’Unité de Chirurgie s’attache à évaluer la biomécanique de la marche à l’aide d’un tapis de mesure des pressions de type GaiteFour avant et après traitement ostéopathique chez le chien. Les résultats préliminaires sont très probants en ce qui concerne les pressions exercées par les membres, l’amplitude de la foulée et les ratios d’équilibre gauche/droite et avant/arrière, et corrélées à l’amélioration clinique (Sawaya S., communications personnelles).

3. Evaluations sur les chevaux

La plupart des études concernant les manipulations vertébrales chez le cheval sont l’œuvre de Haussler. Ces études portent plus particulièrement sur la chiropractie. Les techniques de chiropractie se rapprochent de certaines techniques de l’ostéopathie structurelle. Dans cette discipline, le praticien s'attache surtout à évaluer la colonne vertébrale de son patient et à corriger les "blocage" (qualifiés aussi subluxations) par des manipulations le plus souvent directes de type thrust.

Dans une première étude, une description in vivo de la cinématique de la région thoraco-lombaire en mouvement est proposée Un transducteur est directement implanté dans les processus épineux de deux vertèbres adjacentes dans trois régions différentes (Th14-Th16, L1-L3 et L5-S2). Les mesures lors des ajustements chiropratiques montrent que des micromouvements peuvent être mis en évidence (Haussler, 1999b).

Dans une étude suivante, une même approche cinématique est effectuée mais les mesures sont réalisées avant et après un traitement chiropratique, avec un groupe de chevaux sains et un groupe de chevaux chez lesquels une dorsalgie a été induite. Les résultats démontrent que le groupe traité gagne une amplitude des mouvements thoraco-lombaires supérieure à celle du groupe sain (Haussler, 2002).

En 2004, Lefever et Mesle évaluent l'efficacité d'un traitement ostéopathique sur des chevaux de sauts d'obstacles.

Différents types de lésions apparaissent sur ce profil équin. Le cheval de CSO est souvent atteint de douleurs thoraco-lombaires et, ou d'arthropathies inter-phalangiennes responsables de boiteries. Notons que cette dernière est la première cause de contre-performance chez le cheval de CSO. En effet, les contraintes biomécaniques sont très fortes (collatéro-motion et rotation) au niveau métacarpo-phalangien et podotrochléaire, surtout lors des phases d'appel et de réception du saut.

L'anatomophysiologie du tube digestif du cheval favorise les engouements de l'œsophage, les indigestions gastriques, les altérations du transit accompagnées ou pas de diarrhée ou d'impaction. Des dysfonctionnements microbiens caeco-coliques peuvent être responsables de coliques, de fourbure et augmentent les risques d'entéro-toxémie, de congestion musculaire et respiratoire.

Les événements stressants sont à l'origine de déséquilibres hormonaux, de perturbations métaboliques, de baisse de performances, de croissance ralentie, de mauvaises capacités de reproduction ou de baisse de l'immunité…

L'accumulation des déchets toxiques est à l'origine du commencement du cercle de l'inflammation.

La correction ostéopathique est une solution pour interrompre ce cercle. La régression des processus pathologiques secondaires peut être obtenue et favorise l'action des mécanismes de défense et de réparation de l'organisme.

Au cours de cette étude, on évalue le temps de parcours sur deux jours d'un groupe témoin et d'un groupe de chevaux manipulés le soir du premier parcours. L'évaluation de l'efficacité du traitement ostéopathique est réalisée avec les différences absolue et relative entre le meilleur temps de parcours de chaque journée et par la sensation d'amélioration du comportement du cheval perçue par le cavalier le deuxième jour. Après réalisation de tests statistiques, une amélioration du temps de parcours des chevaux du groupe traité est observée.

4. La réalité du terrain

La recherche, qu’elle soit fondamentale ou clinique, en ostéopathie vétérinaire et plus particulièrement en ostéopathie équine, nécessite la mise en place de moyens démesurés. Sur le plan financier, la recherche dans ce domaine n'intéresse bien évidemment pas les laboratoires pharmaceutiques. Il reste encore beaucoup de pistes à explorer.

Reste la réalité du terrain : celle que constatent tous les jours les praticiens, et celle qui compte le plus pour les clients et leurs chevaux. La nouvelle "popularité" de l’ostéopathie, ne peut pas être imputée uniquement à un effet de "mode".

Ce n’est pas un hasard si de plus en plus de vétérinaires, ne pratiquant pas l'ostéopathie, évoquent l’intérêt de l’ostéopathie en thérapeutique équine, notamment dans le cas des dorsalgies du cheval de sport (Rossignol, 2005 ; Piccot-Crézollet, 2002).

F. Les indications et contre-indications 

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Avant tout, notons que le cheval a un système sympathique très sensible, les variations de son organisme sont brusques et se traduisent par des réactions spectaculaires. De plus, son squelette est simplifié, et cet animal possède une hypersensibilité cutanée. Le cheval est donc un animal de choix pour pratiquer l'ostéopathie, d'autant plus qu'il sera près du sang.

1. Indications

Dresser une liste des problèmes pouvant être résolus par l'ostéopathie n'est pas réellement nécessaire. Rappelons que l'un des principes de l'ostéopathie est l'auto-guérison. Le but de cette médecine manuelle est de faire intégrer à l'organisme une dysfonction, de façon à ce qu'il réagisse et la corrige.

Les motifs pour lesquels les cavaliers font appel à l'ostéopathe sont en général d’ordre fonctionnel, sportif ou de modification de comportement : (Evrard 2002b)

  • le cheval n'exécute pas correctement les exercices et figures imposés en dressage,
  • il a des difficultés à abaisser son arrière-main,
  • il n'effectue plus les changements de pied,
  • il n'accepte plus l'incurvation ou la contre-incurvation,
  • il essaie de ruer ou mordre lorsqu'on le selle,
  • il refuse le mors, est dur en bouche,
  • il n'utilise pas son dos à l'obstacle,
  • les lendemains de concours sont douloureux,
  • une baisse de performance.

Les principales indications de l'ostéopathie sont les suivantes (Fosse, 1997):

  • affections mécaniques de la colonne vertébrale : cervicalgies, dorsalgies, lombalgies, en phase aiguë ou chronique,
  • affections mécaniques articulaires périphériques : entorses, tendinites, capsulites, périarthrites post-traumatiques. Dans ces derniers cas, l'ostéopathie soulage très rapidement la douleur, et permet même une guérison dans certains cas.
  • névralgies d'origine mécanique : névralgies cervico-brachiale, intercostale, sciatique ou cruralgie…
  • affection au niveau de l'encolure, de la tête ou du système d'équilibration,
  • dermatose ; dans ce type de dysfonction, l'ostéopathie agit comme un traitement de fond, elle est en rapport étroit avec la médecine chinoise.
  • dérèglements hormonaux : par exemple, un blocage hypophysaire est à l'origine d'une lésion du sphénoïde ,et inversement, ou, un dysfonctionnement de l'ovaire peut être lié à une lésion lombaire,
  • affections viscérales comme les allergies pulmonaires ou les coliques.
  • arthrose : une action crânio-sacrée permet de diminuer la douleur. L'ostéopathie peut aussi avoir un rôle prophylactique non négligeable.

L'ostéopathie est souvent utilisée lors de boiteries sourdes, quand la démarche du cheval est raide, lors de problèmes de dos ou d'encolure… souvent suite à un traumatisme, une mauvaise chute (Haussler, 2001b).

L'ostéopathie joue un rôle préventif, part de plus en plus importante dans l'exercice vétérinaire. Les chevaux suivis régulièrement par un vétérinaire pratiquant l'ostéopathie sont de plus en plus nombreux. Cette thérapie peut aussi entrer dans le cadre d'un programme de physiothérapie, ou être associée à l'acupuncture ou l'homéopathie. L'ostéopathie est une thérapie complémentaire qui peut aussi contribuer à la réussite d'un traitement allopathique.

Cependant, l'ostéopathie garde, comme toute thérapie, ses limites. Le praticien se doit de les garder en mémoire.

2. Contre-indications

Si les troubles fonctionnels internes que compense la lésion sont trop graves, l'usage de techniques ostéopathiques est contre-indiqué.

L'ostéopathie se révèle aussi inefficace lors de : (Fosse, 2001 : Haussler, 2001b)

  • lésions traumatiques avec fractures, luxations, entorses et déchirure des ligaments
  • lésions des tissus mous, elle aide seulement à restaurer un mouvement normal,
  • lésions irréversibles de la moelle épinière (en somme lorsque la barrière motrice pathologique est franchie),
  • épisode aigu d'ostéo-arthrite, ou de processus dégénératifs sévères.
  • cas tumoraux ; elle possède un rôle antalgique seulement
  • troubles métaboliques ou carences en éléments, quand l'organisme est en épuisement,
  • maladies infectieuses, parasitaires qui nécessitent un traitement spécifique.

Certaines contre-indications sont relatives et font appel au bon sens du thérapeute : réalisation de techniques structurelles directes avec thrust sur des entorses et tendinites, des atteintes traumatiques des nerfs périphérique (plexus brachial) , mise en étirement lors d’une tendinite, claquage ou déchirement musculaire…

L’ostéopathie permet néanmoins de réduire la durée de la convalescence, de réaliser une dans le cadre d'un traitement post-chirurgical. Cette discipline doit être considérée comme une aide pour la médecine traditionnelle. Ses effets et son efficacité ont été évalués depuis longtemps.

III. L'ostéopathie au sein des médecines complémentaires

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La médecine moderne s’oriente de plus en plus vers des prises en charges intégrant plusieurs thérapeutiques aussi bien pour leur actions complémentaires que potentialisantes. Cette "thérapeutique multimodale intégrée" (Lascelles, 2004), est d’ailleurs de plus en plus préconisée dans la prise en charge de la douleur, qu’elle soit aiguë ou chronique, ainsi que pour le patient arthrosique.

Dans cet esprit, même si cela peut encore heurter les traditionalistes de l’ostéopathie "pure", on peut considérer que l'ostéopathie peut s'intégrer au sein d'un programme de réhabilitation fonctionnelle, associant d'autres thérapies, manuelles, via des agents physiques ou encore des médecines holistiques dites "alternatives", selon les objectifs et les priorités du traitement.

A. Physiothérapie-rééducation fonctionnelle et ostéopathie

1. Principes généraux et objectifs de la physiothérapie (Rivière et Sawaya, 2005 ; Sawaya, 2005)

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Au sens général du terme, la physiothérapie est la thérapeutique par les moyens physiques : le mouvement ("kinésithérapie" au sens littéral du terme), les agents thermiques (cryo- et thermothérapie), les courants électriques (électrostimulation neuromusculaire), les ondes sonores (ultrasono-thérapie), la lumière (LASER), les champs magnétiques...

Certaines techniques sont connues depuis l’antiquité, comme le massage, l’application de froid ou de la chaleur. D’autres sont d’une technicité plus complexe et d’usage beaucoup plus récent comme les ultrasons, le LASER ou les ondes de choc. Plusieurs techniques pouvant être combinées entre elles dans un programme de rééducation fonctionnelle, dont l’objectif est d’assurer une récupération fonctionnelle optimale et plus rapide après un traumatisme ou une maladie, potentialisant les effets d’un traitement médical et/ou chirurgical.

La physiothérapie apporte des solutions complémentaires dans :

  • la lutte contre la douleur, l’œdème et l’inflammation à tous ses stades,
  • la cicatrisation des tissus en augmentant la trophicité et le drainage des zones affectées,
  • la prévention et la lutte contre l’amyotrophie, la dégénérescence cartilagineuse, osseuse, tendineuse et ligamentaire,
  • la levée de la sidération nerveuse (neuropraxie) ou musculaire suite à un traumatisme,
  • la stimulation du système nerveux périphérique (mais aussi du système nerveux autonome par des massages appropriés ou l’électrostimulation de points spécifiques),
  • l’amélioration de l’état général du malade par préservation de ses capacités cardiorespiratoires et de résistance à la fatigue.

Surtout, la spécificité de la physiothérapie par rapport aux autres approches thérapeutiques, est qu’elle offre des moyens de rééducation, au sens propre du terme, de l’animal convalescent : rééducation proprioceptive et rééducation du schéma moteur. A l’aide d’exercices passifs ou actifs appropriés il s’agit de "réapprendre" au patient à utiliser son segment lésé correctement en coordination avec les autres segments du corps, de lui faire - 148 - "prendre conscience" que sa lésion est guérie et qu’il peut se déplacer sans chercher à compenser par des mouvements atypiques ou des reports de poids.

2. Complémentarité avec l'ostéopathie

Si la physiothérapie-kinésithérapie et l’ostéopathie diffèrent par bien des aspects, il est au moins un principe qui les rapproche et les rend complémentaires dans le cadre d’un programme de rééducation fonctionnelle : le principe du "mouvement-remède" ("motion is lotion") : restaurer le mouvement, c’est restaurer également la fonction – La kinésithérapie n’est-elle pas, littéralement, la thérapie par le mouvement ?

A cet effet, les techniques manuelles de la kinésithérapie apparaissent d’un intérêt majeur et comme le "complément naturel" de l’ostéopathie au sein des thérapies manuelles. Elles font appel aux massages et aux exercices de kinésithérapie passive et active, ces derniers travaillant sur les amplitudes articulaires, l’équilibre, la proprioception, la coordination des mouvements…(Rivière et Sawaya, 2005)

L’intérêt et l’efficacité de cette association dans la récupération fonctionnelle rapide du patient a été maintes fois évoquée chez le chien ou chez le cheval convalescent (Rossignol, 2005 ; Schrijer ; 2004 ; Monti, 2004 ; Lamy, 2004).

La physiologie comme technique complémentaire à l'ostéopathie

Dans le cas de certaines dorsalgies, du syndrome de douleur myofasciale, des fortes contractures d’origine traumatique de la musculature axiale (ilio-psoas notamment) de sciatalgies dues à un pincement vertébral lombaire, lombo-sacral ou une subluxation sacro-iliaque.

Le traitement par première intention de l’affection est réalisé par ostéopathie, la kinésithérapie pourra être appliquée comme technique adjuvante ou complémentaire en :

  • venant éventuellement faciliter la réalisation des techniques ostéopathiques en préparant le terrain : application de chaleur (éventuellement par ultrasono-thérapie), par des massages doux relaxants et des mobilisations passives très douces à amplitude contrôlée, voire éventuellement par l’utilisation de courants antalgiques TENS si l’animal est très algique,
  • complétant et potentialisant l’effet des manipulations ostéopathiques par des techniques favorisant le drainage des déchets métaboliques algogènes d’une part, et redonnant leur élasticité et augmentant le mouvement des tissus mous qui viennent de retrouver leur mobilité d’autre part. Ceci pourra se concevoir par des manœuvres spécifiques de massages et d’étirements, voire par électro-myostimulation au moyen de courants de très basse fréquence pour un travail de type "récupération active",
  • plus particulièrement, dans le cas de lésion ancienne, en consolidant les résultats et prévenant les rechutes, par quelques séances de rééducation active et proprioceptive pour aider le cheval à retrouver rapidement ses schémas corporel et moteur, et chez l’animal sportif, par la préparation correcte à l’effort (exercices d’échauffement avant l’effort, exercices de récupération active après l’effort et levée des petites contractures et tensions musculaires ) et le travail du cheval "dans le bon sens".
L'ostéopathie comme technique complémentaire à la physiothérapie

En levant les contractures réflexes dues à la douleur qui ne manquent pas d’apparaître après un traumatisme ou une chirurgie, ou les contractures dues à des attitudes compensatoires suite à une immobilisations prolongée, en particulier au niveau du pont vertébral et dans les régions proximales des membres.

L’ostéopathie, en tant que thérapie de fond, agit :

  • en levant les tensions myofasciales et en restaurant sa mobilité au rachis,
  • et restaurant les éventuelles fonctions organiques perturbées par l’affection,

et contribue à briser le cercle vicieux de la douleur. Elle met le malade dans de meilleures dispositions pour répondre efficacement à la physiothérapie associée ou non à un traitement médical.

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Ce type d'exercice peut être réalisé au cours de l'une réhabilitation fonctionnelle, associée ou non à la physiothérapie. Pour les étirements et mobilisations des différentes régions du dos et des membres, le lecteur pourra se référer à l'annexe 2.

B. Médecines holistiques et ostéopathie

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Comme l'ostéopathie, l'acupuncture et l'homéopathie, médecines holistiques, mettent l'accent sur le principe de traiter un malade dans son ensemble et non une maladie. Ainsi, selon l'individu, son histoire, ses réactions face à la maladie, ses symptômes, le traitement entrepris est différent. 

1. L'acupuncture (De Ponnat, 2002)

L'acupuncture correspond à la stimulation de points spécifiques du corps avec des aiguilles, lasers, pression manuelle ou autre afin de provoquer une réaction de l'organisme. Le dermojet est parfois utilisé pour injecter de la xylocaïne ou de la vitamine B12 afin de stimuler des points particuliers.

Récemment, Ridgway (2004) a montré l’intérêt de l'intégration de l'acupuncture dans un programme de physiothérapie et de rééducation fonctionnelle chez le cheval.

Le cheval de sport est aujourd'hui un athlète de haut niveau, et comme tout sportif, des douleurs articulaires (donc locales) apparaissent au cours de sa carrière. Une douleur articulaire locale entraîne une réorganisation de toute la biomécanique afin de pallier ce problème.

Le corps est parcouru par des lignes d'énergie s'équilibrant chez l'animal sain. L'animal malade présente un déséquilibre énergétique sur un ou plusieurs méridiens au niveau de points bien précis dont la stimulation permet à l'organisme de retrouver son équilibre.

Ces principes sont utilisés lors de l'emploi des techniques ostéopathiques de correction fasciale et viscérale : le praticien, en suivant les "vallées fasciales", se conforme à la topographie des méridiens d'acupuncture. Comme nous le décrirons dans notre troisième partie, les tensions suivies, libérées jusqu'à leur normalisation.

La douleur se manifeste en des points précis : l'acupuncteur par la manipulation d'aiguilles ou par d'autres techniques acuponcturales va modifier l'influx nociceptif pour le rendre inefficace : c'est l'analgésie. Les résultats cliniques obtenus dans le traitement de la douleur, à l'origine de la popularité de l'acupuncture, ont conduit à rechercher les bases scientifiques de son mode d'action. L'acupuncture agit sur les systèmes nerveux somatique et autonome. De nombreux points d'acupuncture correspondent aux points moteurs des muscles, d'autres à des terminaisons nerveuses libres (Gidéon, 1977). La neurophysiologie de l'acupuncture relève de mécanismes variés, incluant la libération d'endorphines, et la mise en jeu des systèmes de contrôle d'origine segmentaire et inhibiteur diffus (Smith Jr., 1994).

Le ou les points d'acupuncture sensibles peuvent se situer près de la zone anatomique douloureuse ou bien plus loin sur le ou les méridiens, à distance de la zone douloureuse. Dès lors l'effet analgésique sera corrélé à la technique de manipulation de l'aiguille : tonification ou dispersion. La stimulation correcte du point d'acupuncture provoque localement une stimulation du système immuno-inflammatoire et entraîne une vasodilatation et une relaxation musculaire.

La tonification, stimulation non douloureuse, provoque une inhibition de la douleur proche du lieu à traiter, la mécanisme est segmentaire. Le phénomène est identique lorsque nous frottons une zone de notre corps qui a reçu un coup ou que nous grattons lors de prurit.

La dispersion, stimulation douloureuse, provoque un phénomène extra-segmentaire et déclenche un effet à distance du lieu à traiter.

Dans le traitement acupunctural à l'aiguille, il est intéressant de tonifier les points proches du lieu à traiter et de disperser les points sensibles à distance du lieu du stimuli algogène.

L'acupuncture est une thérapeutique très ancienne qui trouve sa place dans la médecine vétérinaire actuelle. Sa maîtrise nécessite un apprentissage long et rigoureux.

L'acupuncture reste très proche de l'ostéopathie, en particulier de l'ostéopathie fasciale. De nombreuses similitudes existent entre les méridiens, lignes énergétiques, trajets nerveux, trajets vasculaires, chaînes myofasciales…

2. Homéopathie

L'homéopathie a été définie par le docteur Laumônier comme une "doctrine thérapeutique selon laquelle les symptômes du malade doivent être combattus à l'aide d'agents capables de déterminer les mêmes symptômes chez l'homme (ou l'animal) sain."

a) Loi de similitude

Le principe de l'homéopathie repose sur la loi de similitude. En effet, le traitement homéopathique consiste à administrer à un individu malade des substances à des doses infinitésimales et en deçà du seuil toxique. Ces mêmes substances, ou remèdes, administrées à dose allopathique, provoqueraient chez l’individu sain des symptômes identiques à ceux présentés par le malade.

Les homéopathes considèrent les symptômes exprimés comme des réactions positives de l'organisme pour rétablir l'équilibre physiologique. Ils prescrivent donc des substances qui vont assister et renforcer ces réactions plutôt que de les combattre (Flemming, 2002).

Pour chaque remède homéopathique, il existe une fiche pathogénésique qui correspond à l'ensemble des symptômes qu'il entraîne chez un individu sain. Ces symptômes sont locaux, généraux et psychiques, leur fréquence est aussi précisée, ainsi que leur intensité et les facteurs environnementaux qui les font varier. L'ensemble de ces fiches représente la Matière Médicale, regroupée dans des répertoires comme celui de Kent ou de Boenninghausen.

Mazzella (1996) montre que la loi de similitude peut être appliquée au cheval, notamment lors de troubles de la fonction locomotrice, boiteries ou dorsalgies.

b) Les remèdes homéopathiques

Il existe différentes formes galéniques : granules, doses globules, flacons gouttes, ampoules buvables ou injectables, flacons de trituration ou suppositoires…

Chaque remède contient une concentration infime de la substance désirée. Les dilutions utilisées dépendent du cas auquel le praticien est confronté. On distingue les dilutions hautes, moyennes et basses. (Quiquandon et al., 1999)

Considérée comme un traitement de fond ou "de terrain", l'homéopathie est souvent associée à l'acupuncture ou à l'ostéopathie (Lizon, 1988). Il semble que ces effets soient potentialisés après la correction des dysfonctions vertébrales.

L'association bénéfique de l'homéopathie et l'ostéopathie a été souvent évoquée par Issautier et Pecker (1998) et constatée sur le terrain par des cliniciens expérimentés.

L'ostéopathie peut ainsi être associée à d'autres thérapies manuelles, à la physiothérapie ou à des médecines non conventionnelles. L'ostéopathie ne s'oppose pas à la médecine dite "classique". Ces deux approches restent complémentaires. L'ostéopathie représente un - 152 - atout supplémentaire : le traitement ostéopathique permet de lutter contre les événements qui accompagnent de nombreuses pathologies.

Ainsi, selon Korr (1993) :

"Puisque toutes les lésions ostéopathiques diminuent les ressources de guérison et de résistance du malade, aucune thérapie ne peut être complète si on ne libère pas ces ressources au maximum, par une correction de ces lésions, quel que soit le rapport étiologique entre elles et la pathologie."

Troisième Partie : Les principales lésions ostéopathiques et leur traitement chez le cheval

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L’examen ostéopathique met rarement en évidence un seul segment ou organe en dysfonction. Plusieurs points se trouvent en lésion (ostéopathique) montrant des restrictions de mobilité dans un, deux voire trois plans de l’espace.

A la lumière de cet examen, de l’examen dynamique et des renseignements apportés par le cavalier, un bilan ostéopathique est dressé, à partir duquel le praticien peut en déduire la lésion primaire et les dysfonctions associées à normaliser. Souvent elles correspondent aux zones clés décrites chez le cheval et leur correction restaure la mobilité des segments en dysfonction secondaire compensatrice.

Dans les cas les plus chroniques, il arrive que la lésion primaire soit difficile à mettre en évidence, car masquée par de nombreuses compensations qui se sont mises en place progressivement au cours du temps, et qui ont été intégrées dans les schémas corporel et moteur du cheval. Elle peut alors se révéler après une première séance d’ostéopathie qui aurait levé ces dysfonctions secondaires et nécessitera une deuxième intervention, 2 à 3 semaines plus tard.

Les techniques de normalisation à la disposition du praticien sont nombreuses. Nous nous attacherons dans cette partie à en présenter quelques exemples et à justifier leur emploi.

Cette liste de dysfonctions et de leur normalisation ne se veut en aucun cas exhaustive.

Les dysfonctions présentées correspondent à celles que nous avons le plus rencontrées au cours de notre apprentissage et pratique de l’ostéopathie équine.

Chaque praticien peut adapter les modalités d’exécution d’une correction en fonction de sa sensibilité, de son gabarit, de son aisance dans le placement de son corps par rapport au cheval.

Certains praticiens auront plus volontiers recours à des techniques "spectaculaires", d’autres préfèreront travailler plus en douceur, utilisant les leviers musculaires et en suivant le sens des tensions musculaires. Certaines techniques seront plus facilement réalisables par des praticiens de grande taille avec une grande envergure de bras.

Il existe bien évidemment bien d’autres techniques de correction ou des variantes à celles présentées. Toutes sont aussi valables à partir du moment où les conditions suivantes sont réunies :

  • le diagnostic précis de la restriction de mobilité est établi,
  • les structures anatomiques sont parfaitement visualisées,
  • elles sont techniquement maîtrisées,
  • elles ne présentent aucun risque d’aggravation des lésions présentes (attention aux articulations instables, aux tendinites aigues ou aux tendons en pré-rupture, aux claquages…)
  • la sécurité du cheval, du praticien et de toute éventuelle personne est assurée.

Rappelons que lorsque l'ostéopathe parle "d'une vertèbre cervicale bloquée en rotation droite", cela signifie que cette vertèbre est fixée en rotation droite, la rotation gauche est impossible ou réduite, la restriction de mobilité est en rotation gauche.

Ou encore, si l'examen réalisé permet de détecter que la cinquième lombaire a une restriction de mobilité en extension, rotation droite et latéroflexion gauche, la conclusion ostéopathique est : "L5 en flexion, rotation gauche, latéroflexion droite".

De la même manière, "un pisiforme bloqué en haut" signifie que l’os, du fait de tensions myofasciales quelconques est maintenu en flexion, et que son extension sera limitée ou absente.

Préliminaires : notion de diaphragmes en ostéopathie

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Les diaphragmes en ostéopathie correspondent à un ensemble de fascias constituant un véritable carrefour (nerf, vaisseaux, organes, système lymphatique…). Ce sont des zones charnières qui subissent un maximum de contraintes biomécaniques en raison des insertions multiples et des conjonctions fasciales dont elles sont l’objet. Elles sont aussi appelées zones d'amortissement fascial.

Diaphragmes cervical (cervico-céphalique)

Il correspond à la convergence des méninges endocrâniennes (diaphragme crânien) avec les méninges rachidiennes, les fascia cervicaux, les fascia épicrâniens et de leurs insertions. En raison de la proximité avec l’origine du MRP, les restrictions de mobilité à ce niveau ne sont pas rares.

Il regroupe deux systèmes diaphragmatiques qui sont fonctionnellement étroitement liés du point de vue de l’ostéopathie, l’un constitué par les divisions de la dure mère crânienne (faux du cerveau, tente du cervelet, tente de l’hypophyse), l’autre par les fascias et organes de la jonction cervico-céphalique proprement dite, comprenant la nuque (jonction atlanto-occipitale) dorsalement et la gorge ventralement (appareil hyoïdien, poches gutturales, pharynx et larynx).

L’appareil hyoïdien est suspendu, il amortit sur tous les plans des tensions fasciales multiples. Il réunit les aponévroses inter-ptérygoïdienne et ptérygo-temporo-maxillaire, les aponévroses cervicales moyennes et profondes et les ligaments péricardiques.

Ce diaphragme cervico-céphalique peut être mis en rapport avec la ceinture énergétique gutturale de la médecine traditionnelle chinoise (T’ai Yin) balisée par les points VG16, V10, VB20, IG17, E9 et VC23. Cette ceinture énergétique, répond à la ceinture lymphatique constituée par les nombreux nœuds lymphatiques sous-jacents (pré-atloïdiens, rétro-pharyngiens, sous-maxillaire, le double anneau pharyngien de Waldeyer) marquant le rôle de première barrière protégeant les voies respiratoires et digestives contre les agressions externes qu’elles soient climatiques ou infectieuses. Notons également la présence sur cette ceinture de deux glandes d’une grande importance dans le contrôle du métabolisme et de la croissance : la glande thyroïde et le thymus chez le jeune. (Molinier 2003)

C’est pourquoi cette zone doit être contrôlée en cas de toux récidivantes, cornage laryngé, affection récurrente des poches gutturales, bronchite chronique, hoquets intempestifs…

Diaphragme de l'entrée de la poitrine (cervico-thoracique) 

Il est délimité par un cadre osseux très étroit : dorsalement la charnière vertébrale cervico-thoracique (C6-C7-Th1-Th2), de chaque côté les premières côtes, et ventralement l’extrémité crâniale du sternum. Il comprend :

  • des structures nerveuses : le ganglion cervico-thoracique (ou stellaire) de la chaîne sympathique, le passage des nerfs phréniques destinés au diaphragme, le départ du plexus brachial,
  • des structures vasculaires : tronc brachio-céphalique et ses divisions en artères carotides communes et artères sous-clavières, la veine jugulaire externe qui rejoint la veine cave crâniale,
  • des organes lymphoïdes : nœuds lymphatiques cervicaux caudaux profonds, cervicaux caudaux superficiels (pré-scapulaires), médiastinaux crâniaux et le thymus thoracique chez le jeune,
  • des viscères : passage de la trachée et de l’œsophage, engagement des pôles crâniaux des poumons enveloppés dans la coupole pleurale,
  • le médiastin crânial

Ce carrefour est une zone de jonction, "d’articulation" d’une dizaine de fascias :

  • Le fascia cervical superficiel unissant les fascias maxillaire et parotidien aux fascia thoraco-lombaire dorsalement et omo-brachial ventralement ;
  • Le fascia cervical profond qui va ancrer le système pharyngé (hyoïde, poches gutturales/pharynx/larynx) au cadre osseux de l’entrée de la poitrine et s’articuler avec les fascias axillaire, thoracique externe et endothoracique (rappelons que le fascia pharyngo-basilaire s’insère à la face ventrale de l’os sphénoïde).
  • Ce dernier est en continuité avec le péricarde fibreux, adhérent à la plèvre pariétale, elle-même reliée à la plèvre viscérale et à la capsule élastique des poumons par les mésopulmonums.
  • La lame pré-vertébrale du fascia cervical profond tapissant le muscle long du cou unit la face ventrale de l’os sphénoïde, de la partie basilaire de l’os occipital et de l’atlas à la face ventrale des vertèbres thoraciques (tapissée elle-même par le fascia endothoracique) et à l’arcade lombo-costale du diaphragme. Or, sur cette même arcade lombo-costale prend insertion, du côté abdominal, le fascia iliaca qui recouvre les muscles sous-lombaires…

Elle constitue également une zone d’ancrage, de transmission et d’équilibrage des tensions pour les chaînes musculo-aponévrotiques :

  • entre la ligne du dessus (crêtes Iliaques, sacrum, erector spinae et ses divisions, garrot, musculature cervicale dorsale) et la ligne du dessous (bord crânial du plancher du bassin, muscles droit de l’abdomen, processus xiphoïde, muscle transverse du thorax, manubrium sternal, muscles cervicaux ventraux),
  • des muscles de la base de l’encolure qui contrôlent et stabilisent la charnière cervicale basse au cours du mouvement, en particulier les muscles scalènes, qui interviennent également dans les mouvements inspiratoires en tirant les premières côtes au cours de l’exercice (continuité du système musculaire latéral : muscles obliques et transverse de l’abdomen, muscles intercostaux, musculature cervicale moyenne),
  • des différents haubans musculaires qui attachent les membres au tronc d’une part et qui, inversement permettent le soutien du tronc entre les membres d’autre part,
  • ligament supra-épineux – ancrage au garrot – ligament nucal – ancrage aux vertèbres et à l’occiput.

En médecine traditionnelle chinoise, de cette ceinture émane une grande puissance énergétique (Shao Yang, rattachée au symbole feu), contrôlée dorsalement par le point VG14, ventralement le VC22 et de chaque côté les points TR15 et VB 21

On peut aisément comprendre comment, à l’instar de toutes les ceintures, ce diaphragme subit de nombreuses contraintes biomécaniques, en statique pour assurer le maintien de la posture comme en dynamique pour assurer l’amortissement. Cette zone doit être contrôlée en cas de verrouillage de garrot, par exemple.

Diaphragme respiratoire

Le diaphragme constitue, à plusieurs titres, une pièce maîtresse de l’organisme.

C’est le muscle respiratoire le plus important : il qui initie l’inspiration (phase active de la respiration). Ce muscle est le seul inspiratoire agissant au repos complet ou quand l’animal dort (les autres étant recrutés progressivement en fonction de l’intensité de l’effort). De plus, il possède un fonctionnement quasi-autonome (à l’opposé des autres muscles squelettiques, il continue à se contracter même pendant le sommeil…).

Il se trouve au carrefour des fascias thoraciques et abdominaux et se trouve ainsi tiraillé entre la tension des fascias thoraciques et centraux en direction de la tête, et la traction des fascias abdominaux, associée au poids des viscères, en direction de la queue. C’est un véritable centre régulateur d’équilibre de ces tensions contraires.

Sa double structure aponévrotique et musculaire est traversée par l’œsophage et de gros vaisseaux (aorte et canal thoracique de la lymphe, veine cave caudale), il subit donc à la fois le rythme des mouvements respiratoires secondaires, des mobilisations hémodynamiques et du péristaltisme de la masse abdominale en suspension sur ses piliers.

Le diaphragme livre également passage aux deux composantes du système nerveux autonome : le parasympathique représenté par les troncs vagaux de part et d’autre de l’œsophage (hiatus œsophagien), et l’orthosympathique avec sa chaîne ganglionnaire du (arcade lombo-costale) et les nerfs splanchniques majeur et mineur qui vont rejoindre le ganglion coeliaco-mésentérique.

Enfin, il représente la seule barrière au milieu de la cavité cœlomique et se trouve ainsi au cœur de la régulation des pressions thoracique et abdominale qui se compensent en profitant de sa souplesse.

Une dysfonction du diaphragme peut être à l’origine de perturbations musculo-squelettiques, puisque son mouvement va de pair avec les côtes, la charnière vertébrale thoraco-lombaire, et les muscles abdominaux, de désordres digestifs ou encore d’insuffisance respiratoire. C’est une zone d’amortissement intra-thoracique majeure.

Diaphragmes pelviens

Ils correspondent aux détroits délimitant le canal de la naissance.

La ceinture de l’entrée du bassin (diaphragme lombo-sacral)

Elle correspond au détroit crânial du bassin et comprend l’articulation lombo-sacrale et les articulations sacro-iliaques.

Cette zone de jonction avec le membre pelvien, comprend :

  • Des structures vasculaires : la terminaison de l’aorte abdominale et ses divisions pour les viscères et pour les parois du bassin, formation de la veine cave caudale par confluence de veines iliaques, le centre lymphatique lombo-sacral (nouds lymphatiques iliaques médiaux et latéraux) qui draine tout le membre et les viscères pelviens, les nœuds lymphatiques inguinaux superficiels,
  • Des structures nerveuses : le plexus lombo-sacral, le ganglion mésentérique caudal d’où procède le nerf hypogastrique qui va contribuer à former le plexus mixte autonome du bassin,
  • Des viscères : le rectum, l’appareil génital et la vessie.

Par les insertions des méninges rachidiennes, elle est couplée au diaphragme céphalique de la tente du cervelet.

Elle sert de relais pour amortir les forces musculaires des postérieurs et les transmettre dans les meilleures conditions au reste du corps par l’intermédiaire du rachis. Ce double rôle est surtout joué par les articulations sacro-iliaques de par leur nature mixte : partie synoviale, mobile (amortissement, absorption des chocs) et partie synarthrodiale, rigide (transmission).

C’est une zone d’amortissement et d’articulations fasciales importante où convergent les tensions des fascias du tronc et du membre pelvien en particulier le long de l’arcade (ou ligament) inguinale :

  • fascias externes du tronc : thoraco-lombaire, tunique abdominale, aponévroses de muscles abdominaux, ligne blanche, tendon pré-pubien,
  • fascias internes du tronc : fascia iliaca, fascia tranversalis, péritoine,
  • fascias du membre pelvien : fascia lata, fascia fémoral et fascia glutéal.

Le sacrum constitue la zone clé de ce diaphragme, il est au centre de 4 articulations : lombo-sacrale, sacro-coccygienne (important balancier caudal chez le cheval) et les deux sacro-iliaques.

Siège de la transmission des efforts de propulsion, cette zone est particulièrement sollicitée chez le cheval, notamment à l’obstacle. Tout verrouillage entraîne des anomalies de posture et d’allures, incompatibles avec le travail de précision demandé par le cavalier.

Ce diaphragme de l’entrée du bassin, se trouve en rapport avec la ceinture énergétique hypogastrique, dont le niveau d’énergie, "Shao Yin", correspond à celui de l’appareil urogénital en liaison avec les fonctions d’expulsion (urine, cellules sexuelles, propulsion.. ). Cette ceinture énergétique est commandée par le point VG2bis, "cent-réunions" où se rassemblent les méridiens du membre pelvien, et croise les méridiens vessie (V28), vésicule biliaire (VB26), Estomac (E30) et du vaisseau conception (VC2) (Molinier, 2003).

Le diaphragme du petit bassin

Il correspond au détroit caudal du bassin, zone de confluence de nombreuses structures fasciales qui vont déterminer les diaphragmes pelvien et uro-génital réunis par le fascia périnéal.

Il est intéressant ici de souligner les relations entre le diaphragme respiratoire et celui du petit bassin :

  • En premier lieu, les piliers du diaphragme viennent doubler le ligament longitudinal ventral qui se fond avec le ligament sacro-coccygien ventral, sur lequel vient s’insérer le muscle élévateur de l’anus.
  • Le fascia tranversalis, le muscle droit de l’abdomen, et les aponévroses des muscles obliques et transverse de l’abdomen se rejoignent au milieu sur la ligne blanche, ancrée sur la symphyse pubienne.
  • Le fascia thoraco-lombaire se prolonge en arrière pour former le fascia coccygien qui se retrouve en continuité ventralement avec le fascia périnéal et le centre tendineux du périnée.

Le diaphragme du petit bassin présente lui aussi un aspect en coupole, inversée par rapport à son grand frère. Les deux structures semblent se faire face pour équilibrer les tensions et les pressions abdominales,

C’est pourquoi, en cas de restriction au niveau du diaphragme du petit bassin, il convient également de contrôler le diaphragme respiratoire.

Description : figure068

figure069

I. Le diaphragme cervico-céphalique

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Il regroupe en compte la tente du cervelet et la faux du cerveau, l'appareil hyoïdien et l'articulation C0-C1. Il fait ainsi le lien entre le crâne et la colonne vertébrale. L'os hyoïde représente aussi la liaison avec la "colonne ventrale".

Ce chapitre décrit d'abord les lésions crâniennes proprement dites, avant de traiter le diaphragme de la base du crâne, l'articulation temporo-mandibulaire, l'appareil hyoïde et enfin l'articulation C0-C1. Pour des schémas complémentaires, le lecteur peut se référer à l'annexe 1.

A. Les os crâniens (Evrard, 2002a)

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Rappelons qu'il faut garder à l’esprit l’étroite relation qui existe entre liberté de mouvement d’un os et libre circulation des informations nerveuses, vasculaires, lymphatiques. Toute restriction, compression, tension, torsion des structures avoisinantes, entraînera obligatoirement une gêne au bon fonctionnement. La connexion si étroite entre les méninges et la boîte crânienne, permet de comprendre les conséquences sur les tissus mous contenus dans ces méninges, des dysfonctions osseuses correspondantes.

1. Principaux troubles

On peut ainsi prévoir des troubles :

  • circulatoires (sinus veineux tributaires des tensions de la dure-mère et de l’arachnoïde),
  • hormonaux (rôle de l’hypophyse dans la régulation hormonale, et position passive au sein de la selle turcique, tributaire des tensions des méninges),
  • neurologiques (des zones d’excitation nerveuses peuvent naître des tensions méningées: épilepsie, troubles comportementaux),
  • mécaniques liés à la continuité crânio-sacrée provoquant une parfaite interrelation des dysfonctions des extrémités (blocage coccygien et céphalées, torsion du bassin…),
  • "projetés", liés aux restrictions de mouvements du manchon spinal, et aux tensions occasionnées aux sorties des nerfs rachidiens : la métamérisation du système nerveux sympathique donnera la cartographie des troubles attendus en fonction de l’étage de restriction.

Enfin, les dysfonctions propres aux os crâniens, engendreront des troubles fonctionnels locaux, pathologie de la sphère oculo-nasale, auditive…

Notons encore l'importance de la région pharyngée, du carrefour articulation temporo-mandibulaire/hyoïde-temporal, qui représente le point d’ancrage de nombreux fascias profonds et superficiels, amplifiant comme des leviers, les tensions distantes. 

2. Les lésions de la symphyse sphéno-basilaire

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Bien que n’étant pas à l’origine de toutes les dysfonctions ostéopathiques, la symphyse sphéno-basilaire (SSB) est toujours plus ou moins impliquée, soit directement comme source, soit secondairement comme lésion dérivée.

Les différentes lésions de la SSB ont été détaillées dans le chapitre consacré à l'ostéopathie crânienne.

De façon simplifiée, vu que les os occipital et sphénoïde sont considérés comme des vertèbres modifiées, les mouvements – et les lésions – de la symphyse sphéno-basilaire, peuvent être rapprochés de ceux des corps vertébraux : flexion (concavité ventrale), extension (concavité dorsale).

Lésion en flexion

Elle correspond à une exagération de la flexion physiologique. On a une restriction dans l’extension sphéno-basilaire. Les os pairs du crâne sont en rotation externe, il apparaît alors large et ouvert.

Lésion en extension

A l'inverse, c'est une exagération de l'extension physiologique et une restriction de la flexion. Les os pairs sont en rotation interne, et le crâne est étroit et fermé.

Lésions en torsion

Ce mouvement fréquent de la SSB n'est pas physiologique. Il compense une autre lésion. On a une contre-rotation du sphénoïde par rapport à l'occiput. Le sphénoïde est en rotation dans un sens et l'occiput en sens inverse. Cette torsion affecte peu le mouvement physiologique de flexion/extension puisqu'elle a lieu selon un axe perpendiculaire à celui de la flexion/extension (Evrard, 2002a). 

figure070

Lésion en latéroflexion-rotation

Dans ce cas, l'occiput et le sphénoïde sont dans le même sens de rotation ; la latéroflexion ("side bending") est dans le sens de la rotation. Le mouvement physiologique de flexion et d'extension est modifié.

Lésion en strain vertical

Le sphénoïde peut être en haut ou en bas. Si le sphénoïde est en flexion et l'occiput en extension, le sphénoïde est haut. Dans le cas contraire, quand le sphénoïde est en extension et l'occiput en flexion, le sphénoïde est bas.

Description : figure071

Description : figure072

Lésions en train latéral

Le sphénoïde est à droite ou à gauche par rapport à l'occiput.

Description : figure073

Lésions en compression de la SSB

Ce type de lésion correspond à un rétrécissement de la SSB. Il arrive que la SSB se compacte, suite à un traumatisme, entraînant des lésions graves à terme comme une ossification et une fibrose locale, avec de graves conséquences sur le fonctionnement crânien, hypophysaire en particulier.

3. Les techniques crânio-sacrées (Colombo, 2006a ; Evrard, 2202a)

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a) Les objectifs

Il s'agit de rétablir l'harmonie, en libérant la structure : la fonction retrouvera aussitôt son amplitude.

Les voies nerveuses étant le siège des influx nociceptifs responsables de la douleur et de l'entretien des lésions, il conviendra donc de s'attacher à libérer les voies nerveuses et obtenir le soulagement du patient.

Les dysfonctions articulaires sont décelées et levées, afin de rétablir le passage adéquat pour les vaisseaux et nerfs, mais aussi pour retrouver motilité et mobilité physiologique.

Le but essentiel est de récupérer un mouvement crânio-sacré ample, généreux et souple ainsi qu'une motilité fluide des fascias, et donc une libération des tensions musculaires et spasmes divers qui entravent l'équilibre du corps. Ainsi, cela permet une avancée vers l'autorégulation, agent de l'auto guérison.

b) Le point de résolution

Il existe un moment de bascule, un Still Point caractéristique, au cours du mouvement de flexion et extension des structures, un point vers lequel plus rien ne bouge. Physiologique, il correspond au fulcrum, sorte de point mort haut, avant reprise de l’activité.

Au cours du traitement, c’est aussi le moment où les structures "détendues, sont à l’écoute des mains du praticien". A cet instant, il convient de suivre attentivement, sans jamais s'imposer, les déplacements ressentis sous les doigts, afin d’aider le corps à retrouver équilibre et harmonie.

c) Utilisation des constituants du corps

Les caractéristiques du LCR et celles de la motilité des os crâniens sont utilisées pour écouter, suivre et amplifier les mouvements des structures.

Le LCR est un puissant fluide, qui permet de corriger des lésions, localement ou à distance (technique de V-Spread, et CV4).

d) Techniques de traitement
Modification de fluctuation du LCR

Les caractéristiques de la fluctuation de ce LCR peuvent être mises à profit dans les traitements soit en accélérant le flux (en accentuant les phases de flexion/inspir et d’extension/expir, en jouant sur les rotations externes et internes, etc.…), soit en le ralentissant (technique dite de CV4 ou ralentissement à partir du sacrum ou des membres). 

V Spread

L’index et le majeur, placés en V, sont disposés de chaque côté de l’articulation, ou de part et d’autre d’une zone de restriction fasciale ou articulaire. L’autre main, index en direction du V formé par les doigts, est placée en position controlatérale, induisant des vagues de LCR, tant mentalement que physiquement, produisant une onde qui vient se briser sur la zone de restriction, jusqu’à peu à peu libérer les structures : les doigts placés en V ressentent ce "lâcher prise". L'ostéopathe suit le mouvement jusqu’à normalisation.

Techniques utilisant la motilité crânienne

Nous utiliserons des techniques directes ou indirectes, pour libérer une restriction, en encourageant la motilité dans la direction opposée au blocage (indirecte), ou en forçant la motilité contre le blocage (directe).

Dans la technique indirecte, lorsque le praticien suit la motilité dans son sens favorable, le fulcrum est atteint et le mouvement est bloqué, jusqu’à la reprise de la motilité dans le sens de facilité : on recommence deux ou trois fois, avec chaque fois l’impression que le blocage va moins loin et dure moins longtemps, puis tout se normalise.

Une technique dite par induction peut aussi être utilisée : laquelle le praticien est actif et dirige la manœuvre, toujours avec douceur et retenue, et écoute les effets de son intervention.

Enfin, deux techniques font appel à davantage de transposition mentale : "les doigts sentent, le cerveau voit".

La première est dérivée du traitement par déroulement fascial (que nous étudierons plus en détail plus loin dans cette partie). Le praticien englobe l’ensemble du crâne, et visualise les restrictions de motilité, leur sens et les os concernés, puis les doigts suivent les mouvements jusqu’à normalisation, après passage par un ou plusieurs Still Point de résolution.

La seconde s’appuie sur la notion de densité : le praticien, après avoir déterminé le lieu de la densité, la contacte et augmente légèrement la pression, un appui lent et dense, qui sent sous les paumes les structures s’étaler et se relâcher, cette technique sera la méthode choix en viscéral.

B. Diaphragme de la base du crâne

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Des troubles du comportement, des troubles endocriniens (notamment hypophysaires) peuvent être liés à des dysfonctions au niveau de la dure-mère, de la tente du cerveau ou de la faux du cervelet.

La normalisation par une technique crânienne consiste à poser une main à plat sur la base du crâne et l'autre sur l'os frontal. L'ostéopathe attend le "release" après une légère pression des deux mains. Il suit ensuite les différentes tensions afin de les libérer.

Le release est obtenu lorsque l'ostéopathe ne sent plus de réactions.

Suite à cette manipulation, un relâchement des structures est obtenu. Evrard (2002a) décrit aussi une chaleur ressentie par le patient ou le praticien, un pouls thérapeutique qui disparaît très rapidement, une poussée dans la main de l'ostéopathe, qui le force à retirer sa main.

C. L'articulation temporo-mandibulaire

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L'articulation temporo-mandibulaire (ATM) joue un rôle essentiel dans l'équilibre du cheval. Les trois structures "suspendues" au rachis, sont le membre postérieur liées au bassin, le membre antérieur, liées au thorax, et les mandibules, liées au crâne. En particulier, le lien entre le sphénoïde, grand ordonnateur de l'équilibre crânien, et l'ATM explique les perturbations engendrées par une fixation anormale de cette articulation. Enfin, le contact postérieur avec les temporaux et l'occiput, explique les répercussions directes sur l'ATM, et donc l'affrontement dentaire, des perturbations de l'étage cervical supérieur.

1. Principales lésions

L'articulation temporo-mandibulaire est souvent pincée d'un côté et ouverte de l'autre. Un petit ménisque est présent dans l'articulation. Lorsqu'une lésion est présente, sa palpation devient douloureuse.

Ce point sentinelle de l'ATM est le signe d'une dysfonction locale, mais peut également être réactionnel lors de dysfonctions du bassin en particulier de la hanche homolatérale.

Une lésion de l'ATM est presque toujours associée à une dysfonction de la jonction-atlanto-occipitale du même côté.

2. Exemple de techniques de normalisation

Pour une correction structurelle (Giniaux, 2002) : le praticien se place du côté de l'ATM en dysfonction. Une main vient tenir la mâchoire supérieure au niveau de la barre, et masse le palais avec le pouce pour obtenir une relaxation et permettre l'ouverture de la bouche. L'autre main vient se placer sur la mandibule. Il faut alors pousser doucement la tête en latéroflexion vers le côté opposé au praticien, et à la fin du mouvement, la main dorsale maintient la tête, tandis que la main ventrale tire sur la mandibule.

D. L'appareil hyoïdien (Colombo, 2006b)

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Rappelons le lien entre l'appareil hyoïdien et la mandibule : la liaison myofasciale ATM-hyoïde- atlas, confirme l'importance d'une intégrité dynamique de l'ATM dans l'occlusion buccale, et dans la liberté de l'axe tête-cervicales-garrot. Il est donc toujours intéressant d'observer, sur le cheval au pas de face, les mouvements de balancier de la tête, et, dans la bouche, la forme et l'usure des tables dentaires...

Le corps et le processus lingual de l'appareil hyoïde sont facilement palpables dans la région caudale de l'auge. On peut prendre le processus lingual entre le pouce et l'index et en suivant les tensions vers rostral, caudal, la droite ou la gauche, libérer progressivement les tensions fasciales et normaliser le diaphragme cervico-céphalique (Evrard, 2002a).

Description : figure074

Il est également possible d'utiliser une technique fonctionnelle : l'opérateur passe une main dans l'espace inter-dentaire et prend l'apex de la langue et imprime juste une petite tension en direction rostral pour créer un point fixe (sans serrer ni tirer dessus !!). Ce geste induit des mouvements de mastications qui vont corriger la dysfonction en équilibrant les tensions fasciales sur l'hyoïde. Souvent cette manœuvre corrige également une éventuelle lésion de l'ATM coexistante.

Par action réflexe sur les parois du pharynx, il est possible de vidanger les poches gutturales du cheval, dont l'engorgement se traduit par des problèmes pour terminer un effort, une toux le matin au démarrage. Cela peut provenir de séquelles de récidives de toux, bronchites, allergies... Cette vidange permet de prévenir les pathologies plus graves par développement d'aspergillus, de staphylo- ou de streptocoques dans les poches gutturales.

L'avant-bras monte le long de la gouttière jugulaire, main à plat, bras droit pour la poche gauche et inversement, et les doigts s'engagent très progressivement (pour obtenir le relâchement des fascias) entre la mandibule et le pharynx, le plus haut possible, le dos des doigts contre la mandibule. Une zone tendue dépressible est alors palpée au-dessus du cartilage thyroïde du larynx. Elle correspond aux parois musculaires latérales du pharynx (muscles constricteurs) dont il est possible se provoquer une contraction réflexe soit en pliant les premières phalanges et les maintenant en pression sur le sommet du cartilage thyroïde, jusqu'à ce que le cheval avale, soit en réalisant un mouvement à la manière du pincement des cordes d'une harpe (Giniaux, 2002). Le réflexe de déglutition s'accompagne de l'ouverture de l'ostium tubaire permettant de chasser les sérosités accumulées dans les poches gutturales.

E. L'articulation atlanto-occipitale C0/C1 (Colombo, 2006b)

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1. Principales lésions

Cette articulation est la première à encaisser les chocs chez le cheval (main du cavalier trop dure, panaches, enrênements intempestifs ou mal utilisés...).

L'essentiel des lésions C0/C1 est représenté par des lésions de flexion souvent associée à une latéroflexion. En raison de la conformation des surfaces articulaires, la latéroflexion s'accompagne d'une rotation dans le même sens.

Le praticien remarque des spasmes des muscles sous occipitaux du côté de la rotation.

Description : figure075

2. Exemple de technique de normalisation

Une technique structurelle consiste à se placer du côté opposé à la rotation. Il faut ensuite empoigner l'aile de l'atlas controlatérale avec la main par-dessus l'encolure, l'autre main amène le chanfrein en latéroflexion vers soi, et une flexion et rotation dans le sens de la lésion sont imposées.

Chacune des dysfonctions intéressant ces structures peut être en relation avec des lésions crâniennes ou des dysfonctions des vertèbres cervicales. 

II. Les vertèbres cervicales

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Le segment vertébral de l'encolure est le plus mobile de l'ensemble du rachis chez les équidés. Trois aspects majeurs doivent être pris en compte dans la recherche des lésions :

  • les défauts architecturaux congénitaux : inversion, rapport d'importance entre encolure et arrière main,...
  • l'encolure mal travaillée : comme l'ensemble de la colonne vertébrale, l'encolure joue un rôle de « filtre émotionnel », et peut donc subir les conséquences d'une mauvaise technique de monte sous forme de spasmes, contractures musculaires, points de tension, encolure musclée à l'envers,
  • l'encolure traumatique : lésions d'origine accidentelle.

Le segment vertébral cervical a moins de raisons biomécaniques de souffrir que le pont dorsolombaire soumis aux contraintes de charge et de mobilité associée. Cependant, trop souvent, l'action de la main constitue un frein à la locomotion du cheval, ce qui peut engendrer des tensions para-vertébrales de défense, redoutables sur l'ensemble biomécanique.

Si l'on peut localiser des points de tension spécifiques, il faut cependant garder à l'esprit que toute affection du pont vertébral peut à distance, avoir des répercussions sur l'encolure et la nuque.

Cliniquement, ces affections se traduisent par des résistances aux flexions tête-nuque, des mouvements d'instabilité ou de secouements, de résistance à la main, de défense, d'épaule nouée, d'extension limitée, d'incurvations refusée ou difficile (Denoix et Pailloux, 2001).

La présence de points de tension entraîne à la fois un affaiblissement des muscles qu'ils affectent et des restrictions dans l'amplitude des mouvements permis par ces derniers. Ils peuvent entraîner des réactions de défense de la part de l'animal, plus ou moins violentes ; et si le travail n'est pas interrompu, des contractures réflexes en chaîne se mettent en place, aboutissant à une raideur générale dans les mouvements; et donc à des contreperformances sportives.

A. L'atlas

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1. Principales lésions

La première vertèbre cervicale est liée à des symptômes caractéristiques : c'est le cas du cheval qui refuse le mors ou qui balance la tête. La dysfonction de cette vertèbre est liée à une douleur des masséters et, ou des ptérygoïdiens. Ces muscles permettant la fermeture de la bouche sont les premiers touchés par l'action de la main du cavalier et aussi lors d'une usure irrégulière des tables dentaires ou une mastication irrégulière.

Les dysfonctions sont déterminées par les limites physiologiques de l'articulation C1-C2. En effet, du fait de la profondeur de l'engagement de l'apophyse odontoïde dans l'anneau atloïdien, la flexion et l'extension sont limitées. De plus, on peut considérer que l'atlas effectue une rotation en pas de vis autour de cette apophyse. Il n'y a jamais de latéroflexion de l'atlas par rapport à l'axis.

Le praticien peut noter que l'aile homolatérale à la rotation se dorsalise en même temps qu'elle recule, tandis que l'aile opposée se ventralise et avance légèrement. Les restrictions de mobilité touchent la rotation inverse. Souvent, le muscle oblique caudal du côté de la rotation présente un point de contracture très sensible (trigger point).

Description : figure076

2. Exemple de technique de normalisation

Cette technique mise au point par D.Giniaux (2002), consiste à se placer d'abord du côté de la rotation. Une main passe pardessus la crinière pour aller empoigner l'aile controlatérale de l'atlas. L'autre sur le côté de la face, les doigts sur le chanfrein.

Une fois les mains bien positionnées, l'ostéopathe tourne de deux pas vers le sens de la rotation souhaitée et se retrouve face du cheval dont la tête est alors en rotation . En fin de mouvement, il faut imprimer une rotation légère (maximum 30°), en tirant sur l'aile de l'atlas controlatérale, et en poussant sur l'autre main.

B. De C2 à C7

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1. Symptomatologie

Le blocage de la septièmes vertèbre cervicale est fréquemment associé à une pathologie du membre antérieur et de l'épaule. Cette dysfonction est alors la cause ou bien la conséquence. La lésion de C7 est associée à une névralgie cervico-brachiale à l'origine de la boiterie antérieure et de perturbations circulatoires le long du membre (Giniaux, 2000).

Un exemple typique du lien vertèbre-trouble périphérique est la dysfonction de C7 et une pathologie tendineuse antérieure. Giniaux (2000) décrit que lors de la présence d'une légère péri-tendinite des fléchisseurs (sans atteinte majeure du tendon) la dernière cervicale est bloquée. La manipulation de cette dernière permet la résolution des troubles tendineux.

Les troisièmes et quatrième vertèbres cervicales sont concernées par le syndrome de Wobbler. Selon Giniaux (2000), la manipulation de C4 a des résultats positifs dans certains cas de Wobbler discrets ou débutants. Certains poulains seraient prédisposés à cette affection en raison d'une déformation de la tête articulaire du corps de C4, ce qui rétrécit le canal médullaire.

Une chute ou un traumatisme provoquerait un blocage de C4 ou C3 laissant ainsi apparaître les symptômes classiques de la pathologie. Si des manipulations ostéopathiques associées éventuellement à une tonification par de l'acupuncture permettraient d'améliorer les signes cliniques lors d'un Wobbler discret en rapport avec une légère instabilité cervicale, il est bien évident que dans le cas d'un Wobbler "véritable" avec déformation morphologiques importantes et rétrécissement du canal médullaire, ne sont plus du ressort de l'ostéopathie. Gardons à l'esprit les limites de l'ostéopathie : bien évidemment lors d'une destruction des fibres nerveuses de la moelle épinière, une manipulation n'apporte pas d'amélioration des symptômes !

Les lésions cervicales sont souvent d'origine traumatique ou sont la conséquence de troubles postérieurs. 

Tableau 6 : Affections associées aux dysfonctions des vertèbres cervicales (d'après Giniaux, 2000)

Dysfonction au niveau de :  

En association avec :

C6-C7

  • pathologie de l'épaule et du membre antérieur
  • névralgie cervico-brachiale
  • perturbations circulatoires le long du membre
  • légère péri-tendinite des fléchisseurs (avant le claquage)
  • blocage du pisiforme
  • ostéite de la 3ème phalange
  • maladie naviculaire

 C5

  • phénomène mécanique

C4 et C3 

  • Syndrome de Wobbler

C2 

  • agite la tête, refuse le mors, mastique parfois difficilement
  • doubleur des masséters
  • surdents 

C1 

  • bloqué dans la nuque
  • troubles du comportement
 

2. Principales lésions

On rencontre le plus souvent des dysfonctions en extension, dans lesquelles les muscles sont spasmés du côté de la dysfonction (facettes en convergence), et la flexion est difficile, ou bien des dysfonctions en flexion où les muscles spasmés sont les mêmes, mais les facettes sont en divergence et la flexion plus aisée que l'extension.

Description : figure078

3. Exemples de techniques de normalisation (Colombo, 2006b)

a) Dysfonction en extension

Placé à côté du cheval, une main saisit un pli de peau et contacte avec le poing fermé la partie crâniale de la vertèbre en dysfonction, bras tendu, l'autre main empoigne le licol et induit une extension et rotation de l'encolure jusqu'au dégagement de l'animal.

Cas particulier de C3

Les facettes articulaires sont horizontales. La technique de choix est de saisir un pli de peau en regard de C3 du côté opposé à la lésion (non douloureux), plier la tête et le haut de l'encolure autour de la main, sans rotation de la tête, et pousser en même temps sur la vertèbre en maintenant le pli de peau.

Cas particulier de C4

Si le cheval souffre de signes ataxiques rappelant un syndrome de Wobbler, on ne pourra pas saisir un pli de peau, donc il faut agir en technique indirecte avec l'encolure. Face au cheval, il faut plier doucement l'encolure vers la droite (en effet, 90% des blocages seraient à gauche selon Giniaux), en accompagnant sans pousser, et, lorsque la zone de tension est atteinte, un thrust ferme est dirigé vers la cage thoracique en prenant appui sur C2 et la tête.

b) Dysfonctions en flexion

Le praticien se place du côté de la dysfonction, une main saisit un pli de peau de façon à ce que le poing contacte le sommet de la vertèbre à corriger, et induit avec l'autre main encapuchonnant la tête ou tenant le chanfrein, un mouvement de latéroflexion et rotation jusqu'à tension : il reste à thruster en fin de mouvement.

Description : figure079

III. Le diaphragme d'entrée de la poitrine (ou cervico-thoracique)

A. Principales lésions

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Les dysfonctions à ce niveau sont génératrices de tensions musculaires en regard des vertèbres lésées, ces tensions se propagent jusqu'aux épaules et à la tête, à travers les fascias cervicaux profonds.

Comme nous l'avons souligné dans le chapitre précédent, les dysfonctions vertébrales de la charnière cervico-thoracique sont souvent associées à des pathologies de l'épaule et du membre antérieur, des névralgies cervico-brachiales, des perturbations circulatoires le long du membre, un syndrome podotrochléaire.

En outre, le ganglion stellaire présent dans cette zone est irrité lors de restriction de mobilité des structures ostéo-articulaires, engendrant ainsi une hypertonie musculaire. Une pression de cette zone est à l'origine d'une réaction du cheval : il allonge l'encolure et la tête et effectue une latéroflexion homolatérale.

La région cervico-thoracique est étroite. Les structures qui la traversent sont comme "compressées" et une dysfonction peut très vite perturber la vascularisation et l'innervation de la base de l'encolure, du poitrail et du membre thoracique. L'artère sous-clavière, par exemple, peut être spasmée et ainsi diminuer le débit sanguin de l'extrémité digitée.

Il est donc important pour l'ostéopathe de contrôler cette charnière, notamment par écoute du MRP.

B. Exemple de techniques de normalisation

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Cette zone est le siège d'une lordose physiologique. De plus, la morphologie de C6 la rend également vulnérable. Pour des dysfonctions vertébrales, le praticien peut utiliser les techniques de normalisation décrites pour le réajustement des vertèbres cervicales. Lors de la correction structurelle, il conviendra néanmoins de maintenir le corps vertébral sous pli de peau en prenant appui sur le base caudale de la vertèbre lésée. Souvent, le cheval s'enroule spontanément autour du poing.

Description : figure080

L'ostéopathe peut aussi écouter les structures de cette charnière grâce au MRP : une main sur le sternum, l'autre sur le garrot, la structure en dysfonction est repérée, le MRP suivi et les tensions libérées une par une, jusqu'à normalisation complète du MRP.

Description : figure081

IV. Le membre thoracique

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Les articulations et les reliefs osseux des membres sont d'un abord palpatoire plus aisé que ceux du rachis, et le levier constitué par le membre lui-même est un atout certain dans les techniques manipulatives.

Les membres doivent être regardés par l'ostéopathe, non pas comme des appendices indépendants, mais bien comme des éléments indispensables à l'équilibre de l'animal. Leur fonction et leur intégrité sont nécessaires à la bonne tenue de l'animal quadrupède, en particulier pour l'équilibre et le soutien du dos : le dos ne va pas sans les membres, et les membres sans le dos.

Notons que la médecine traditionnelle chinoise a accordé une place toute particulière à ces articulations, au point d'en faire le siège des points majeurs d'action à distance dans la philosophie acupuncturale. Ces points sont utilisables par l'ostéopathe. Les membres paraissent plus simples à étudier, il n'en reste pas moins qu'ils comportent un certain nombre de zones sensibles, et de points alarmes qui renseignent sur l'état général du patient : il serait illusoire de penser que l'approche ostéopathique des membres se cantonne à la locomotion.

Avant de regarder un cheval en mouvement et de s'intéresser aux différentes articulations, il convient de le regarder à l'arrêt et d'inspecter minutieusement ses aplombs. De mauvais aplombs sont à l'origine d'une mauvaise démarche, d'une locomotion perturbée et donc de problèmes sous-jacents.

A. Les aplombs

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Un des éléments les plus importants à prendre en compte en ce qui concerne les aplombs des membres thoraciques est, selon Giniaux (2000), le manque de talon, car il est corrélé à deux pathologies courantes en médecine équine : l'ostéite de troisième phalange et le syndrome podotrochléaire.

Le cheval qui manque de talon aux antérieurs est un animal qui se couche souvent et qui a tendance à se dandiner d'un pied sur l'autre. Si un seul antérieur est atteint, il le tient constamment en avant pour le soulager. Statistiquement, si un seul membre est atteint, c'est le gauche.

Giniaux souligne qu'il existe un lien entre un sabot antérieur affaissé et un blocage des vertèbres thoraciques Th2 et Th1, et/ou surtout de la vertèbre cervicale C7.

Les travaux de Giniaux l'ont conduit à constater que des blocages du garrot, des premières dorsales ou de la dernière cervicale récidivaient constamment du seul fait d'un sabot antérieur affaissé.

Un travail corrélé entre le vétérinaire ostéopathe et le maréchal-ferrant est vivement recommandé dans les cas de chevaux manquant de talons.

B. Les articulations de l'épaule

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L'épaule est constituée de deux articulations : l'articulation scapulo-humérale et l'articulation scapulo-thoracique. Cette dernière est souvent délaissée par les cliniciens. Elle est pourtant la cause de nombreux désordres locomoteurs.

Les mouvements des articulations proximales du membre thoracique sont intimement dépendants les uns des autres : la flexion de l'épaule (articulation scapulo-humérale), se traduit par un mouvement global du membre vers l'arrière, alors que l'extension correspond au jeter du membre en avant. Les mouvements d'abduction sont réduits, et les mouvements crânio-caudaux de la scapula aussi (tout au plus 30°). Ces deux articulations seront donc étudiées et testées simultanément.

1. Principales lésions

L'articulation scapulo-thoracique est le plus souvent bloquée en extension. Le mouvement de pro-traction est alors limité. Les problèmes myofasciaux accompagnent souvent ce type de lésion, notamment des tensions du fascia thoraco-lombaire. Sans prise en charge, ces tensions peuvent s'étendre jusqu'au ligament scapulaire, avec des risques d'adhérence. Cette lésion en extension est souvent complexe car accompagnée d'une dysfonction en abduction.

L'articulation scapulo-humérale est fréquemment bloquée en flexion et en adduction. Une chute et un écartement des membres antérieurs peut être à l'origine de cette lésion. Les muscles sous-scapulaires sont touchés. Des douleurs en rapport avec les muscles brachiocéphalique, pectoral ascendant ou descendant sont notées.

Ces blocages se répercutent généralement au niveau de l'encolure basse et de la région du garrot : points de tensions, tensions fasciales ou dysfonctions secondaires. Le point sentinelle de l'épaule de Giniaux est souvent réactionnel lors de dysfonction scapulohumérale (suite à un écart d'épaule notamment). Il correspond à une hypersensibilisation du nerf axillaire.

2. Exemples de techniques de normalisation (Colombo, 2006b)

Dans le cas de l'épaule, du fait de la liaison entre l'articulation scapulo-thoracique et scapulohumérale, les corrections sont souvent liées.

Il existe cependant des techniques de correction spécifiques de la jonction scapulo-thoracique, qui permettent de lever des restrictions dues à des contractures des muscles du garrot (trapèze, rhomboïde) du grand dorsal ou assez souvent à l'insertion du muscle dentelé ventral du thorax qui est a un rôle primordial dans la suspension du tronc entre les membres (surtout à la réception d'un saut) ou dues à des adhérences entre les plans de glissement fasciaux.

Lorsque l'épaule et la scapula sont bloquées en extension et en rotation externe : vous saisissez le boulet, la normalisation structurelle consiste à amener doucement le membre vers l'avant, vers le sol ; au moment de l'extension lorsque le membre s'aligne, une légère abduction est réalisée.

La correction complète se fait souvent suite à la manœuvre précédente, quand on amène le membre en flexion complète.

Description : figure082

Si la rotation est interne, le praticien se place face au cheval, le pied est saisi entre les genoux, la tête humérale est bloquée d'une main, et de l'autre l'olécrâne est tenu : dans le même geste, l'ostéopathe étire le membre en reculant les jambes, pousse sur l'humérus et effectue une rotation interne de l'humérus en écartant l'olécrâne.

Les points de tension peuvent aussi être traités par massage, kinésithérapie, mobilisations passives et actives ou encore à l'aide d'agents physiques.

Les tensions fasciales peuvent être traitées par des méthodes fasciales. Nous développerons ces techniques plus particulièrement dans un chapitre prochain.

C. L'articulation du coude

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1. Principales lésions

Les lésions au niveau du coude sont rares. Elles résultent de glissades, de longues boiteries de pied compensées, ou d'adaptations.

Evrard (2002b) décrit néanmoins des lésions en flexion-abduction et des lésions en extension-adduction.

2. Exemples de techniques de normalisation (Colombo, 2006b)

Tests et manipulations se font suite : le praticien est à côté du cheval, une main sur l'olécrâne, l'autre soutenant le carpe, il mobilise l'avant-bras en rotation, flexion et extension.

En extension, le praticien amène le membre en extension en tenant le pied, puis "suit" le mouvement du patient jusqu'à la barrière et attend que le cheval retire le membre.

En flexion, il se place à côté du cheval, dans le même sens, contre le flanc. Il saisit le pied et amène le membre en arrière, canon horizontal, jusqu'à la barrière, il attend alors le retrait de l'animal qui normalise la lésion.

D. L'articulation du carpe

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1. Principales lésions

Les dysfonctions du carpe

sont fréquentes entravent la mobilité et surtout les performances de l'animal dans la phase ascensionnelle du membre dans les différentes allures : occasionnant des trébuchers et des chutes sur les antérieurs. Le cheval d'obstacle accroche les barres, ou trébuche à la réception.

Chez les galopeurs, l'hyper-extension répétée du carpe est fréquemment à l'origine d'une lésion d'un os carpal ou d'une dysfonction d'une rangée entière. Ces os sont alors bloqués caudalement.

Le scaphoïde est souvent touché lors de virages courts ou sur des cercles serrés.

Le pisiforme est généralement bloqué en extension et en abduction. Le blocage du pisiforme entraîne souvent des tendinites du fléchisseur superficiel chez les galopeurs et chez les trotteurs (Evrard, 2002b). Il est lié à des problèmes de contracture des fléchisseurs ou un traumatisme du carpe avec une contracture réflexe.

La restriction de mobilité peut toucher le carpe dans son ensemble lorsque la tendinite est ancienne et associée à des adhérences dans le canal carpien.

Bien que le MRP reste l'examen de choix, le praticien peut tester le carpe en rotation, extension, flexion. Le pisiforme devra être spécifiquement testé.

2. Exemples de techniques de normalisation (Colombo, 2006b)

Avec les techniques structurelles, le praticien se place à côté du cheval, ses deux mains en cuiller sous le canon, son genou contre les glomes, et en se plaçant dans un plan sagittal, il exerce une traction sur le canon. Il faut ensuite contrer la traction en poussant avec le genou vers crânio-dorsal : l'action est sur le scaphoïde et le grand os essentiellement. Une poussé en appui latéral débloque l'unciforme, en appui médial le trapézoïde.

Pour le pisiforme, quand le test de mobilité est effectué, la main caudale tient le pied, la main crâniale empoigne le carpe, pouce verrouillant le pisiforme par le dessous. Il faut effectuer avec le sabot un mouvement dans le sens des aiguilles d'une montre (vue depuis le praticien), c'est-à-dire partir vers l'intérieur et vers le bas, puis lors de la remontée, tirer fort sur le pied. Etant donné que le pisiforme part vers l'intérieur quand le cheval plie le membre, le pouce amplifie ce mouvement et, en maintenant la position lors de la remontée (et de l'extension) de l'articulation, provoque une décoaptation.

Description : figure083

E. L'articulation du boulet

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1. Principales lésions

Une entorse au niveau du boulet est à l'origine d'une instabilité sur le boulet controlatéral.

L'articulation métacarpo-phalangienne peut être bloquée : dans ce cas, le boulet ne descend pas.

Les os sésamoïdes sont souvent bloqués en extension. Cette lésion est associée à des tendinites des fléchisseurs, à des contractures ou des tendinites des suspenseurs du boulet.

2. Exemples de techniques de normalisation (Colombo, 2006b)

Les techniques structurelles sont utilisées après les tests de mobilité, dans la même position, le paturon est saisi à deux mains dans l'axe du canon, et des mouvements de rotation et de traction sont effectués de façon successive et alternative.

Les sésamoïdes sont manipulés pendant le test en les bloquant d'un doigt pendant que l'on effectue les flexions et rotations de l'autre.

F. Les articulations du pied

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1. Principales lésions

L'articulation inter-phalangienne proximale est fréquemment le siège d'arthrose.

L'articulation inter-phalangienne distale est souvent bloquée en rotation externe ou interne et en flexion. Des tensions fasciales sont en liaison avec le tendon du fléchisseur profond.

2. Exemples de techniques de normalisation (Colombo, 2006b)

Ces dysfonctions étant de façon peu fréquente des lésions primaires, nous ne prendrons que l'exemple d'un blocage de l'articulation inter-phalangienne distale en rotation. La base de la technique de normalisation reste la même.

Pour une articulation inter-phalangienne en rotation interne ou externe, l'ostéopathe saisit le boulet d'une main et le sabot de l'autre en effectuant une légère traction. Ensuite, une rotation interne ou externe est effectuée jusqu'à la barrière motrice. La manipulation se termine par un thrust.

V. Le Thorax

Nous aborderons la colonne thoracique d'un point de vue structurel, les autres structures (poumons, plèvres, médiastin, cœur, péricarde) d'un point de vue fascial et viscéral.

A. Principales lésions du thorax

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1. Traumatismes

Les traumatismes peuvent être nombreux : chutes sur les flancs, sur l'épaule, sur le ventre, chutes à l'obstacle avec la selle... Le thorax est caractérisé par une plasticité exceptionnelle en raison des nombreuses articulations qui le composent.

Les vertèbres cervicales sont très mobiles par rapport aux vertèbres thoraciques. Les lésions suite aux traumatismes sont souvent situées à la jonction cervico-thoracique, près de la première côte. Les dysfonctions cervicales basses sont à l'origine de perturbations fasciales au niveau du thorax crânial.

2. Séquelles post-chirurgicales

Les interventions chirurgicales au niveau du thorax et de l'abdomen laissent des cicatrices à l'origine de trouble de la mobilité des fascias thoraciques.

3. Lésions in utero

Lorsque le fœtus garde une mauvaise position in utero, des tensions peuvent apparaître au niveau du thorax, ces dernières peuvent être à l'origine de déviations thoraco-lombaires.

4. Causes infectieuses

L'appareil respiratoire du cheval est très sensible aux infections. A chaque attaque infectieuse, un tissu cicatriciel, séquelle de l'infection, perturbe la mobilité des plèvres.

La région cervico-thoracique est une porte d'entrée pour tous les germes, c'est aussi une zone traversée par de nombreuses structures. Lors de dysfonction d'une vertèbre à cet étage, la vascularisation et l'innervation de cette région peuvent être perturbés. L'artère sous-clavière par exemple, peut être spasmée et le débit sanguin dans l'extrémité digitée s'en trouve diminué (Evrard, 2000b).

B. La colonne thoracique

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La colonne thoracique est associée en ostéopathie à la ceinture scapulaire. Tous les mouvements de cette dernière provoquent la mobilisation des vertèbres cervicales et thoraciques et des côtes.

Les mouvements physiologiques sont réduits chez le cheval. Flexion, extension, latéroflexion, et rotation sont cependant possibles, à des degrés divers selon l'étage considéré.

Les mouvements de latéroflexion sont les plus importants. En raison de l'insertion des muscles longs du cou très en arrière, les corrections des premières dorsales pourront s'effectuer comme les cervicales, à l'aide de l'encolure.

Dans tous les cas, des tensions musculaires profondes sont en regard de la vertèbre lésée, des tensions superficielles touchent par contre un groupe de vertèbres qui peut être important de part et d'autre de la dite vertèbre.

1. Principales lésions

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La dix-huitième thoracique fait partie de la charnière thoraco-lombaire. Elle fait souvent l'objet de dysfonction dans le cas des chevaux qui se roulent au box. En effet, dans ce type de mouvement, les vertèbres lombaires sont en rotation et transmettent la rotation à Th18. Cette dernière vertèbre thoracique est aussi celle qui est impliquée dans les troubles du gros intestin et en particulier dans les coliques de stase. C'est donc Th18 qui est la plus en danger lorsque ces chevaux en colique se roulent (Giniaux, 2000).

La région du garrot est constituée des vertèbres thoraciques 3 à 10. Elles sont le plus souvent bloquées en extension. Lors de ce type de dysfonction, le cheval présente un raccourcissement de la foulée des antérieurs, souvent aggravé par le sanglage. Cette lésion s'oppose à la remontée du garrot, surtout lors d'un saut. Ce type de blocage est souvent la conséquence de blocages de l'arrière-main, quand le cheval ne pousse pas avec les postérieurs. Ce type de blocage est aussi typique chez les poulains de deux ans à l'entraînement. A cet âge, les apophyses épineuses du garrot entrent en croissance pendant une quinzaine de jours. Lors d'un travail intensif pendant cette période, la contraction des muscles du garrot provoque un effondrement des vertèbres. Les chevaux manifestent la douleur par un raccourcissement des foulées antérieures.

En trébuchant accidentellement, Th2 et/ou Th3 peuvent être bloquées. Ensuite, le cheval est amené à trébucher plus fréquemment. Ces premières vertèbres thoraciques sont hors d'atteinte par palpation directe. Le diagnostic de leur dysfonction nécessite une certaine habilité et habitude. La manipulation ne peut être qu'indirecte, à partir des vertèbres cervicales.

2. Symptomatologie

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L'ensemble des symptômes liés aux dysfonctions des vertèbres thoraciques est résumé dans le tableau suivant.

Tableau 7 : Affections associées aux dysfonctions des vertèbres thoraciques (d'après Giniaux, 2000)

Dysfonction au niveau de :

En association avec :

Th18

  • Marche légèrement de côté, se traverse
  • Troubles du gros intestin (coliques de stase)
  • Excitation du système orthosympathique
  • Cas des chevaux qui se roulent au box

Th17

  • Marche légèrement de côté, se traverse
  • Surrénales ?
  • Difficulté d'incurvation

Th16

  • Marche légèrement de côté, se traverse
  • Difficulté d'incurvation
  • Cheval qui se traverse

Th15

  • Fais le gros dos, figé sous la selle
  • Difficulté d'incurvation
  • Cheval qui se traverse
  • Excitation du système parasympathique : transpiration excessive, 2° suée au box

Th14 (rare)
Contracture musculaire locale 

  • Fait le gros dos, figé sous la selle
  • Troubles hépatiques
  • Myosite généralisé

Th13 à Th11

  • Fait le gros dos, figé sous la selle
  • Troubles estomac (bâillements, tic à l'appui)
  • Mais vérifier le parasitisme

Th10 à Th3
Région du garrot
Blocage en extension 

  • Troubles pulmonaires et cardiaques
  • Raccourcissement de la foulée des antérieurs
  • Trébuche, sur les épaules
  • Chevaux qui sautent très plat
  • Conséquences de blocages de l'arrière-main
  • Blocage de travail excessif et de fatigue

Th10

  • Emphysème (pas de guérison à la manip)

Yh8 et Th7

  • Troubles cardiaques : bruit métallique du cœur à l'auscultation

Th3 et Th2

  • Cheval qui trébuche fréquemment au pas

Th1

  • Equilibre général
  • Troubles de l'émotivité
 

3. Importance des mors, des enrênements et de la selle

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Le harnachement est utilisé pour aider le cavalier à créer un équilibre dans le travail musculaire du cheval. Cependant, s'il n'est pas utilisé de manière adéquate, il peut avoir des conséquences néfastes, notamment être source de dorsalgies ou empêcher un problème existant de se résoudre, en créant des contraintes mécaniques inopportunes et donc des point de tension. L'utilisation de certains types de mors, de reines allemandes, Chambon, gogue, martingale fixe,...doit donc être contrôlée. Appliqués à bon escient, ces enrênements pourront être bénéfiques en renforçant la musculature ventrale : sans un tel renforcement, des muscles impliqués dans la flexion spinale et pelvienne, le cheval ne peut accomplir le rassembler nécessaire pour effectuer un engagement correct.

Un mauvais emploi de ces aides contribue à l'apparition de dorsalgies en forçant le cheval à maintenir son corps dans posture qui ne lui est pas naturelle. Le maintien constant en position forcée peut engendrer des contraintes excessives et une fatigue de certains muscles. Le cheval compense en utilisant d'autres parties de son corps de façon incorrecte, et à terme, les points de tension seront le siège de lésions (Ridgway, 1999a).

Considérons plus particulièrement, l'incidence de la position de la selle sur l'apparition de points de tensions. Deux phénomènes interviennent :

  • la répartition du poids du cavalier a un retentissement sur l'équilibre général du cheval,
  • la disposition des apophyses épineuses de la colonne thoracique intervient au niveau de la répartition des forces appliquées par le poids du cavalier.

Lorsque le cheval est sellé très en avant, la longueur des apophyses des vertèbres fait que le poids du cavalier est appliqué en avant de la clé de voûte (point de stabilité maximale au niveau duquel la répartition des forces exercées est la meilleure). Cela a pour effet d'effondrer l'avant, même légèrement, et de déporter la courbe de la voûte vers l'arrière.

Lorsque le poids du cavalier est au niveau de la neuvième dorsale (position habituelle), le dos est souvent tétanisé, il se retient plus qu'il ne se tient, afin de ne pas s'effondrer devant. Si le poids se répartit sur la douzième ou la treizième dorsale, les muscles ont moins d'effort à fournir car les forces sont mieux réparties entre l'avant et l'arrière. Un cheval sellé ainsi ne s'arrête jamais campé, ses arrêts sont parfaits sans qu'il soit besoin de le rappeler à l'ordre avec les jambes.

L'explication de ces phénomènes tient dans la disposition des apophyses épineuses des vertèbres spinales (Giniaux, 2000) : si le garrot est effondré, même un peu, les grandes apophyses des vertèbres de cette région se touchent et induisent une douleur et une contracture réflexe des muscles tenant les épaules. Des points de tension y seront retrouvés.

Au contraire, si le poids du cavalier s'applique sur la douzième ou la treizième vertèbre dorsale, les espaces entre les apophyses du garrot est ouvert et par conséquent les épaules sont libérées. Le cheval peut alors tendre les muscles de l'avant main sans avoir à les tétaniser pour se retenir. Son geste antérieur est alors plus ample et plus efficace. Ainsi, le cheval engage ses postérieurs sous la masse formée par son propre poids et celui de son cavalier. Le mouvement est amélioré.

4. Exemples de techniques de normalisation

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Les dysfonctions en extension et en flexion simple sont exceptionnelles. Elles sont très souvent accompagnées d'une rotation et d'une latéroflexion.

e) Dysfonction en extension

Une vertèbre thoracique lésée en extension et en rotation possède des processus épineux latéralisés du côté opposé à la rotation. Les tensions musculaires englobent deux à quatre vertèbres autour de la dysfonction. Le cadenas (ou verrouillage) est du côté de la rotation.

Description : figure084-1

Notons qu'il convient de réaliser une flexion du rachis thoracique dans les techniques directes, et une extension dans les techniques indirectes. Le premier acte consiste à bloquer la vertèbre caudale à celle en dysfonction afin de réaliser un point d'appui sans lequel la manipulation ne peut pas passer.

Selon l'étage vertébral, le praticien agit sur l'encolure ou sur les zones réflexe du muscle erector spinae.

Les vertèbres Th4 à Th7 sont difficiles à manipuler : l'ostéopathe se contente des techniques de mobilisation active indirecte successives jusqu'à normalisation (puncture digitée ou pincement en regard de la vertèbre en dysfonction ce qui accentue l'extension par réflexe).

Pour Th7 à Th18, le praticien se place du côté opposé à la rotation, induit une latéroflexion de l'encolure en tenant le licol et en l'amenant vers lui, jusqu'à mobiliser la vertèbre en dysfonction, et provoquer une flexion par pression forte sur le plastron costal correspondant.

b) Dysfonction en flexion

Dans le cas des lésions en flexion et en rotation, les processus épineux sont aussi du côté opposé au sens de rotation, les tensions musculaires sont identiques, mais le cadenas est situé du côté opposé à la rotation.

Description : figure085

Une technique structurelle consiste à réaliser un blocage de la vertèbre en dysfonction, en la fixant avec un doigt ou le coude, en se plaçant du côté de la latéroflexion que l'on veut induire, c'est-à-dire du côté opposé à la rotation.

Ensuite, il faut faire amener l'encolure vers soi par un aide, jusqu'à sentir la mobilisation des masses musculaires sous ses doigts et provoquer une flexion du rachis avec le genou remonté sous la ligne du dessous.

Enfin, une flexion et latéroflexion rapide sont provoquées par stimulation des fessiers du côté controlatéral : le cheval est comme enroulé autour du praticien. Dans cette technique, on mobilise le groupe de vertèbres postérieures et la vertèbre en dysfonction que l'on "réaligne" dans le même geste.

Pour les vertèbres thoraciques plus antérieures, on utilise le plastron costal : une pression forte sur le tiers supérieur provoque une extension réflexe du rachis, une pression dans le tiers inférieur, une flexion réflexe. On combine alors avec une rotation et latéroflexion effectuée par un aide à partir de l'encolure. Les techniques sont identiques à celles vues précédemment.

c) Cas particulier de Th2 et Th3

Chez le cheval, rappelons qu'il existe un point de test immédiatement derrière l'omoplate, du côté homolatéral au blocage. Ces chevaux trébuchent de l'épaule controlatérale.

La correction structurelle consiste à se placer devant le cheval, puis à pousser la tête et l'encolure, du côté où le test est positif, dans un mouvement ample et profond, en visant le jarret du côté opposé. La sensibilité du point disparaît immédiatement. Si le mouvement part nettement vers le haut, c'est qu'une côte sur Th1, Th2 ou Th3 était bloquée. Il s'agit d'un diagnostic post-manipulation décrit par Giniaux.

d) Cas particulier du garrot

Le blocage du garrot se manifeste par un travail figé, une tendance à jeter l'encolure lors du départ au trot, une tendance à "arracher les mains". Le cheval d'obstacle ne refuse pas mais saute à plat ou dérobe.

Pour un blocage en extension, la normalisation consiste à faire monter la cage thoracique en pressant sur le sternum, pour comprimer les vertèbres en dysfonction, puis immédiatement induire un extension forcée avec les deux mains en pressant sur le garrot. Facettes en divergence

Pour un blocage en flexion, le licol est tenu, le praticien fait monter la cage thoracique, en remontant la main sur le côté (latéroflexion), l'autre main posée sur le garrot. Cette manipulation est à renouveler et à faire des deux côtés.

Cas clinique (unité Physiothérapie-Rééducation-Ostéopathie de l'ENVL (Dr S. Sawaya)

Epateur, Trotteur Français de 11,5 ans, converti au CSO est présenté en consultation à la Clinique Equine de l'ENVL pour des difficultés à aborder l'obstacle à main droite.

Une zone douloureuse à la jonction thoraco-lombaire et une sensibilité du m.ilio-psoas à la palpation transrectale sont mises en évidence. L'examen par imagerie médicale (radiographies et échographies du dos ; radiographies des jarrets) ne permet de déceler aucune lésion articulaire, osseuse ou musculaire.

L'examen rapproché de la tête et de l'encolure montre une restriction de mobilité en rotation de la tête vers la droite avec point de contracture très sensible du muscle oblique caudal gauche.

Au niveau du pont thoraco-lombaire la mobilité du garrot est réduite en flexion. Une restriction de mobilité en fin de mouvement de flexion cervicale basse associée à une latéroflexion/ rotation vers la droite suggère une dysfonction concernant plus particulièrement les premières vertèbres thoraciques à droite.

Une zone indurée et douloureuse englobe la jonction thoraco-lombaire et est centrée sur un point de douleur exquise en regard de Th15 à gauche. Une restriction dans l'incurvation vers la droite est notée. Th15 est en lésion de flexion, latéroflexion, rotation à gauche (FSgRg).

On remarque également une sensibilité à la palpation digitée de la jonction lombo-sacrale, ainsi que des points sentinelles du muscle ilio-psoas gauche. Epateur n'accepte pas du tout la rétraction du membre postérieur gauche. La jonction lombo-sacrale est bloquée en flexion.

L'examen des vidéos clips réalisés lors d'un concours et apportées par le propriétaire montre une gêne évidente au moment de la foulée d'appel sur le membre antérieur droit sur les obstacles à main droite. Il a même tendance à se "coucher " sur ce côté droit.

L'examen dynamique au pas, puis au trot en ligne droite, montre une asymétrie des mouvements de latéroflexion et rotation du rachis, avec une raideur du côté droit. Cette raideur est encore plus marquée sur le cercle à main droite.

Au bilan : du point de vue fonctionnel, quatre zones-clés du rachis se trouvent en dysfonction: la nuque, le garrot, la charnière thoraco-lombaire, et la charnière lombo-sacrale.

Hypothèses : On est probablement face à un cas de douleur d'origine myofasciale. Au vu du passé de trotteur, d'Epateur d'une part, et à l'aspect plus sourd et chronique des signes fonctionnels au niveau du garrot, il s'agirait d'une suite pathologique avec pour origine au garrot.

La gêne, ancienne, limitant les possibilités de flexion du garrot, implique :

  • d'une part, un travail excessif du muscle ilio-psoas pour permettre la flexion du pont vertébral. Avec le temps, ou à la faveur d'un appui mal contrôlé, ou d'un effort ponctuel plus important, apparaît une contracture du muscle ilio-psoas près de ses insertions proximales, les plus sollicitées (situées justement à la face ventrale des dernière vertèbres thoraciques). Cette contracture douloureuse du muscle ilio-psoas active un trigger-point du fascia thoraco-lombaire.
  • d'autre part, une compensation en amont par un travail excessif de l'encolure et surtout de la charnière nucale activant le trigger point en C2 à gauche.

En résumé : le point douloureux en Th15 serait une douleur référée due à la souffrance du m. ilio-psoas, le blocage lombo-sacral est la conséquence de la contracture de l'ilio-psoas, la situation de ces contractures et douleurs du côté gauche, empêchent le cheval de s'incurver vers la droite.

Traitement par les thérapies manuelles

La levée du trigger-point en Th15 est réalisée par des techniques de massage (compression ischémique puis massages décontracturants et désinfiltrants). Cela rend plus aisé la réalisation des corrections suivantes par ostéopathie.

La levée du spasme du muscle ilio-psoas et la correction

de la dysfonction lombo-sacrale sont réalisées par exagération de la flexion lombo-sacrale par mobilisation active.

La dysfonction C1/C2 est corrigée après un massage doux ponctuel du trigger-point de la nuque (technique fonctionnelle indirecte).

La dysfonction du garrot est normalisée par technique réflexe.

Le travail sur le pont thoraco-lombaire est terminé par des techniques myotensives indirectes.

Le soulagement a été immédiat pour la nuque, le point douloureux en T15 et toute la région thoraco-lombaire et lombo-sacrale.

L'amélioration a été plus relative en ce qui concerne la région cervicale basse et le garrot (persistance d'un certain degré de restriction en fin de mouvement de flexion cervicale basse).

Prescription d'exercices d'assouplissement et de rééducation

  • Massages (effleurages, pressions glissées, pétrissages très doux) de part et d'autre de la jonction thoraco-lombaire et s'étendant jusqu'à la charnière lombo-sacrale.
  • Stretching doux de l'arrière-main (postérieurs) en pro-traction puis très progressivement en rétraction (travail de la musculature axiale, des articulations lombo-sacrale, sacro-iliaques et hanches).
  • Exercice plus spécifique de la zone cervico-thoracique et du garrot (nécessite deux personnes) : amener l'antérieur gauche en rétraction et simultanément, avec une friandise travailler l'encolure en flexion cervicale basse puis en latéroflexion/rotation vers la gauche puis vers la droite.
  • Exercices actifs : travail à la longe et déplacements latéraux (surtout épaules et hanches en dedans). Au début, favoriser surtout le travail dans le sens de la décontraction, c'est-à-dire à main gauche, puis aller doucement vers l 'incurvation à droite en augmentant progressivement cette phase en fonction de la réponse du cheval. Ne pas imposer un placer, laisser le cheval disposer de son encolure à sa guise.

Les nouvelles d'Epateur sont données régulièrement par son propriétaire :

  • 15 jours après la visite Epateur n'a plus eu mal au dos depuis la consultation et « va nettement mieux ».
  • 1 mois plus tard, il semble ne plus avoir la moindre gêne du dos, du moins au travail (il n'a pas encore sauté en concours).
  • 1 mois et demi plus tard, il a participé à un concours d'obstacle et s'est bien classé.
e) Cas particulier de la jonction thoraco-lombaire

Les chevaux bloqués au niveau de cette jonction sont ambleurs ou font "le gros dos" au début du travail, avec souvent une difficulté à garder une rectitude. Ce sont souvent des blocages en se roulant dans le box.

C. La cavité thoracique

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1. Les fascias de la cavité thoracique

Description : figure086

Description : figure087

Description : figure088

a) Le fascia endothoracique

Il correspond à un conjonctif fibro-élastique tapissant toute la paroi du thorax, doublant ainsi le feuillet pariétal de la plèvre. Il est indissociable du centre tendineux diaphragmatique et adhérent au reste de sa surface. Il adhère aussi à la face interne des côtes et des muscles transverses. Il permet aussi la formation des ligaments sterno-péricardiques et phrénico-péricardiques.

b) Les plèvres

Elles correspondent aux séreuses des poumons, et se rejoignent au centre de la cavité thoracique pour former le médiastin. Elles sont reliées au système squelettique par des ligaments pulmonaires.

c) Le médiastin

Le médiastin crânial est fixé aux premières côtes, au sternum et aux premières dorsales.

Le médiastin moyen et caudal est fixé sur le sternum, la colonne thoracique et le diaphragme.

d) Le poumon

Il est uni au médiastin par le pédicule broncho-vasculaire, par le ligament pulmonaire.

e) Le cœur

Le cœur est attaché par les vaisseaux pulmonaires à la terminaison trachéale et aux poumons, par le système aortique au rachis dorsal, par les veines caves qui le suspendent dans l'entrée de la poitrine.

Le péricarde se fixe sur le cœur au niveau des gros vaisseaux dans la région médiatisnale moyenne.

f) Le péricarde

Le sac péricardique est lié aux parois thoraciques. A sa base, il est fixé sur l'aorte, le tronc pulmonaire, les veines caves. La pointe est attachée par une expansion fibreuse au sternum. Elle correspond alors le ligament sterno-péricardique qui s'étend du 4° cartilage costal à l'appendice xiphoïde.

2. Le poumon

a) Origine des lésions

Les dysfonctions du poumon peuvent être associées à :

  • des dysfonctions ostéo-articulaires (vertèbres thoraciques, côtes, ...),
  • des dysfonctions pulmonaires ou cardiaques,
  • des cicatrices infectieuses broncho-pulmonaires, cardiaques.
b) Exemples de techniques de normalisation

L'ostéopathe peut utiliser les mobilisations fasciales.

Il peut aussi faire appel à la motilité, une main écoutant les vertèbres thoraciques et l'autre le sternum. Il peut ainsi suivre la dysfonction et libérer les tensions ou réaliser un déroulement fascial.

4. Le cœur

a) Origine des lésions

Les dysfonctions cardiaques peuvent être associées à :

  • des dysfonctions ostéo-articulaires,
  • une dysfonction médiatisnale, ou pulmonaire,
  • une dysfonction du tissu nodal, ou une valvulopathie,
  • un stress émotionnel.
b) Exemple de technique de normalisation

L'ostéopathe peut utiliser les mobilisations fasciales ou bien écouter la motilité cardiaque.

Un déroulement fluidique peut aussi être réalisé à partir des antérieurs en suivant le méridien Cœur(C) ou Maître-Cœur(MC). Une main sur MC3 ou C5 et l'autre sur le coude, le praticien visualise le trajet du méridien de l'organe jusqu'à l'extrémité du doigt, il suit la motilité des fascias et les zones de tension sont libérées après exagération des lésions et atteinte du Still Point. La manipulation se termine par le suivi de la motilité jusqu'à normalisation complète.

VI. Le diaphragme respiratoire

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Comme nous l'avons déjà noté dans notre étude préliminaire, le diaphragme respiratoire est tiraillé entre la tension des fascias thoraciques et centraux vers la tête, et la traction des fascias abdominaux, associée au poids des viscères, vers la queue.

Il subit à la fois le rythme des mouvements respiratoires secondaires, des mobilisations hémodynamiques et du péristaltisme de la masse abdominale en suspension sur ses piliers.

Enfin, il représente la seule barrière au milieu de la cavité thoraco-abdominale et se trouve ainsi au cœur de la régulation des pressions thoracique et abdominale qui se compense en profitant de sa souplesse.

Une dysfonction du diaphragme peut être à l'origine de perturbations musculaires, puisque son mouvement va de pair avec des côtes et des parois abdominales, de désordres digestifs ou encore d'insuffisance respiratoire. C'est une zone d'amortissement intra-thoracique majeure à contrôler lors de troubles mécaniques, de toux chronique, de difficulté lors d'un effort prolongé ou lors de difficulté à sauter.

A. Origines lésionnelles

Rappelons que la mobilité du diaphragme est essentiellement respiratoire. La tension du diaphragme est maintenue par la dépression et l'élasticité pleurales.

Son centre est fixé par le méso pleural à la veine cave caudale et par les insertions médiatisnales et cardiaques.

Une dysfonction diaphragmatique peut être liée à :

  • une dysfonction ostéo-articulaire à la charnière thoraco-lombaire ou au segment lombaire (insertion des tendons des piliers ventralement venant doubler le ligament longitudinal ventral),
  • une dysfonction sur l'axe crânio-sacré : du bassin, de l'occiput ou de l'os sphénoïde,
  • des fixations médiatisnales, pulmonaires, cardiaques, hépatiques ou stomacales,
  • une irritation du nerf phrénique par dysfonction vertébrale en C6-C7, ou par des lésions médiatisnales, ou viscérales le long de son trajet,
  • une hernie diaphragmatique.

B. Symptomatologie

Prenons le cas de Gala (cas personnel), cheval selle français hongre de 11 ans. Il est utilisé essentiellement pour des ballades. Depuis une quinzaine de jours, il présente une toux à la sortie du box. Il tousse seulement 3 à 5 fois. Il ne tousse pas dans son box, ni au paddock, ni même au travail. Cependant, selon la propriétaire, il semble que Gala présente quelques difficultés lors de galopades prolongées, même en terrain plat.

L'examen clinique général de Gala ne présente aucune anomalie. Aucune hyperthermie n'est notée. Aucun jetage n'est rapporté. L'examen et l'auscultation des voies respiratoires ne mettent pas en évidence d'anomalie.

Après un nouvel interrogatoire de la propriétaire nous apprenons que le cheval a été en contact avec des congénères probablement atteint de grippe équine. Correctement vacciné, Gala n'a pas présenté les mêmes symptômes.

L'examen ostéopathique révèle une dysfonction diaphragmatique. L'écoute du MRP du diaphragme révèle une asymétrie du mouvement.

C. Exemple de technique de normalisation

La technique utilisée dans ce cas est viscérale : une main posée sur l'extrémité ventrale des dernières côtes et l'autre sur leur extrémité dorsale, l'ostéopathe écoute, visualise puis suit la lésion jusqu'à l'exagérer. Lorsque le Still Point est atteint, l'ostéopathe suit à nouveau la motilité jusqu'à normalisation complète.

Pendant quelques jours après la manipulation, Gala présente un épisode de jetage unilatéral séreux, sans toux associée. Deux semaines après la manipulation, Gala ne tousse plus à la sortie du box. Trois mois, après Gala n'a pas présenté de nouvel épisode de toux, ne de gêne en ballade.

VII. L'abdomen

L'abdomen comprend la colonne lombaire, les parois abdominales et les viscères abdominaux. Une partie de la colonne thoracique pourrait être incluse dans ce chapitre, nous l'avons traitée dans un chapitre précédent.

A. Les vertèbres lombaires

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1. Principales lésions (Giniaux, 2000)

Lorsqu'une vertèbre lombaire est bloquée, le cheval à tendance à travailler en déportant son arrière-main d'un côté (Giniaux, 2000). Ce motif de consultation reste fréquent.

Une dysfonction en L6 (charnière lombo-sacrée) se fait le plus souvent en rotation et latéroflexion et est fréquemment associé à une lésion du sacrum. C'est le cas du cheval qui a tendance à se désunir.

L6 peut aussi être bloquée en extension. Cela arrive aux chevaux de haies qui arrivent "sur le ventre" à la réception. Dans ce cas, le cheval refuse d'engager les postérieurs et reste campé.

Quand L6 est bloquée en flexion, le cheval a tendance à être sous lui, il n'y a pas de gêne dans l'engagement des postérieurs, mais un déficit dans l'impulsion, dans l'extension vertébrale. Le cheval a peur de sauter, il aura tendance à refuser le saut, s'arrêtant devant l'obstacle ou dérobant.

Selon Giniaux (2000), une dysfonction en L4 est souvent associée à un mouvement anormal des jarrets.

Une dysfonction en L3 est en relation avec des problèmes du grasset (ligaments patellaires en particulier), mais également avec des dysfonctions viscérales, notamment des diarrhées.

Une lésion en L2 est souvent associée (responsable ou conséquence ?) à la myosite lombaire des galopeurs.

La jonction thoraco-lombaire, Th18-L1-L2 est importante chez le cheval car elle est en relation avec les ovaires pour la jument et les testicules pour le mâle. Le blocage de L1 est lié chez le mâle avec la libido et la fertilité : cette lésion est souvent associée à des torsions testiculaires ou des problèmes de rétractation des cordons. Chez les juments, on observe souvent des dysfonctionnements ovariens (manque de sécrétions hormonales, kystes, nymphomanie...).Les hongres peuvent aussi être gênés par la cicatrice de castration. Dans ce cas, une lésion de L1 est généralement présente.

2. Symptomatologie

Tableau 8 : affections associées aux dysfonctions des vertèbres lombaires (d'après Giniaux, 2000)

Dysfonction au niveau de : 

En association avec :

L6

  • Névralgie sciatique ou crurale
  • Troubles de la vessie (spasme du col)
  • Problèmes de matrice (inflammation du col)
  • Associé à torsion du sacrum (galop désuni)

L5

  • Rien de particulier
  • Névralgie sciatique ou crurale

-L4

  • Névralgie sciatique ou crurale
  • Mouvement anormal d'un ou des deux jarrets (tournent en fin de propulsion)

L3

  • Névralgie sciatique ou crurale
  • Diarrhée chroniques ou crottins malodorants par perturbation de la flore
  • Problèmes du ligament rotulien

L2

  • Névralgie sciatique ou crurale
  • Lumbago du galopeur qui engendre fort
  • Rein : néphrite ou insuffisance rénale
  • Associé avec L6

L1

  • Marche légèrement de côté, se traverse
  • Ovaires (insuffisance ou hyperfonctionnement)
  • Testicules, douleur d'un cordon
 

3. Exemple de techniques de normalisation

Les dysfonctions et techniques structurelles utilisées sont les mêmes que pour les thoraciques, en particulier pour les lombaires crâniales. Les iliaques peuvent être utilisées comme point de relais et de levier.

Comme les lésions thoraciques, les lésions lombaires sont des lésions à la fois de flexion ou d'extension et de rotation et latéroflexion.

a) Dysfonction en extension

Dans ce type de dysfonction, la rotation accompagne l'extension. Le processus épineux est toujours dévié vers le côté opposé à la rotation, la dysfonction est en convergence sur les facettes articulaires. Le point de verrouillage est du côté de la rotation.

Une correction structurelle consiste à se placer du côté opposé à la rotation, et à lever le postérieur pour mobiliser la vertèbre en dysfonction (en formant un axe de visée sabot grasset- vertèbre), le pouce est contre l'apophyse épineuse de la vertèbre en dysfonction. Il faut faire avancer le cheval d'un pas : le cheval va alors lui-même aider à franchir la barrière motrice.

On peut aussi utiliser les mêmes techniques myotensives directes et indirectes que pour les dorsales, et provoquer des réactions réflexes par palper-glisser sur les masses communes.

Description : figure089

b) Dysfonction en flexion

Dans le cas de la flexion-rotation, le processus épineux est tourné du côté opposé à la rotation, écarté du suivant. Souvent une inflammation du ligament sus-épineux faisant saillie est présente. C'est ce qui fait croire à la "vertèbre déplacée".

Les mêmes techniques que pour les lésions en extension sont utilisées, en se plaçant du côté opposé à la rotation.

Ou bien la même technique que pour les vertèbres thoraciques est utilisée, en enroulant le cheval autour de soi s'il on veut faire de l'indirect, autour de son bras autrement, en se plaçant du côté de l'apophyse épineuse (opposé à la rotation).

c) Cas particulier de L6

Le type d'articulation entre L6 et le sacrum chez le cheval oblige à utiliser d'autres types de manipulation.

Lorsque le blocage est en extension, on provoque une hyper-extension (dans le sens de la lésion), en positionnant le coude sur la vertèbre, la main tenant la queue au-dessus du dos, l'autre main effectuant une stimulation réflexe en extension de la zone lombaire L5.

Si une rotation est associée, le cheval a souvent un postérieur qui traîne, c'est la fameuse sciatique. Le postérieur sain est saisit suivant un axe sabot-grasset-L6, et on fait avancer le cheval d'un pas en tournant autour de soi, sans tirer sur les ishio-jambiers.

d) Dysfonction selon la première loi de Fryette

C'est une dysfonction adaptative, rencontrée lors de pathologie du membre postérieur, avec suppression d'appui unilatéral.

Le bassin est maintenu en torsion, et une ou plusieurs lombaires effectuent une rotation de compensation, avec une latéroflexion inverse.

La normalisation consiste à effectuer un double palper-glisser simultanément sur la zone caudale à la lésion du côté de la rotation, et en zone crâniale du côté de la rotation. Les deux se rejoignant sur la vertèbre en dysfonction.

B. La cavité abdominale

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1. Les fascias de la cavité abdominale

a) Le péritoine 

Il correspond à la séreuse de la cavité abdominale et est composé d'un feuillet pariétal et d'un feuillet viscéral. Il forme :

  • les mésos suspenseurs des viscères : mésentère (méso de l'intestin), mésovarium (mésos des ovaires)... Les mésentères et méso-côlon descendant sont particulièrement amples et mobiles chez le cheval. Les divisions de ces mésos forment sont à l'origine de la constitution des mésos suivants :
  • les omenta : le petit omentum (de l'estomac au foie), le grand omentum (de l'estomac au pancréas et plafond de la cavité abdominal chez le cheval),
  • des bourses ovariques et bourse omentale. Cette dernière n'est pas bien développée chez le cheval, mais son ouverture crâniale, le foramen épiploïque en regard de la porte du foie, est le site de hernie du jéjunum.

Dans la région pelvienne, le péritoine pariétal forme les culs-de-sac péritonéaux (pariéto-rectal, recto-génital, génito-vésical et vésico-pariétal).

b) le foie

Il est accolé au diaphragme par l'aire nue (pas de séreuse), par la veine cave caudale qui le suspend également à la région lombaire et par ses ligaments qui correspondent en fait à ses mésos (falciforme, rond du foie, triangulaires, hépatorénal...). Il est également relié à l'estomac par le petit-omentum et le système porte. La vésicule biliaire est liée au foie par le système cystique.

c) le pancréas

Il est peu mobile et lié par ses conduits au duodénum, mais aussi au méso-duodénum et au grand omentum. Le lobe droit adhère au duodénum et une lame fibreuse est présente entre le corps du pancréas et les organes de la région lombaire.

d) La rate

Elle est fixée par le ligament gastro-splénique à la grande courbure de l'estomac, par le ligament phénico-splénique à la paroi lombaire gauche et par le ligament spléno-rénal au rein gauche. Ce dernier, spécifique au cheval est le lieu d'entrappement du côlon descendant ("déplacement gauche du côlon") à l'origine de coliques graves.

e) L'estomac

Complètement soulevé et "coincé" dorsalement dans la région post-diaphragmatique par le développement du côlon ascendant, il est très peu dilatable et très peu mobile chez le cheval. Il est en outre fixé par continuité avec l'œsophage et l'intestin et aussi par le petit omentum, le ligament gastro-phrénique, et le grand omentum.

f) Les intestins

Plaqué en région sous lombaire, le duodénum est fixé par le ligament hépato-duodénal et le méso-duodénum très court. Le jéjuno-iléon très long, et très mobile pour les anses jéjunales est porté par le mésentère très ample (50cm dans sa partie centrale) centré sur un axe vasculaire représenté par l'artère mésentérique crânial.

La caecum est fixé par sa zone d'adhérence sous-lombaire, par le pli ilio-caecal et par sa continuité avec le côlon ascendant auquel il est relié par le pli caeco-colique.

Le colon ascendant est fixé par sa continuité avec le caecum (pli caeco-colique), et son adhérence à la paroi lombaire pour sa portion terminale (côlon dorsal droit). Les anses gauche et droite sont unies sur toute leur longueur par le méso-côlon ascendant .

Le côlon transverse est adhérant au plafond lombaire. Le côlon descendant est long, circonvolutionné et très mobile, porté par un méso large.

Le rectum est fixé au plafond de la cavité pelvienne par un méso très court.

g) Le rein

Un fascia dorsal adhère au fascia des muscles sous-lombaires et au ligament longitudinal ventral du rachis. Un fascia ventral est tapissé par le péritoine pariétal. Deux lames s'unissent latéralement au rein et se mettent en continuité avec le fascia transversalis.

h) La vessie

Elle est enveloppée par le péritoine qui forme les ligaments médian et latéraux (droit et gauche) de la vessie. Elle est maintenue par l'urètre, les uretères, les faisceaux de fibres lisses et un ensemble de conjonctif adipeux.

i) Les ovaires et la matrie

Situé quelques centimètres en arrière du rein, l'ovaire est suspendu dans la cavité abdominale par le mésovarium (partie ovarique du ligament large) dont le bord crânial se renforce en ligament suspenseur de l'ovaire. Il est relié à la trompe utérine par la fimbriaovarica d'une part, et avec la corne utérine par le ligament propre, d'autre part. L'expansion latérale du mésovarium, le mésosalpinx, délimite une bourse ovarique étroite, qui ne contient pas tout l'ovaire chez la jument. L'utérus est attaché à la voûte lombaire et au bassin par les ligaments larges et rond de l'utérus.

2. Origine des lésions

Comme pour les lésions ostéopathiques de la cavité thoracique, de nombreuses causes de dysfonctions viscérales abdominales sont possibles. Les adhérences péritonéales faisant suite à des inflammations d'origine diverses se développent très rapidement. Pour tous ces organes suspendus dans la cavité abdominale par des ligaments ou mésos, on comprend aisément qu'une dysfonction ostéo-articulaire peut être à l'origine d'une dysfonction d'un organe. De plus, des dysfonctions des organes adjacents peuvent être associées, tout comme des infections ou infestations parasitaires.

3. Exemples de techniques de normalisation

Comme pour les organes de la cavité thoracique, l'ostéopathe peut réajuster les vertèbres mises en cause, ou bien écouter la motilité des organes et suivre les tensions afin de les libérer les unes après les autres. Un déroulement fascial peut aussi être nécessaire.

Notion de déroulement fascial (Gaudron, 2006)

L’ensemble des tissus de l’organisme et notamment le tissu conjonctif semble posséder une mémoire. Chaque traumatisme physique et psychique s’y inscrit sous forme de tensions et de blocages énergétiques, un peu comme si les tissus retenaient l’énergie de l’impact.

Les déroulements de fascias accompagnés

L'ostéopathe se laisse emmener par les différentes tensions de fascias, sans les amplifier ni les accélérer, en s’arrêtant successivement aux points d’équilibre (points neutres).

Le praticien saisit les points distaux de la zone à rééquilibrer. Les mains sont amenées successivement dans des mouvements de sens opposés par rapport à des points de balance successifs jusqu’à ce que tout le segment soit ré-harmonisé.

Les déroulement de fascias guidés

Dans cette approche, le poids du corps ou de segment traité (membre postérieur gauche, par exemple) est allégé et soutenu, les mouvements des fascias sont légèrement amplifiés afin d'entraîner dans leurs circonvolutions la cuisse et la jambe.

L'ensemble du membre décrit un véritable ballet passant successivement dans des positions plus complexes pour se libérer de ses contraintes. L'opérateur doit être neutre et se contenter de servir de point fixe. Ce sont les fascias qui guident le mouvement.

Les déroulements de fascias posturaux

Le praticien entraîne comme dans la technique précédente, le membre ou le tronc dans une succession de mouvements qui nous sont imposés par les torsions et détorsions de fascias. Ils sont cependant d'une amplitude beaucoup plus grande puisque l'on dépasse le point neutre pour guider les mouvements articulaires jusqu'à la barrière tissulaire.

Celle-ci est atteinte lorsque l'on obtient le courant correctif. Il se produit alors conjointement un ralentissement du MRP. En règle générale, l'animal nous conduit vers la position où est survenu le blocage. Il suffit alors de maintenir l'attitude obtenue jusqu'à la libération complète du problème. Le corps nous conduit alors vers un nouveau point d'équilibre. Ce processus est maintenu jusqu'à la libération complète de l'empilement lésionnel en cause.

VIII. Le diaphragme pelvien

Ils correspondent à la liaison entre le pubis, le sacrum et les iliaques, incluant le rectum, la vessie, les fascias correspondants et les anneaux inguinaux. On peut décrire un diaphragme crânial qui correspond la zone de jonction lombo-sacrale avec le détroit crânial du bassin, et un diaphragme caudal, rétro-péritonéal, en rapport avec le détroit caudal du bassin et les diaphragmes pelvien et uro-génital.

A. Rappels biomécaniques

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1. Mobilité des iliaques

Les deux iliaques tournent autour d’un axe transversal passant par le sacrum. Lors de la nutation, il y a éloignement du plancher pelvien de la région sacro-coccygienne, et écartement des palettes iliaques latéralement : il y a rotation dorsale.

Lors de la contre-nutation, inversement, ils se rapprochent et le plancher pelvien remonte.

2. Mobilité du sacrum

Le sacrum se déplace selon un axe transverse parallèle à l’axe de rotation des iliaques, et deux axes obliques crânio-ventraux, qui déterminent des mouvements de torsion vers ventral ou dorsal.

Notons toutefois que ces mouvements sont relativement réduits : ils sont augmentés près de la période de parturition chez la femelle, à cause de l'imprégnation oestrogénique des ligaments du bassin.

3. Mobilité de la symphyse ischio-pubienne

Bien que contestée, cette mobilité, certes faible, existe : chacune des branches peut effectuer des mouvements de cisaillement crânio-caudaux, et des rotations l’une par rapport à l’autre.

B. Principales lésions et symptomatologie

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Les dysfonctions du sacrum retentissent sur l'équilibre de toute la colonne vertébrale. Les troubles rencontrés sont essentiellement locomoteurs : la croupe est dissymétrique, affaissée ou surélevée d'un côté (Giniaux, 2000).

Au niveau sacro-iliaque, la dysfonction peut correspondre à une véritable subluxation avec un petit décalage dans l'engrènement des parties rugueuses des surfaces auriculaires sacro-iliaques réunies par le ligament interosseux. Ceci entraîne une irritation avec névralgie des nerfs sciatiques, cruraux et honteux, du côté de la hanche la plus haute.

Toute dysfonction dans la région lombo-sacro-iliaque peut également entraîner des troubles fonctionnels : pneumo-vagin, une parésie du rectum, de la vulve, ou du pénis...

Les causes principales de lésions sacrales sont traumatiques : chutes sur les fesses lors d'une glissade ou lors d'un relevé difficile, lorsque le cheval tire au renard trop violemment...

L'ostéopathe est souvent appelé pour un cheval qui ne s'incurve plus d'un côté. Lorsque le cheval n'accepte plus l'incurvation d'un côté, c'est du côté de la hanche la plus basse. Pour réaliser ce mouvement, il lui faut incliner le bassin de l'autre côté. De même, le cheval donne difficilement le postérieur dont la hanche est plus haute : ce mouvement augmente la déviation du bassin bloqué au sacrum (Giniaux, 2000).

Le blocage du sacrum est à l'origine d'une distension du ligament sacro-iliaque qui engendre une névralgie sciatique du côté de la hanche la plus haute. Dans ce cas, la douleur n'est pas d'origine lombaire et est donc plus importante en station debout au box, qu'en marchant.

Ainsi, les chevaux tapent au box à cause de la douleur et un capelet se forme très souvent au jarret du membre atteint (Giniaux, 2000).

Le blocage du sacrum est presque toujours associé à un défaut du port de la queue, mais l'inverse n'est pas toujours vérifié (Giniaux, 2000).

Les lésions ostéopathiques du sacrum sont le plus souvent d'origine traumatique. Par exemple, lorsqu'un cheval "tire au renard", il tombe sur la croupe et tire sur le licol. Cette traction sur la tête est transmise au sacrum par la dure-mère. Autre exemple : le cheval passe trop rapidement dans l'encadrement d'une porte et se cogne violemment la pointe de la hanche (Giniaux, 2000).

Fréquemment, le sacrum est bloqué en flexion. Les psoas sont contractés. Les chevaux souffrant de cette dysfonction présentent un saut difficile, mais gardent un bon engagement des postérieurs. Pour les chevaux de course, la flexion est possible mais l'extension reste difficile en raison des blocages thoraciques et de l'étirement impossible des psoas.

Les lésions sacrales sont accompagnées de dysfonctions ilio-sacrales chez les trotteurs, sacro-iliaques chez les galopeurs (qui engagent beaucoup).

Plus classiquement, les lésions du sacrum sont fréquentes après la mise bas ou lorsque le cavalier a une monte inadaptée.

Le bassin est en liaison avec de nombreux fascias. Des tensions sont souvent trouvées au niveau des muscles fémoro-caudaux (avec le faisceau ischiatique) et au niveau du ligament sacro-iliaque ventral.

C. Exemples de techniques de normalisation (Colombo, 2006b)

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1. Dysfonction en rotation ventrale d'un ilium

L’ilium considéré tourne autour de l’axe transverse. Du côté de la rotation, l’épine iliaque dorso-crâniale (pointe de la croupe), est ventralisée, l’épine iliaque ventro-crâniale glisse en avant et vers le bas, enfin la tubérosité ischiatique est déplacée dorso-crânialement.

Description : figure091

Une correction structurelle d'un ilium bas à droite consiste à se placer du côté de la dysfonction, à droite, une main en pression dans la raie de misère et provoquer une flexion du bassin et une rotation de l’ilium droit, alors que l’autre main presse en région lombosacrée et provoque une extension sacro-lombaire, et une décoaptation.

2. Dysfonction en rotation dorsale d'un ilium

De façon inverse, la rotation est dorsale autour de l’axe transverse : pointe de la hanche dorsalisé, pointe de la fesse ventro-caudale, pointe de l’ilium dorso-caudale.

Description : figure092

Une correction structurelle, comme précédemment, consiste à empoigner le postérieur avec la main droite en étant dirigé vers l'arrière de l'animal, fléchir le membre jusqu'à mise en tension de l'ilium, puis stimuler activement et rapidement juste en avant de S3, ce qui entraîne une extension lombo-sacrée.

Une autre technique peut être utilisée : l'ostéopathe saisit le postérieur et l'amène vers l'arrière, en suivant la direction et le rythme du cheval. Lorsqu'il essaie de se dégager en tirant, le pied est retenu légèrement.

3. Dysfonction de glissement de l'iliaque et du pubis

Dans ce cas, l’iliaque glisse crânialement ou caudalement par rapport au sacrum. Ce glissement est accompagné d'un cisaillement de la symphyse pubienne. Il apparaît crânial ou caudal par rapport à l’autre.

Il y a toujours une tension des grands droits de l’abdomen, et une douleur pubienne. Si un iliaque glisse crânialement, l’hémi-symphyse correspondante aussi : les adducteurs sont tendus de ce côté.

Les techniques manipulatives sont exactement les mêmes que celles vues précédemment. La technique par extension du postérieur du côté de l'iliaque plus crâniale est utilisée. On complète le traitement, si nécessaire avec le MRP sur la symphyse, le pubis, les anneaux inguinaux : cicatrices de castrations et glissement de l’ilium…

4. Dysfonction de flexion bilatérale du sacrum

Le sacrum est descendu entre les iliaques par sa base, et l’apex se dorsalise : la queue est droite ou dressée.

La manipulation consiste à exercer une pression simultanée en région sacrée postérieure, (flexion lombo-sacrée), et latéroflexion du bassin en pressant dans le creux du flanc droit, puis gauche.

5. Dysfonction d'extension bilatérale du sacrum

La base du sacrum se dorsalise, l’apex se ventralise. Le cheval ne lève plus la queue.

Une pression bilatérale en région lombo-sacrée et pression sur les raies de misères permet le réajustement.

6. Dysfonction de torsion du sacrum

Dans le cas de la torsion ventrale, la base se ventralise du côté opposé à la rotation, l'apex se dorsalise du côté de la rotation. Cela entraîne une latéroflexion lombaire du côté de la rotation.

Pour normaliser cette dysfonction, l'ostéopathe saisit le postérieur du côté de la torsion, et fléchit le grasset, on fait avancer le cheval en tournant de l'autre côté.

Pour la torsion dorsale : la base se dorsalise du côté opposé à la rotation, l'apex se ventralise du côté de la rotation. Cela entraîne une latéroflexion lombaire du côté opposé à la rotation.

Le réajustement est effectué par une pression digitée dans le creux du flanc du côté de la rotation, (ventralisation sacro-iliaque), et pression dans l'angle lombo-sacré opposé.

D. Cas clinique (Dr J.C. Colombo)

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Peluche est une pouliche Selle Français de 3 ans, qui vient d'être débourrée. Elle est présentée en consultation pour une usure anormale des sabots postérieurs. Des radiographies de contrôle du jarret ont été réalisées, aucune anomalie n'a été décelée.

L'examen dynamique ne permet pas de mettre en évidence de gêne particulière. Les postérieurs traînent néanmoins en pince.

L'écoute du MRP permet de ressentir un MRP fascial inversé au niveau des postérieurs.

L'écoute de l'occiput et du sacrum montre que la flexion de l'occiput se fait pendant l'extension du sacrum. Les deux extrémités de la pouliche fonctionnent donc indépendamment l'une de l'autre.

La correction réalisée est une manipulation fasciale du sacrum. Placé à l'extrémité de la queue bras tendus, les tensions fasciales du sacrum sont cherchées, puis suivies et libérées jusqu'à leur normalisation.

Cette normalisation est accompagnée d'une compression du 4° ventricule. L'action est essentiellement homéostatique. Il s'agit de diminuer la fluctuation du LCR en rythme et en amplitude, de normaliser ce rythme. Placé face au cheval, les deux mains sur l'occiput, bras de le long des branches des mandibules, à chaque phase d'extension il s'agit d'emmener l'occiput vers l'extension et d'empêcher son retour en flexion en maintenant une compression et une traction rostro-médial. Ainsi, la tente du cervelet pousse sur le toit du 4° ventricule et diminue le volume ventriculaire. Le LCR peut circuler plus activement dans tout le corps.

Associé au travail du maréchal-ferrant, quelques mois plus tard Peluche ne présente plus d'anomalie d'usure des sabots postérieurs.

IX. Le membre pelvien

La structure anatomique des membres postérieurs du cheval présente une spécificité: l'appareil réciproque. Ce système musculaire passif est formé de la corde fémoro-métatarsienne et du fléchisseur superficiel des doigts. Il permet la solidarisation passive de l'articulation du grasset et du jarret. Il permet notamment au cheval d' "accrocher" sa rotule et ainsi de se maintenir en station debout passivement. Ce blocage mécanique par des ligaments très puissants immobilise tout le membre et les muscles peuvent se relâcher lors du sommeil ou lors des périodes de repos.

Comme dans le chapitre équivalent sur le membre thoracique, nous nous intéressons d'abord aux aplombs.

A. Les aplombs

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Les problèmes liés au manque de talons sont plus rares aux membres postérieurs du fait de la disposition des os "en Z" et du jeu des muscles et des tendons permettant un réglage de leur hauteur. Les rayons osseux des antérieurs comportent une colonne verticale importante et leur hauteur retentit sur l'équilibre de tout l'ensemble (Giniaux , 2000).

Un cheval ne supporte pas l'appui sur un membre postérieur si ses phalanges ne sont pas alignées. Il faut que, vue de profil, le paturon et la pince soient parfaitement alignés. Par conséquent, si un cheval manque de talons aux postérieurs, il se tient sous lui comme pour aligner ses phalanges.

Or, un cheval ne peut "accrocher" sa rotule pour se reposer que si son talon est parfaitement vertical. Plus exactement, il le pourrait quand même, mais en subissant une contracture très inconfortable des muscles de la cuisse. Pour que le talon soit vertical et que les phalanges soient alignées, il faut que le pied ait une hauteur en talons suffisante.

Les chevaux dont les talons postérieurs sont affaissés doivent garder tendus les muscles du dos et de la croupe pour tenir debout. Souvent, ils se reposent contre la mangeoire ou la porte pour chercher un moyen de se détendre. Pour tenter de dormir debout sans talon, un cheval n'a qu'une possibilité : changer constamment son postérieur d'appui. Il bloque une rotule et essaie tant bien que mal de se reposer sur ce membre en supportant la douleur de ses phalanges. Dès que cette douleur devient intolérable, il change de pied. La fatigue lombaire, associée aux changements fréquents d'inclinaison latérale du bassin peut suffire, selon Giniaux, à être à l'origine des dysfonctions vertébrales concernant plus particulièrement la dernière lombaire (L6) et se répercutant au garrot (Giniaux, 2000).

B. L'articulation de la hanche

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A la différence du membre antérieur, le membre postérieur a un contact osseux direct avec le rachis par l'intermédiaire du bassin, et plus particulièrement de l'iliaque. Les fonctions de propulsion et de soutien, communes à tous les quadrupèdes, font de ce membre le pilier de la locomotion.

Les dysfonctions intéressent l'articulation au premier chef lors de glissades, d'accidents de saillie, de descentes de pentes brusques...

1. Principales lésions

Rappelons que l'articulation temporo-mandibulaire est un bon révélateur de tensions coxo-fémorales.

Le plus souvent, les lésions de la hanche sont en abduction et en rotation interne. Une chute à l'obstacle, une mauvaise réception ou une glissade sur le côté avec le postérieur sous le ventre peuvent être à l'origine de cette dysfonction (Evrard, 2002b).

Des glissades ou chutes avec le membre en abduction sont plus rares (Evrard, 2002b).

Les lésions en extension sont souvent associées à des contractures des muscles fessiers et des muscles obturateurs.

La contracture du fascia lata est en liaison avec une articulation coxo-fémorale bloquée en flexion.

2. Exemples de techniques de normalisation (Colombo, 2006b)

Pour une dysfonction en abduction, une des techniques de normalisation structurelle consiste à saisir le membre au niveau du sabot avec les deux mains, effectuer une légère abduction, en accompagnant la complète extension, le plus bas possible. L'ostéopathe fixe alors des yeux l’articulation et relève le pied en maintenant l’extension de la jambe, le pied doit décrire un cercle transversal centré sur l’articulation coxo-fémorale.

Description : figure093

Pour une dysfonction en adduction, le praticien est placé du côté opposé à la lésion et saisit le postérieur sous le cheval. Il l'amène en extension crâniale, toujours en respectant le cheval et notamment le mouvement de retrait de l'animal. Ce mouvement est accompagné et retenu en même temps, l'articulation est ainsi décoaptée.

Dans tous les cas, l'écoute du patient est primordiale, même si l'examen nous indique des techniques autres : le patient vous dira quel membre prendre et comment.

"Si tu prends le pied dans la figure, c'est que tu t'es trompé de pied..." (D. Giniaux).

C. Les articulations du grasset

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1. Principales lésions

Les dysfonctions essentielles concernent :

  • les ménisques : elles atteignent surtout le ménisque médial (moins mobile que le latéral). Souvent associées à des blocages de l3. Le diagnostic ne peut se faire qu’à l'aide du MRP, et se soupçonner dans les cas de douleur en rotation externe du tibia sur le fémur, avec laxité sans signe du tiroir.
  • la tête du péroné : lors de rotations traumatiques, de chute.

Rappelons que l'accrochement de rotule a plusieurs causes : le ligament fémoro-patellaire peut être trop court, c'est une malformation, la seule solution thérapeutique reste chirurgicale. Des défauts d'aplombs peuvent aussi être la source de l'accrochement, surtout lorsque le grasset est très ouvert. Un manque de travail ou un traumatisme peut être à l'origine d'une faiblesse musculaire. Dans ce dernier cas, les manipulations ostéopathiques peuvent être accompagnées de physiothérapie.

2. Exemple de techniques de normalisation

Une des techniques structurelles consiste à saisir le sabot d'une main, le calcanéum dans l'autre, le grasset est maintenu en flexion complète, les bras du praticien sont tendus. Une poussée ventro-médiale est exercée sur le calcanéum en visualisant le plateau tibial tournant sur les condyles fémoraux.

3. Cas clinique (Dr S. Sawaya)

Belle est une jument Selle Français, de 12 ans, dont l'activité consiste essentiellement en des ballades en terrain fortement accidenté. Une semaine auparavant, le maréchal-ferrant ayant suspecté un problème au jarret droit, sa propriétaire demande une consultation ostéopathique. Elle précise également qu'une ancienne entorse du pied antérieur droit avait mis longtemps (plus de 3 mois) avant de guérir.

Belle est en très bonne forme générale.

L'examen de ses aplombs permet de mettre en évidence un pied antérieur gauche panard et des jarrets un peu trop ouverts. Elle se met difficilement au carré.

L'examen dynamique permet de noter une raideur de l'arrière-main avec déficit de l'engagement du postérieur droit, avec en particulier une deuxième phase du soutien raccourcie et un mouvement exagéré d'adduction de la hanche.

L'examen rapproché permet de mettre en évidence une articulation temporo-mandibulaire droite très sensible, la gauche beaucoup moins. Au niveau de l'articulation C0-C1, l'espace occipito-atlantoïdien gauche est sensible et une restriction de mobilité (ainsi qu'une défense) est remarquée à l'extension et à la latéroflexion vers la droite.

On remarque aussi que Belle ne supporte pas longtemps l'appui monopodal postérieur droit.

Les points sentinelles du grasset et du jarret sont réactifs à droite. Un point de contracture douloureux au quart proximal de la partie ischio-jambière du muscle semi-tendineux. Une sensibilité est notée à la face interne du grasset droit en particulier au niveau de l'interligne articulaire médiale et au point d'angle postéro-interne.

On observe aussi une restriction dans l'extension et la rotation externe du tibia par rapport au fémur. Le ménisque médial est bloqué en position caudale au cours du mouvement d'extension.

Au niveau du jarret, aucune sensibilité à la palpation, aucune restriction d'amplitude n'est notée à la mobilisation générale du jarret, mais une raideur est présente à l'extension. De plus, l'os cuboïde est bloqué en rotation interne.

Au bilan, le grasset est bloqué en flexion et rotation interne, et le ménisque en position caudale, avec des répercussions sur la clé de voûte du segment lombaire d'où émerge le nerf cutané fémoral latéral, sensitif du genou (segment L3/L4 facilité) et sur la mécanique du jarret (les mouvements de ces deux articulations étant intimement liés par l'appareil réciproque).

Malgré le fait que les signes de dysfonctions de la nuque et de la tête (C0-C1 et ATM gauches) se soient nettement atténués après correction du grasset, il est difficile de conclure sur une éventuelle relation directe avec les dysfonctionnement de l'arrière main.

Traitement

D'abord, la levée de la contracture du muscle semi-tendineux est réalisée par des techniques de massage, puis le grasset est normalisé. Cette manœuvre est complétée par un stretching myotensif portant sur l'ensemble du membre pelvien et remontant jusqu'au rachis lombaire. Suite à cette première correction, la douleur à la palpation pression en L3-L4 a disparu et les signes de dysfonction de la tête se trouvent nettement atténués. Cette amélioration est complétée par une correction de l'ATM.

Après ces manipulations, il est noté une résolution de tous les signes de dysfonction décrits plus haut avec une récupération d'une extension complète du grasset et un retour à une locomotion régulière.

Il est conseillé alors à la propriétaire de Belle de la laisser au repos au cours des 48h suivant la consultation (ballade en main 10-15 minutes), puis de reprendre progressivement le travail en augmentant la durée, puis l'intensité sur 3 à 4 semaines sur terrain de bonne qualité.

Suivi

4 semaines plus tard environ, un fax de sa propriétaire nous apprend que Belle a repris son activité sans aucun problème particulier.

Discussion

La dysfonction ostéopathique du "ménisque postérieur" est fréquemment rencontrée au grasset du cheval. Le ménisque médial est fortement adhérent au ligament collatéral médial et à la capsule articulaire en particulier au point d'angle caudo-médial. A l'occasion d'un traumatisme, en général genou en extension (glissade, poser dans un trou, mauvaise réception d'un saut...) apparaît une contracture réflexe des muscles semi-tendineux et/ou semi-membraneux.. Ces muscles passent à la face caudo-médiale de la capsule articulaire du genou qu'ils renforcent par de nombreux faisceaux de fibres fasciales. Les mouvements du ménisque médial se trouvent alors contrariés par ses tensions myofasciales induites par la contracture de ces muscles. En outre, la nature de ces muscles, traversés par de nombreuses lames fibreuses, fait qu'à la suite d'une agression (plaie, coup, claquage, contracture) ils ont tendance à se rétracter et fibroser très vite aggravant et fixant la gêne fonctionnelle du grasset.

Ces tensions myofasciales en région fessière, le long de la ligne de misère irritent le trajet du sciatique auquel se superpose celui du méridien de la vessie le long duquel se situent les points sentinelles du grasset et du jarret décrits par Giniaux et par Shoen (points V37 et V40).

La souffrance du ménisque médial constamment pincé entre les condyles fémoral et tibial est à l'origine de l'hypersensibilisation du compartiment médial du genou et de l'état de facilitation du segment L3/L4 principale origine du nerf cutané fémoral latéral.

D. L'articulation du jarret

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1. Principales lésions

L'articulation du jarret est soumise à des tensions imposées par la corde du jarret, et doit remplir un rôle d'amortissement, de maintien, de propulsion, et de contrepoids dans le parallélogramme formé par le tibia, péroné, rotule et os du tarse.

Les dysfonctions principales touchent le calcanéum, le cuboïde, l'astragale, et, dans une moindre mesure, les autres os. Ces dysfonctions sont présentes dans les cas de harper chez le cheval bien sûr, mais aussi dans les cas d'accrochements de rotule du jeune, ou dans les compensations suite à des suppressions d'appui. Des contractures profondes du muscle tibial crânial sur lequel adhère fortement la corde fémoro-métatarsienne peuvent être à l'origine de blocages du talus, du cuboïde et du petit cunéiforme. Les dysfonctions du calcanéum sont liées à des tensions provenant du gastrocnémien ou du muscle fléchisseur superficiel du doigt (abduction et rotation externe).

Une tension excessive du muscle fléchisseur latéral (principal composant du fléchisseur profond) dont le tendon coulisse sur le sustentaculum tali du talus, bloque le calcanéus en adduction.

2. Exemples de techniques de normalisation

Pour un calcanéum en rotation externe, le praticien doit tenir le calcanéum dans une main, le sabot plaqué contre la jambe du praticien de l'autre, fléchir les genoux et exercer une poussée sur le sabot, sans bouger l'autre main, dans la direction ventro-crâniale.

Pour un calcanéum en rotation interne, le praticien se tourne vers l'arrière du cheval, passe son bras sous la jambe du cheval, soulève le postérieur, et pose le tarse sur son genou : il effectue alors un thrust médial sur la pointe du calcanéum avec le poing ou la paume de l'autre main.

E. Les articulations du boulet et du pied

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Les lésions ostéopathiques et les techniques de normalisation des articulations du pied et du boulet du membre postérieur sont très similaires à celles du membre antérieur. Elles sont plus délicates à réaliser sur le membre pelvien et il convient d'être à l'écoute vigilante des réactions du cheval.

La « position du maréchal-ferrant » permet de réaliser certaines corrections du jarret (calcanéum) ainsi que du boulet et du pied avec un minimum de sécurité, à condition qu'il n'existe pas de restrictions à la rétraction du membre pelvien (ou que celles-ci aient été levées préalablement). Le membre pelvien est amené doucement et progressivement en légère rétraction, l'ostéopathe se place alors dos au cheval, bien campé sur ses jambes genoux fléchis, la face crâniale de la jambe du cheval reposant sur la cuisse interne de l'opérateur et l'ensemble de l'autopode au contact de la face interne de la jambe de l'ostéopathe. Le corps de ce dernier doit être au contact de la cuisse du cheval pour percevoir toute réaction du cheval.

Gardons à l'esprit que le cheval n'évolue pas seul : les interrelations du couple cheval/cavalier sont essentielles. Certains chevaux subissent les déséquilibres de leur cavalier, qu'ils soient d'ordre équestres (mauvaise assiette, main trop dure...) ou d'ordre ostéopathique : un cavalier présentant des dysfonctions (vertébrales en particulier) sera moins souple. La précision de ses aides en sera diminuée et générer éventuellement une défense de la part du cheval, pouvant conduire à des dysfonctions.

De même, quelques très bons cavaliers sont capables (par une utilisation de leurs aides des plus judicieuse) de compenser les déséquilibres de leur cheval.

Un suivi ostéopathique synchronisé du cheval et de son cavalier est à préconiser pour une meilleure évolution du couple.

En conclusion, il nous semble nécessaire de rappeler les paroles de Dominique Giniaux (2000) :

" N'est pas ostéopathe! Celui qui fait du démarchage et vient proposer ces services. [...]

Celui qui demande d'abord tous les symptômes et les troubles que présente le cheval. [...]

Celui qui administre un calmant au cheval avant de le manipuler. [...]

Celui qui est agressif et qui combat le cheval pour s'imposer. Ou celui que le cheval énerve de façon évidente et qui veut absolument obtenir ce qu'il a désiré, au prix d'un conflit. On ne peut apporter du bien à quelqu'un si on lui veut du mal!. [...]

Celui qui décide d'avance combien de fois il va revoir l'animal. Lorsqu'on est vraiment ostéopathe, on propose à l'autre de trouver lui-même un nouvel équilibre et on ne sait donc pas le temps qu'il va mettre à "retomber sur ses pieds". [...]

Celui qui envoie systématiquement l'huissier chez ceux qui n'ont pas payé rapidement... [...]

la première question à se poser face à un acte non payé est de chercher pourquoi le client n'est pas satisfait. [...]

Celui qui dénigre les soins déjà prodigués, en particulier celui qui dénigre systématiquement la médecine classique. [...]

Celui qui accuse systématiquement le client ou un autre thérapeute d'être responsable du problème. [...]

Celui qui ajoute une injection d'anti-inflammatoire ou une infiltration à ses manipulations. [...]"

Conclusion

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A l'instar du sportif humain de haut niveau, le cheval est assurément le mammifère domestique qui a le plus vocation à nécessiter un suivi régulier par ostéopathie. Chez cet animal à la biomécanique et à la physiologie très spécifiques, les contraintes liées à l'exercice physique (sollicitations de l'appareil locomoteur, utilisation des mors, enrênements et autres harnachements, contraintes de la selle, actions imposées par le cavalier, efforts cardio-respiratoires, gestion de l'alimentation et du stress liés à l'effort) sont souvent à l'origine de raideurs, baisse de performance, intolérance à l'effort, difficultés au travail, voire de troubles de comportement, rendant la vie difficile aux chevaux comme aux cavaliers. L'ostéopathie, associée ou non à d'autres thérapeutiques, peut leur apporter une aide efficace. En réduisant les tensions myofasciales, l'ostéopathe lève les restrictions de mobilité affectant les divers segments et organes du corps, et met le cheval dans les meilleures conditions de récupération fonctionnelle.

L'examen ostéopathique repose essentiellement sur une écoute manuelle fine, précise et délicate de l'animal dans sa globalité. Ce ressenti ne s'acquiert qu'après une pratique intense et une longue expérience. Son but est de mettre en évidence, et de caractériser, des dysfonctions se traduisant par une restriction de mobilité affectant un ou plusieurs segments ou organes du corps. L'ostéopathe aura recours à la palpation, à des tests articulaires et/ou à l'écoute du MRP. Cet examen ostéopathique n'exclut aucunement un examen « classique » du cheval, qui reste indispensable. Au contraire, il contribuera même à le compléter et à l'affiner, donnant au vétérinaire une vision plus globale du statut algique et fonctionnel du malade, des répercussions sur l'ensemble de l'organisme d'éventuelles affections localisées à un organe. Par ailleurs, il sera toujours indispensable de mettre en relation les signes de dysfonctions mis en évidence à l'examen manuel avec les gênes fonctionnelles rapportées par le cavalier, par une évaluation du cheval en mouvement. De même, l'abord ostéopathique du cheval ne doit pas dispenser de l'usage des techniques complémentaires de diagnostic (imagerie, analyses biochimiques ou hématologiques) si elles s'avèrent nécessaires : l'obligation déontologique de moyens subsiste.

Avant toute décision thérapeutique, le praticien se doit de déterminer si le cas relève ou non du champ thérapeutique de l'ostéopathie. Diverses techniques (mécaniste, fasciales, crâniennes, fluidiques...) sont à disposition du praticien. Leur usage doit se faire en fonction de chaque animal, et de la nature des dysfonctions mises en évidence. L'ostéopathie ne consiste pas seulement en « manipulations » (vertébrales ou non). Le geste ostéopathique met en jeu divers phénomènes physiologiques (réflexes neuromusculaires, somato-viscéraux, neuroendocriniens, proprioceptifs), dont les mécanismes restent encore mal élucidés, mais dont les conséquences sont cliniquement visibles, et souvent immédiates. Jusqu'à présent, aucune théorie ou hypothèse ne satisfait pleinement le besoin actuel de justifications «scientifiquement prouvées » . La recherche, tout autant que la littérature en ostéopathie équine restent rares. Les connaissances et acquis dans ce domaine sont transmis par des praticiens chevronnés et expérimentés intervenant parfois dans des formations spécifiques. Mais depuis l'entrée de l'ostéopathie vétérinaire dans diverses Universités Européennes, et plus récemment dans les Ecoles Vétérinaires Françaises, il est à parier que cet état de fait saura évoluer favorablement.

Annexes 

Annexe 1 : Ostéologie du crâne du cheval

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Annexe 2 : Mobilisations et étirements

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Annexe 3 : Les nerfs crâniens du cheval

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Tableau 14 : Nerfs crâniens du cheval, leurs points de passage sensibles et leur rôle 

Olfactif (I)

Trous de la lame criblée

Cloisons nasales

Volutes de l'ethmoïde 

Reçoit les odeurs et transmet à l'encéphale

Optique (II)

Conduit optique

Fascia oculaire 

Vision

Oculomoteur (III)

Grande fente sphénoïdale

Contraction des muscles oculomoteurs

Constricteur de l'iris, règle accommodation 

Trochléaire (IV)

Scissure de la face interne sphénoïde

Conduit pathétique

Gaine oculaire 

Contraction du muscle grand oblique

Trijumeau (V)

  • Nerf ophtalmique
  • Nerf maxillaire sup
  • Nerf maxillaire inf. 

Grande fente sphénoïdale, gaine oculaire et trou sourcilier (n.frontal)

Gain orbitaire (nerf lacrymal)

Trou ethmoïdal et lame criblée (nerf palpébro-nasal)

Scissure maxillaire du sphénoïde

Trou grand rond

Conduit dentaire supérieur

Trou sphéno-palatin (nerf nasal)

Conduit palatin (n. palatin)

Scissure staphyline (nerf staphylin)

Conduit dentaire inférieur

Trou mentonnier

Echancrure sigmoïde (nerf masseterin)

Nerf buccinateur

Nerf temporal superficiel

Nerf hypoglosse (lingual)

Nerf mylohyoïdien 

Donne la sensibilité : œil et ses annexes, fosses nasales, bouche, dents, voile palais, larynx, goût, racine motrice contractrice, masséter, crotaphyte, ptérigoïdien, ex cit-sécrétoire pour les glandes salivaires en relation avec le système sympathique

Abducens (VI)

Grande fente sphénoïdale

Graine orbitaire 

Exclusivement moteur : abducteur et rétracteur du globe oculaire

Fascial (VII)

Hiatus auditif interne

Aqueduc de Fallope

Trou stylo-mastoïdien 

Moteur de tous les peauciers du crâne et de la face ("nerf de l'expression", des muscles : occipito-hyoïdien, stylo-hyoïdien, digastrique sensations gustatives

2/3 antérieurs de la langue est excito-sécrétoire et vaso-moteur pour la glande sous-maxillaire 

Vestibulo-cochléaire (VIII)

Hiatus auditif interne

Nerf sensitif, préposé à l'audition reçoit et conduit également des stimuli liés au maintien de l'équilibre.

Glossopharyngien (IX)

Trou déchiré postérieur

Principal nerf du goût : sensibilité générale

Basse langue, oreille moyenne, pharynx

Moteur pour constricteurs du pharynx et du myo-pharyngien

Le nerf de Hering est sensitif, provoque par voie réflexe une vasodilatation  lorsque la pression carotidienne est trop élevée

Vague (X)

Trou déchiré postérieur

Entrée de la poitrine 

Participe à la fois aux fonctions de la vie animale et de la vie végétative

Sensitif au niveau des muqueuses du : pharynx, larynx, trachée, bronches et œsophage

Moteur muscles striés intrinsèques larynx, pharynx, des muscles œsophagiens

Augmente le tonus des muscles lisses de l'œsophage, de l'estomac, de l'intestin grêle, des voies biliaires, de la trachée, des bronches

Rôle excito-sécrétoire pour : foie, glandes des muqueuses gastriques et trachéo-bronchique

Distribue des filets viscéraux 

Accessoire (XI)

Trou déchiré postérieur

Exclusivement moteur : trapèze, sterno-céphalique, mastoïdo-huméral

Hypoglosse (XII)

Trou condylien de l'occipital

Moteur des muscles de la langue

 

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